Dans quel état d’esprit sont les entreprises que vous accompagnez et qui exportent beaucoup vers les États-Unis ?
Les entrepreneurs sont dans un entre-deux, ils subissent les montagnes russes. Beaucoup d’entreprises ont des investissements significatifs aux États-Unis, et se retrouvent sans visibilité.
C’est difficile de généraliser leur état d’esprit néanmoins, cela dépend beaucoup de l’activité que développe l’entreprise. Les producteurs de cognac sont certainement beaucoup plus inquiets que des entrepreneurs d’autres secteurs.
Quelles sont les principales conséquences sur l’export de ces arbitrages sur les droits de douane, et revirements de situation ?
En réalité, il n’y a pas de frein brutal. On est plutôt dans une zone d’attente. Les dirigeants sont très résilients. Pas un ne m’a dit "j’arrête tout".
Sur le moyen terme, en revanche je crains un choc de confiance négatif. L’économie fonctionne aussi au moral. Le moral des dirigeants est une variable à ne pas sous-estimer. Incontestablement, l’effet successif de plusieurs crises, d’abord politique et économique en France, puis internationale maintenant, crée un climat d’inquiétude général.
Que représentent les États-Unis dans l’export français aujourd’hui ?
5 400 entreprises françaises ont des filiales aux États-Unis, dont 1 400 dans l’industrie manufacturière, selon des chiffres de 2022. C’est la première zone d’implantation à l’étranger devant la Chine.
En termes d’export, ce sont 28 400 entreprises françaises qui ont exporté aux États-Unis en 2024, selon les Douanes, pour un total de près de 48 milliards d’euros.
"Nous sommes moins dépendants des États-Unis que l'Allemagne ou l'Italie"
Les TPE/PME sont en revanche un peu moins exposées via les exports. Dans notre dernier baromètre export de février 2025, seules 7 % des TPE/PME prévoyaient une activité à l’export en Amérique du Nord (États-Unis et/ou Canada) en 2025.
Comparé à nos voisins européens, le choc de potentiels droits de douane est moins fort. Nous sommes moins dépendants des États-Unis que l’Allemagne ou l’Italie.
Quels dispositifs d’accompagnement Bpifrance propose-t-elle pour les entreprises qui exportent vers les États-Unis ?
Nos deux principaux métiers à l’export sont l’assurance et le crédit. Pour les PME, nous proposons une Garantie de Projets à l’International (GPI). C’est une couverture du risque pour les entreprises qui ouvrent une filiale à l’étranger. L’an passé pour les États-Unis, cela a concerné une cinquantaine d’entreprises françaises. C’est le pays que nous couvrons le plus avec ce dispositif, après l’Allemagne.
Nous proposons également l’assurance prospection, un dispositif pour financer ses dépenses de prospection et s’assurer contre le risque d’échec à l’export. L’an passé, 50 entreprises en ont bénéficié pour les États-Unis.
Que préconisez-vous aux entreprises exportatrices vers les États-Unis ? Faut-il tout arrêter en attendant que la situation revienne à la normale ? Continuer ?
Lorsqu’une PME décide d’exporter, idéalement elle se projette au moins à deux ou trois ans. Pour un grand groupe, cela représente un investissement sur le plus long terme encore, donc il n’y a pas d’intérêt à tout stopper du jour au lendemain.
Notre réponse aux entreprises dépend également énormément de leurs secteurs d’activité et de leur taille. Pour certaines, il est impossible de rayer le marché américain de la carte.
Pour d’autres, peut-être freiner certains investissements vers les États-Unis mais aussi réfléchir à d’autres destinations. Je les encourage à regarder vers l’Amérique latine, l’Asie, l’Europe, l’Afrique. Partout où il y a des courants d’affaires à créer !