Experte en développement et fabrication de "nanoparticules superparamagnétiques" utilisées dans le diagnostic et le traitement des cellules cancéreuses, la start-up strasbourgeoise Superbranche a annoncé la clôture d’un nouveau tour de table de 13 millions d’euros. Cette troisième levée de fonds a été réalisée pour 5,5 millions d’euros auprès du Fonds SPI 2, géré pour le compte de l’État par Bpifrance dans le cadre de France 2030, pour 2 millions d’euros auprès de Capital Grand Est via son fonds CapInnov’Est 2, et pour le reste auprès d’un family office parisien.
La fondatrice de Superbranche, Delphine Felder-Flesch, directrice de recherche au CNRS depuis 2003 (aujourd’hui en disponibilité) et spécialiste des nanomatériaux pour la santé, reste majoritaire au capital.
Une alternative à la chimiothérapie et à la radiothérapie
Superbranche a développé des nanomatériaux permettant de détecter plus précocement les tumeurs et de mieux traiter les cancers, tout en réduisant les effets secondaires. "Nous développons des nanoparticules qui ont des capacités de diagnostic combinées à des propriétés thérapeutiques, explique Delphine Felder-Flesch. Notre procédé consiste à greffer aux nanoparticules d’oxyde de fer que nous produisons des molécules organiques biocompatibles qui leur permettent d’être assimilées par le corps. Une fois injectées au patient, elles vont cibler les cellules tumorales. On pourra les visualiser par magnétisme, par IRM, mais on va aussi être capable de traiter les tumeurs par hyperthermie, une nouvelle technologie alternative à la chimiothérapie et à la radiothérapie".
"Chauffées à 46°C, les nanoparticules vont brûler les cellules tumorales"
L’hyperthermie est une solution actuellement plus avancée aux États-Unis qu’en Europe. "En les plaçant dans un champ magnétique, et en élevant la température de ces nanoparticules autour de 46°C de manière très localisée, elles vont pouvoir brûler les cellules tumorales autour d’elles. L’objectif est de réduire les effets secondaires, par rapport à la chimiothérapie par exemple qui ne fait pas la distinction entre cellules tumorales et cellules saines", explique la dirigeante de Superbranche.
Une "usine" à Sélestat
Grâce à cette levée de fonds, Superbranche va pouvoir mettre en œuvre son pilote industriel dont la construction est déjà avancée à Sélestat (Bas-Rhin) et dont elle devrait prendre possession au printemps. Elle y investit 6,5 millions d’euros et va créer dix emplois sur son site du centre Alsace. Ce démonstrateur industriel devra lui permettre de produire ses nanoparticules au grade pharmaceutique (GPM) avant d’obtenir leur validation. Afin d’accélérer, elle l’espère l’entrée future en essais cliniques chez le patient d'ici 2026 ou 2027, avec une première application sur le cancer du pancréas,.
Une commercialisation à dix ans
Cette levée de fonds financera par ailleurs la poursuite de travaux de R & D précliniques, avec la création de cinq emplois supplémentaires. Superbranche est engagée dans plusieurs collaborations. Aux États-Unis avec l’hôpital de l’Université John Hopkins qui mène ses essais précliniques depuis 2022, mais aussi dans le Calvados. La start-up strasbourgeoise vient d’investir dans un équipement d’hyperthermie magnétique, en cours d’installation sur la plateforme d’imagerie préclinique et clinique Cyceron adossée à l’hôpital de Caen. Selon l’avancée des phases cliniques, une commercialisation pourrait être envisagée d’ici à dix ans selon Delphine Felder-Flesch.