C’est une pratique médicale qui n’avait pas évolué depuis les années 80. "Le dépistage du cancer de la prostate repose sur un test sanguin qui est loin d’être parfait", pose Nicolas Martelin, dirigeant de la start-up nancéienne Prostperia. Sur les 6 millions de tests réalisés chaque année en France, la moitié des résultats de cet examen, qui consiste à mesurer dans le sang la présence d’une protéine, le PSA, s’avèrent être des "faux positifs" : "Plus d’une une personne sur deux affichant un PSA élevé ne va jamais avoir le cancer de la prostate", précise le dirigeant de Prostperia. Un manque de précision qui entraîne des milliers d’hommes vers des biopsies inutiles, un acte invasif qui provoque une infection lourde dans 20 % des cas.
Le test PROSTia a "raison trois fois sur quatre"
C’est dans ce créneau que s’est engouffrée l’équipe de Prostperia. Son outil, baptisé "PROSTia", ne se contente pas d’une simple mesure biologique. Il croise les données de mesure du PSA avec une soixantaine de paramètres : antécédents familiaux, hygiène de vie, alimentation et même évolution du poids. L’intelligence artificielle permet de compiler les données pour gagner en précision. "Là où le PSA se trompe une fois sur deux, notre test a raison trois fois sur quatre", affirme le dirigeant. La promesse est de taille : réduire de 67 % le nombre de biopsies évitables.
Un premier tour de table à hauteur de 300 000 euros
Déjà utilisé au sein du laboratoire lorrain Atoutbio, le test PROSTia est sur le marché depuis fin 2024. Fort de cette assise territoriale et des bons résultats obtenus lors des études cliniques, Prostperia veut maintenant accélérer à l’échelle nationale. Nicolas Martelin prépare une levée de fonds pour rassembler un total de 2 millions d’euros. "La moitié en fonds propres, l’autre moitié pour un mélange de dettes et de subventions non-dilutives", anticipe le dirigeant de Prostperia. Fondée en 2021 avec 40 000 euros de capital et trois autres associés, Prostperia a depuis intégré des médecins et des business angels à son tour de table, pour un total de 300 000 euros.
Un fonds "prévention" doté de 100 millions d’euros
Pour réussir cette nouvelle levée de fonds, qui devrait être bouclée d’ici à la fin de l’année, la start-up nancéienne peaufine son réseau et ses outils : l’entrée dans la deuxième promotion de l’accélérateur "Prévention numérique en santé", animé par Bpifrance et la Caisse des dépôts, marque un tournant pour la jeune pousse, qui emploie cinq salariés.
En parallèle du lancement de cette nouvelle promotion, Bpifrance, la Banque des Territoires, CNP Assurances, Harmonie Mutuelle et le Groupe Vivalto Santé viennent d’amorcer le Fonds "Prévention numérique en santé". Opéré par Bpifrance et doté de 100 millions d’euros, ce fonds doit investir dans des start-up développant des solutions liées à la prévention : "Le fait d’être accepté dans cet accélérateur nous place comme un bon candidat pour pouvoir prétendre à un financement", anticipe Nicolas Martelin.
Le point mort devrait être atteint en 2028
Si la jeune pousse nancéienne ne communique pas sur son chiffre d’affaires, elle vise la commercialisation de 200 tests au cours de l’exercice 2026. "Nous visons le point mort pour 2028", fixe Nicolas Martelin. Si l’entreprise visait initialement les urologues comme principaux prescripteurs, l’équipe de Prostperia constate une demande croissante des particuliers souhaitant évaluer leur risque hors cadre médical. Pour l’instant, le patient répond au questionnaire numérique sous la supervision d’un biologiste, mais une version "grand public" est en cours de développement. Le test PROSTia pourra alors s’ouvrir à la téléconsultation pour couvrir l’ensemble du territoire. "L’urgence est sur la traction commerciale. Il faut que le produit soit adopté par la communauté médicale et par les patients", insiste Nicolas Martelin.
De la finance à l’oncologie
L’origine du projet est pour le moins atypique. Docteur en finance, Nicolas Martelin étudiait initialement les bulles spéculatives. "Je me suis rendu compte qu’une bulle était une anomalie dans un marché, tout comme le cancer est une anomalie dans le développement des cellules", explique-t-il. En adaptant ses algorithmes de détection de signaux faibles à la biologie, il a jeté les bases de Prostperia. Et le dirigeant voit déjà plus loin. La méthodologie combinant signaux faibles et questionnaire pourrait être déclinée à d’autres pathologies, à commencer par le cancer de l’ovaire.