Comment se lance-t-on dans le mannequinat ?
J’avais 16 ans et je me baladais à Paris, à Châtelet. Je n’avais aucun intérêt pour la mode au départ. Un agent de mannequin, Eric Sposito, et qui est aujourd’hui un ami, m’aborde dans la rue pour me proposer de faire du mannequinat et me laisse sa carte de visite. J’étais alors un geek, plutôt timide et souvent derrière mon ordinateur. Après en avoir discuté avec mes parents et avoir vérifié que l’agence était sérieuse, je me suis lancé dans des castings. Au final, j’ai participé à plusieurs Fashion Week, à Paris et Milan, et défilé pour Louis Vuitton au Grand Palais à Paris.
N’était-ce pas trop dur de mener cette carrière en parallèle des études ?
Jongler entre les deux n’a pas été évident. Par exemple, on m’avait proposé de tourner dans une publicité pour un parfum Cacharel. Cela représente plusieurs centaines de milliers d’euros sur trois ans. Malheureusement, le tournage qui devait avoir lieu en Algérie a été décalé de quelques mois, et a finalement eu lieu au Mexique. Or, cela tombait pendant mes examens de classes préparatoires pour lesquels je travaillais depuis deux ans. Mais je n’ai pas de regrets aujourd’hui. J’avais déjà conscience que je ne voulais pas poursuivre ma carrière dans la mode.
Pourquoi vous êtes vous tourné vers l'entrepreneuriat ?
La mode est un milieu très dur. Les directeurs de casting peuvent t'appeler à 23 h, pour te faire traverser Paris en 20 minutes et refaire un essayage. Tu peux aussi attendre plusieurs heures dans des escaliers pour passer un casting de quelques minutes. C'est parfois limite en termes de respect de la personne. Je pense que cela a influé sur mon envie, dès la sortie de mon école d'ingénieur, de ne pas intégrer un grand groupe ou un cabinet.
"Le mannequinat m'a poussé à créer ma propre société. Je voulais être maître de mes décisions."
Je ne voulais plus être un simple pion exécutant comme un mannequin. Le mannequinat m'a poussé à créer ma propre société. Je voulais être maître de mes décisions. Et aujourd'hui, je reste persuadé que c'était une bonne décision. Surtout quand je vois d'anciens collègues d'école qui ont intégré de grands groupes, mais qui sont aujourd'hui en plein questionnement existentiel.
À 28 ans, vous êtes à la tête d’une entreprise de 10 personnes. Faites-vous des parallèles entre la mode et l’entrepreneuriat ?
La mode reste un milieu hors-sol. Les parallèles ne sont pas forcément simples. Mais dans les deux mondes, j’en retiendrai qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Un mannequin évite de miser sur une seule marque ou sur un seul directeur de casting. Il faut savoir frapper à toutes les portes pour en ouvrir le maximum.
Pour le développement d’Eclore, nous suivons la même stratégie. Nous ne misons pas sur un seul grand compte. Les industriels ont souvent des temps de décision et de validation très longs. Grâce à cette stratégie, et après un an et demi de commercialisation de notre soufflet, nous avons identifié plusieurs niches industrielles où notre soufflet de protection aurait toute sa place. Par exemple, il augmente la durée de vie des robots industriels de type Scara (Selective Compliance Articulated Robot Arm, NDLR). Cela représente un marché mondial annuel de 300 millions d’euros. Aujourd’hui, nous cherchons à lever trois millions d’euros pour avoir une première ligne de fabrication de notre soufflet standardisé, et ainsi répondre aux demandes à venir.
Quelles compétences gardez-vous du mannequinat ?
Dans la mode, il est plus qu’essentiel de garder la tête sur les épaules, et de ne pas s’enflammer. Lorsque vous sortez d’un défilé pour Prada, plusieurs dizaines de filles vous attendent. Mais deux rues plus loin, il faut se rendre compte que vous n’êtes plus personne.
"Quand tu es mannequin, il faut savoir prioriser, ce qui m'a énormément appris en termes d'organisation pour mon entreprise"
J’ai pu défiler devant Will Smith ou faire des photos avec Paolo Roversi, un photographe renommé de mode italien. Mais si on ne garde pas la tête froide, la carrière ne dure pas. De plus, les journées sont intenses, avec potentiellement une vingtaine de castings dans la journée. Quand tu es mannequin, il faut savoir prioriser, ce qui m’a énormément appris en termes d’organisation pour mon entreprise.
Le mannequinat influence-t-il votre management aujourd’hui ?
Je ne pense pas que le mannequinat permette de mener une vie enrichissante : tu es clairement considéré comme un portemanteau. J’essaye bien sûr de m’en éloigner dans le management d’Eclore. Je donne le cahier des charges, mais j’écoute ce qui remonte de mes collaborateurs. Je laisse de grands degrés de liberté et la possibilité de prendre des décisions aussi à mes collègues.