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À partir de micro-algues, Alga Biologics va lutter contre le cancer
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À partir de micro-algues, Alga Biologics va lutter contre le cancer

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Issue de l’université de Rouen Normandie, Alga Biologics produit des anticorps utiles pour lutter contre un cancer pédiatrique rare. Le procédé breveté ayant fait ses preuves en laboratoire, la start-up a été créée en vue d’une industrialisation décarbonée de ce bio-médicament. Prometteuse, elle est déjà multi-récompensée.

Avec ce bioréacteur récemment acquis, Alga Biologics cultive des micro-algues qui synthétisent des anticorps permettant de lutter contre un cancer pédiatrique, le neuroblastome — Photo : Alga Biologics

Cet été, Alga Biologics va déménager l’activité de production industrielle de son nouveau bioréacteur dans 300 m2 de locaux à Canteleu (Seine-Maritime), en complément des 45 m2 de laboratoire qu’elle occupe à l’université Rouen Normandie à Mont Saint-Aignan. Une étape marquante pour l’entreprise.

La micro-algue Phaeodactylum, déjà utilisée par l’industrie agroalimentaire et la cosmétique, peut synthétiser une protéine proche d’une protéine humaine. Cette faculté a été découverte et brevetée par le laboratoire GlycoMEV de l’université en 2013-2014. Au sein du laboratoire, Muriel Bardor et ses collègues lui donnent une application médicale. Ils ont programmé ces micro-algues afin qu’elles produisent des anticorps, utiles pour des thérapies humaines, notamment la lutte contre le VIH, l’hépatite B ou le cancer du sein. Une prouesse brevetée en 2022.

Des coûts de thérapie réduits de 70 %

Enseignante-chercheur, Muriel Bardor a créé Alga Biologics pour produire industriellement des protéines à visées médicales, issues de micro-algues. La start-up a obtenu de multiples distinctions : nominée au concours i-Lab de Bpifrance, à l’index French Blue Tech du ministère de la Mer, lauréate du prix Normandy4Good, lauréate du salon Techinnov, du programme Gene. IO du Génopole ou enfin des femmes entrepreneuses d’Orange — Photo : Alga Biologics

Intéressées par cette technologie, les industries pharmaceutiques ne prennent toutefois pas de risques. "Avant de s’engager, elles nous demandent une démonstration à l’échelle industrielle", rapporte Muriel Bardor. Ce n’était pas la vocation du laboratoire de recherche. D’où la création d’Alga Biologics fin 2021. Muriel Bardor s’est associée à Catherine Gallot, issue du management et du développement commercial, et à Hubert Bonnefond, co-fondateur d’Inalve, maîtrisant la technologie de production industrielle à partir de micro-algues. L’enseignante-chercheur reste rattachée à 50 % à l’université. Elle se consacrera à 100 % à l’entreprise en 2026.

C’est vers un cancer pédiatrique rare, le neuroblastome, qu’Alga Biologics développe son expertise. Ce cancer touche 24 000 enfants par an dans le monde, dont la moitié meurt avant 5 ans. Les deux traitements actuels sont peu efficaces et quasi-inaccessibles à 1 million de dollars pour l’Américain et 400 000 euros pour l’Européen. "Nous estimons pouvoir réduire les coûts de 70 %", promet Muriel Bardor, présidente de la start-up. Les anticorps classiques issus de cellules de mammifères coûtent cher à produire : ils nécessitent plus de 200 ingrédients différents dans le milieu de culture, contre 20 pour les algues. Celles-ci ne présentent aucun risque de contamination virale, ce qui élimine les étapes de purification et allège les contrôles de qualité. Elles constituent en outre une production décarbonée, et même assimilatrice de CO2.

Si Alga Biologics ne s’est pas positionné sur le HIV ou l’hépatite B, c’est que la concurrence y est rude : le marché étant plus conséquent, de grandes firmes y travaillent déjà. "Par ailleurs, il fallait des capacités industrielles importantes dès le départ. C’était un trop gros risque à prendre", justifie la scientifique.

Trois millions d’euros réunis

Avant de démarrer, Alga Biologics a bénéficié de l’accompagnement de Normandie Incubation et de Normandie Valorisation. Cette dernière a même investi dans le projet, qui a successivement décroché des soutiens de France 2030 et de Bpifrance, dont la bourse French Tech Emergence et l’aide au développement deeptech. Une levée de fonds a été conduite jusqu’en janvier 2024. En ajoutant l’arrivée d’investisseurs et des prêts bancaires, trois millions d’euros ont ainsi été sécurisés. Ils participent, entre autres, à rémunérer les cinq salariés recrutés, et ont financé le premier bioréacteur, acquis en ce début d’année (coût : 100 000 euros). "Nous voulons mettre en place le premier pilote industriel mondial à l’échelle de 200 litres", affirme Muriel Bardor. La machine est présente, il faut maintenant cultiver les micro-algues, produire, récolter et purifier ces fameux anticorps, en quantité. L’objectif est de démontrer la maîtrise de ce process d’ici la fin 2024.

Production à façon pour l’industrie cosmétique

Parallèlement, les tests pré-cliniques ont débuté en laboratoire : l’efficacité de l’anticorps va être validée sur des cellules puis, dans un deuxième temps, sur de petits animaux. Ces étapes s’étalent sur deux ans. Il sera alors possible de monter un dossier pour mettre en place des essais cliniques chez l’homme. Le développement du business s’inscrit donc sur un temps long et nécessite des financements. Aussi, "à partir de septembre, nous travaillerons à une nouvelle levée de fonds pour le printemps 2025", afin de terminer les tests et pour passer à une échelle de production de 2 000 litres selon les normes réglementaires pharmaceutiques. Par ailleurs, "nous allons valoriser notre plateforme afin de produire à façon d’autres protéines d’intérêt pour le compte de groupes pharmaceutiques ou cosmétiques. Ceux-ci sont sensibles à changer leur manière de produire, sans intrant animal", expose la dirigeante. Elle espère terminer 2024 avec au moins un contrat et un premier chiffre d’affaires.

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