Les premiers essais réalisés dans le vignoble français montrent une meilleure résistance au gel des bourgeons traités. Un signal encourageant pour Pewman, une jeune pousse créée à Strasbourg en mai 2024 par le microbiologiste chilien Dr Isaac Bugueno.
La société développe un biostimulant issu d’un micro-organisme naturellement présent dans des environnements extrêmes. Baptisée Pseudomonas pewmanensis, la bactérie a été identifiée à partir de travaux de recherche menés sur des organismes capables de survivre dans des conditions climatiques particulièrement hostiles.
« Nous travaillons sur des mécanismes biologiques observés en haute altitude ou dans d’autres environnements extrêmes », explique le Dr Isaac Bugueno. « L’objectif est de transférer certaines de ces propriétés au monde agricole. »
Le gel de printemps reste l’un des principaux risques climatiques pour la viticulture. En Champagne, certains épisodes ont déjà compromis jusqu’à 40 % des récoltes. À l’échelle mondiale, les pertes agricoles liées aux aléas climatiques sont estimées à près de 30 milliards d’euros par an.
Des essais réglementaires en cours
La technologie développée par Pewman vise à renforcer la résistance des bourgeons face aux épisodes de gel tardif grâce à un effet cryoprotecteur.
Des essais réglementaires sont actuellement conduits en France avec Eurofins, avec le soutien de la Région Grand Est et de Bpifrance. Quatre groupes expérimentaux ont été constitués avec différents dosages et fréquences d’application. Les traitements ont été réalisés durant la dernière semaine de mars. « Les premiers résultats montrent déjà des différences visibles dans la résistance des bourgeons après les épisodes de gel observés ce printemps », indique Marion Pugliano, ingénieure de recherche chez Pewman.
Les conclusions définitives seront évaluées à la récolte afin de mesurer l’impact réel sur les rendements. Elles conditionneront la poursuite du processus réglementaire nécessaire à une mise sur le marché.
La vigne comme premier marché
Pewman concentre ses premiers développements sur la viticulture, l’une des cultures les plus exposées aux gels printaniers. L’entreprise estime son marché potentiel entre 4 et 5 milliards d’euros. L’Europe compte à elle seule près de 3,2 millions d’hectares de vignobles. Le produit serait appliqué à raison de 1,5 à 3 litres par hectare, dilués dans plusieurs centaines de litres d’eau.
« Nous avons choisi la vigne parce qu’elle figure parmi les cultures les plus impactées par le gel et qu’il existe une forte attente de solutions efficaces », explique Alain Carpio, responsable marketing et communication de Pewman.
Selon les estimations de la société, le traitement pourrait représenter un coût compris entre 200 et 300 euros par hectare et par an.
Préparer l’industrialisation
Incubée depuis février 2025 au sein de Quest for change, la start-up bénéficie d’un accompagnement sur les sujets de financement, de structuration et de développement commercial. Elle travaille notamment sur plusieurs dispositifs d’innovation, dont i-Lab.
L’entreprise emploie aujourd’hui quatre collaborateurs opérationnels et s’appuie sur une équipe fondatrice élargie d’une dizaine de personnes. Elle a réalisé environ 65 000 euros de chiffre d’affaires en 2025 grâce à des prestations de recherche et développement.
En parallèle de la finalisation des essais, Pewman prépare déjà sa phase industrielle. La société envisage l’installation d’une unité de production du côté d’Illkirch-Graffenstaden afin d’accompagner la commercialisation du produit, visée pour fin 2026 sous réserve de l’obtention des autorisations réglementaires.
« Notre enjeu est désormais de passer du démonstrateur scientifique à un produit industriel capable d’être déployé à grande échelle », résume Jérémy Hamm, responsable financier des opérations de Pewman.
À terme, la société entend étendre sa technologie à d’autres cultures sensibles aux aléas climatiques, en s’appuyant sur son expertise des micro-organismes issus d’environnements extrêmes.