Le patron de Stellantis estime à son tour que la trajectoire de décarbonation de l’automobile fixée par la Commission européenne n’est pas atteignable. "Les objectifs de baisse de 55 % des émissions d’ici à 2030 et d’interdiction des ventes de voitures thermiques en 2035 ne sont pas réalistes", estime, dans une interview aux Échos, Antonio Filosa, qui a pris la direction générale de Stellantis en mai dernier.
Le dirigeant de Fiat, Peugeot, Citroën ou encore d’Opel ne remet pas en cause le choix du tout électrique décidé par Bruxelles. Mais dit se questionner "sur le rythme et la rigidité" de cette trajectoire de décarbonation, "vu les réalités du marché".
"Déclin rapide de l’industrie automobile en Europe"
En cause, un marché européen en plein marasme. "Avant le Covid-19, nous vendions environ 18 millions de véhicules neufs sur le marché européen. En 2025, les prévisionnistes tablent sur 14,9 millions d’unités", indique le dirigeant italien du groupe de 248 000 salariés dont 42 000 en France.
La consommation en chute libre fragilise les industriels. "Il ne faut pas sous-estimer le déclin rapide de l’industrie automobile européenne", poursuit Antonio Filosa, rappelant que la Chine "produira cette année plus de véhicules que les États-Unis et l’Europe réunis". Le moment est critique, assure-t-il : "L’industrie se contracte en Europe sous la pression de la réglementation et c’est très inquiétant, au moment où les surcapacités en Chine sont criantes."
Encourager la consommation de voitures électriques
Comment empêcher la sortie de route ? "Il faut introduire des flexibilités qui contribueront à la fois à la décarbonation et au maintien de l’activité industrielle", préconise le directeur général de Stellantis. Antonio Filosa évoque ainsi la possibilité d’encourager les ventes des petites voitures électriques par la mise en place de "supercrédits CO2" ou de favoriser le renouvellement du parc vieillissant avec des primes à la casse ou à la reconversion.
Il y a quelques jours, deux associations du secteur (l’Association européenne des constructeurs automobiles et l’Association européenne des fournisseurs automobiles) avaient, elles aussi, demandé à Bruxelles de revoir la trajectoire de décarbonation de l’industrie automobile. Ces deux organisations considèrent qu’atteindre "les objectifs rigoureux fixés pour 2030 et 2035 en matière d’émissions de CO2 pour les voitures et les camions, n’est tout simplement plus réalisable". Elles appellent à une simplification des normes et à l’élargissement des technologies utilisées pour la transition écologique à l’hydrogène.
Rendez-vous stratégique avec la Commission européenne
Mesure phare du Green Deal européen, l’interdiction à partir de 2035 de la vente de voitures neuves à essence ou diesel subit depuis des années des tirs de barrage nourris de la part des industriels.
La pression se fait de plus en plus pressante alors que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen tiendra ce vendredi 12 septembre un "dialogue stratégique" sur l’avenir de l’industrie automobile européenne. L’enjeu de ce rendez-vous est de concilier les objectifs écologiques et les réalités économiques du secteur. Le défi est de taille pour une industrie automobile qui emploie 13 millions de personnes et contribue à 7 % du PIB de l’Union européenne.