Loire-Atlantique
Municipales 2026 : "Les futurs élus doivent faire de la coopération avec les acteurs économiques un réflexe"
Interview Loire-Atlantique # Commerce # Collectivités territoriales

Yann Trichard président de la CCI Nantes Saint-Nazaire "Les futurs élus doivent faire de la coopération avec les acteurs économiques un réflexe"

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Les élections municipales approchent à grands pas, et les dirigeants ont des choses à dire et des messages à faire passer. À travers une consultation menée par la CCI Nantes Saint-Nazaire auprès de 451 chefs d’entreprise, le monde économique de Loire-Atlantique a hiérarchisé 12 priorités – sur un socle de 38 propositions. Yann Trichard, président de la chambre consulaire, détaille les attentes des dirigeants.

Yann Trichard, président de la CCI Nantes-Saint Nazaire — Photo : David Pouilloux

Vous publiez une plateforme d’attentes à destination des candidats aux municipales. Quelle est l’idée de départ ?
Notre objectif est de rappeler que les décisions communales et intercommunales ont un impact direct sur l’activité économique, l’emploi et l’attractivité. La CCI joue son rôle de porte-voix des entreprises : on met sur la table des propositions qui relèvent des compétences locales, et qui visent à soutenir durablement le développement économique sur l’ensemble de la Loire-Atlantique.

Vous insistez sur la méthode. Comment avez-vous construit ces propositions ?
Il y a deux étapes. D’abord, un travail interne de fond mené par environ 110 chefs d’entreprise élus de la CCI, au sein de groupes de travail, pour faire émerger un ensemble de pistes. Ensuite, on a lancé une consultation large : 451 chefs d’entreprise ont répondu et ont hiérarchisé les propositions, pour faire ressortir celles qui faisaient consensus. À l’échelle départementale, cela aboutit à 38 propositions, dont 12 jugées prioritaires.

Vous ne vous contentez pas d’un document « départemental » : vous organisez aussi une tournée. Pourquoi ?
Parce qu’il faut coller aux réalités locales. Nous allons présenter, dans chaque territoire et intercommunalités, des propositions adaptées aux spécificités locales : c’est le cas pour le Vignoble, pour la Métropole, Saint-Nazaire, etc. Cette approche « territorialisée » est essentielle : on ne gère pas une commune littorale comme une commune périurbaine ou un bassin industriel et les besoins ne sont pas les mêmes.

Parmi les 12 priorités, la première concerne le maintien d’activités productives et artisanales dans les centres-villes et centres-bourgs. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Cela renvoie à un sujet majeur : la raréfaction du foncier et la nécessité de mixité d’usages. Les centres-villes doivent aussi pouvoir accueillir des activités économiques, y compris productives, pour répondre aux besoins des habitants, renforcer la vitalité et limiter l’étalement urbain. Il y a aujourd’hui, dans de nombreux PLU, des zonages trop rigides : un artisan qui évolue vers une petite activité de production industrielle peut se retrouver bloqué parce que son activité bascule juridiquement en « industrie ». Nous plaidons pour plus d’hybridation, plus de souplesse, avec des règles adaptées (bruit, voisinage, accès…), afin de permettre à ces activités de rester au cœur des communes ou, justement de pouvoir s’y créer et se développer.

Deuxième priorité : la fiscalité locale. Vous savez que c’est un sujet sensible pour les communes…
Évidemment. Les entreprises disent clairement qu’il faut maîtriser la pression fiscale locale et les dépenses de fonctionnement, notamment dans une conjoncture où beaucoup de petites structures sont fragilisées. Mais je comprends aussi les contraintes des collectivités : depuis la suppression de la taxe d’habitation, la question du financement des infrastructures se pose avec plus d’acuité, surtout dans un département attractif. L’enjeu, c’est de trouver un équilibre : ne pas précariser davantage les entreprises, tout en gardant une capacité d’investissement public.

Sur la mobilité, vous parlez à la fois des centres-villes et des zones d’activités. Quel est le besoin principal ?
C’est l’accessibilité, au sens large : circulation, stationnement, logistique urbaine, desserte des zones d’activités, connexions ferroviaires, plans de mobilité économique… Il y a une tension entre des centres-villes que l’on veut plus apaisés et la réalité de professionnels qui doivent livrer, intervenir, travailler. Les solutions existent : organisation du stationnement, rotation, parkings-relais, navettes, modalités spécifiques pour certains professionnels, et surtout une logique de bassin de vie. L’idée n’est pas un slogan, c’est du concret : faciliter le quotidien de ceux qui font tourner l’économie locale. Il y a aussi un sujet sur la propreté et la sécurité des zones d’activités, qu’il faut mieux prendre en compte.

Vous proposez aussi un « conseil municipal des entreprises ». Pourquoi ?
Parce que les décisions locales se prennent trop souvent sans échanges structurés avec les acteurs économiques. Nous proposons une instance régulière, un conseil municipal « économique » élargi, associant les élus concernés (maire, adjoint à l’économie, l’urbanisme, aux mobilités…) et les représentants du monde économique : chambres consulaires (CCI, CMA et CA) et chefs d’entreprise du territoire. Ce n’est pas pour politiser l’économie, c’est pour éviter les angles morts et construire une politique locale plus efficace, plus lisible, plus anticipatrice.

La question du commerce revient beaucoup. Vous avez une formule : "ce ne sont pas les commerces qui font les flux, ce sont les flux qui font les commerces".
Oui, parce que l’enjeu est de ramener de la vie. Si l’on veut soutenir les commerces, il faut aussi travailler sur tout ce qui crée du flux : services publics, crèches, laboratoire d’analyses médicales, activités, bureaux, petites productions, coworking… Dans beaucoup de communes, on a des mètres carrés vacants au-dessus des rez-de-chaussée, ou des pieds d’immeubles pensés uniquement pour du commerce alors que les usages ont changé. La revitalisation passe par une réflexion d’ensemble sur la mixité, l’hybridation des usages : que peut-on installer ici, de quoi le territoire a-t-il besoin, et comment le PLU peut-il permettre cette diversité ?

Autre priorité : l’accueil d’activités industrielles et la sobriété foncière. Quel est le message aux candidats ?
Le message, c’est : arrêtons d’opposer systématiquement industrie, environnement et cadre de vie. On peut accueillir des activités de production, reconquérir des friches, optimiser les zones déjà artificialisées, et soutenir des projets plus sobres en foncier, en eau, en énergie. Cela suppose aussi de la simplification et de la rapidité dans le traitement des dossiers : quand une entreprise a des commandes et doit investir, les délais administratifs peuvent devenir un frein majeur. Il faut réduire ces temps perdus, et coller aux rythmes de la vie économique.

En une phrase, qu’attendez-vous des candidats aux municipales ?
On doit mieux travailler ensemble. Que les candidats, les futurs élus, fassent de la coopération avec les acteurs économiques un réflexe, et qu’ils construisent une politique locale plus "intégrative" – économique, sociale, environnementale – à l’échelle pertinente des bassins de vie, j’insiste, pas seulement à l’échelle d’une commune ou d’une seule intercommunalité. C’est la réalité de la vie des gens et des entreprises qui doit éclairer nos choix et porter nos décisions.

Loire-Atlantique # Commerce # Industrie # Collectivités territoriales # Politique économique