Spécialisée dans les services bureautiques et la fabrication de toner pulvérisé, Etria Manufacturing France SA (EMFR), filiale française du japonais Etria Co, Ltd (12 000 salariés), s’apprête à rapatrier les équipements d’injection, de remplissage et d’emballage des bouteilles de toners jusqu’alors installés au Royaume-Uni par Ricoh, son actionnaire majoritaire.
Des technologies différentes à maîtriser
"Ce transfert signifie que notre usine devient le site stratégique de fabrication de fourniture de consommables pour le marché européen et asiatique. C’est la reconnaissance des compétences que nous avons su développer en matière de fabrication de toner pulvérisé", se félicite Alain Verna, PDG de Etria Manufacturing France.
Pour autant, les technologies employées par la fabrication des toner diffèrent. "On parle de cartouches pour Toshiba et de bouteilles pour Ricoh, ce n’est pas du tout la même chose, ni en termes de technologie d’injection", souligne le PDG. Autant de compétences (maintenance, robotique, électrotechnique, électromécanique) à acquérir sur le site, qui nécessiteront des investissements.
130 à 150 collaborateurs à recruter
Pour Etria Manufacturing France (211 salariés, 30 M€ de CA 2024), il s’agit d’un investissement chiffré entre 14 et 16 millions d’euros qui s’étendra jusqu’à fin 2027. Auquel s’ajoutera un coût opérationnel de 8 à 9 millions d’euros sur les deux années 2027-2028, dus aux recrutements et à l’innovation. Parallèlement aux lignes d’embouteillage pour Ricoh, Etria travaille également sur la mise au point de nouveaux toners pour Ricoh. Etria aura besoin de recruter entre 130 et 150 collaborateurs dans les mois à venir.
L’agence de développement de la région Normande abonde, entre les prêts et les subventions, à hauteur de 3 millions d’euros, au titre d’investissement matériel de production, de l’innovation du Fonds de transition Juste, un fonds européen géré par les régions.
Un calendrier précis des opérations de transfert
Les opérations ont déjà commencé : EMFR a libéré 9000 m², en février 2026, pour les futures lignes d’embouteillage Ricoh. L’atelier dédié aux cartouches d’encre Toshiba va être déplacé en juin 2026 du bâtiment toner (12 500 m²) vers le bâtiment des services (18 000 m²), pour pouvoir accueillir une première ligne d’embouteillage depuis le Royaume-Uni vers le site dieppois. En novembre 2026, deux autres lignes automatisées vont être transférées. De janvier à mars 2027, les techniques d’injection, d’injection-soufflage et d’assemblage des bouteilles Ricoh vont être acquises, en attendant l’ultime transfert de mai à septembre 2027 des quatre autres lignes robotisées de Ricoh. Si la production démarrera en septembre 2026, le transfert ne sera pleinement achevé qu’en septembre 2027.
Une joint venture tricéphale
Un investissement qui s’explique aussi l’histoire de l’entreprise : la crise sanitaire de 2020 et la pratique du télétravail a précipité l’effondrement du marché de l’impression bureautique, de l’ordre de 30 à 40 % sur les deux années 2020-2021. Le groupe japonais Toshiba Tec s’allie alors à un autre japonais, Ricoh, pour former une joint venture créée le 1er juillet 2024, Etria Co Ltd, au Japon. Toshiba Tec, basé à Dieppe depuis 1986, est donc devenu Etria Manufacturing France SA, le même jour. Une troisième entreprise nipponne, Oki Electric Industry, rejoint le capital de l’entreprise le 1er octobre 2025, en qualité d’actionnaire minoritaire (5,01 %), derrière Toshiba Tec (14,25 %) et Ricoh (80,74 %). "La joint venture regroupe les outils industriels, de développement et de fabrication, les marques demeurant indépendantes, précise Alain Verna. La plateforme technologique fournit donc les trois marques".
Des évolutions constantes
Historiquement installée à Martin Eglise depuis 40 ans, Toshiba Tec devenu Etria Manufacturing France SA a assemblé et fabriqué près de 1 million de photocopieurs entre 1986 et 2008 pour le marché européen. La fabrication de toner est venue s’ajouter en 1993, suivi en 1997 d’un site de distribution logistique (5 500 m²) pour le marché français. En 2008, Toshiba a fait évoluer son activité de fabrication de photocopieurs vers des prestations de services industriels (réparations de photocopieurs, centres d’appels techniques) tout en poursuivant ses investissements sur le toner. Enfin, en 2017, un plan de transformation digitale s’est concrétisé par la supervision des process par l’analyse de la donnée.
Une production majoritairement exportée
Aujourd’hui, Etria Manufacturing France produit entre 800 000 et 1 million de cartouches de toner par an. Une production que l’entreprise vend essentiellement à l’export, principalement (à 60 %) vers le marché européen, peu (10 %) en France et même vers la Chine (30 %). "Le toner est une activité hautement capitalistique nécessitant de grands investissements, que notre groupe japonais n’a pas souhaité implanter en Chine afin d’éviter d’être copié", confie Alain Verna.
Sur le marché européen, Ricoh, à travers Etria, est au coude à coude avec un autre japonais, Canon, chacun avec 20 % de parts de marché, tandis que Toshiba Tec, loin derrière, se situe à la sixième rang avec 5 % de parts de marché.