Après s’être lancé début 2024 dans la distribution de mobilier de seconde main, Lyreco frappe fort avec la mise en vente des meubles fournis durant les Jeux Olympiques et Paralympiques 2024, dont il était partenaire officiel. L’entreprise familiale nordiste compte faire de cette opération symbolique un levier pour propulser le développement à grande échelle du marché du mobilier de bureau d’occasion. "Aujourd’hui, nous donnons un grand coup d’accélérateur qui fera sans doute bouger les lignes dans la gestion des achats au sein des entreprises françaises", commente Gauthier Delannoy, directeur de l’offre chez Lyreco France. Basé à Valenciennes, dans le Nord, Lyreco réalisait en 2023 un chiffre d’affaires de 584 millions d’euros, avec 2 000 collaborateurs
62 400 meubles à écouler
Concrètement, une phase de préventes de ce mobilier a été activée en mars dernier, soit bien avant les Jeux. Une manière de commencer à écouler un stock important, composé de 62 400 meubles. Il s’agit de chaises, tables de bureau, étagères et caissons, fabriqués à 60 % en France et à 100 % en Europe. "La qualité initiale du mobilier est un véritable enjeu en matière de réemploi", assure Simon Tancré, directeur expérience client et digital au sein de Lyreco France.
Lyreco a également fourni durant cet événement sportif des équipements de protection individuelle, ainsi que du petit matériel, dont 19 000 multiprises, 8 000 poubelles de salle de bains, 20 000 lampes ou liseuses, etc. Pour assurer une deuxième vie à ces différents équipements, Lyreco a noué un partenariat avec la plateforme de réemploi B2B.
"La qualité initiale du mobilier est un véritable enjeu en matière de réemploi"
200 précommandes passées
Ces préventes de mobilier étaient une manière, également, de prendre le pouls du public visé, à savoir les collectivités et les entreprises, tout en les acculturant à la démarche. Pour les acheteurs de l’État et les collectivités territoriales, cette arrivée massive d’objets de seconde main sur le marché du mobilier est d’ailleurs une bonne nouvelle. Depuis 2021, ces acteurs sont contraints par la Loi anti gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), devant s’assurer que 20 % de leurs achats de meubles de bureau sont de seconde main.
Du côté des entreprises, l’initiative fait mouche également, assure Simon Tancré, d’autant que "ce mobilier d’occasion affiche des prix 30 à 60 % moins élevés que ceux du mobilier neuf". Sans oublier la dimension affective du projet, "les meubles revendus portent un logo stipulant leur utilisation durant les Jeux Olympiques 2024", souligne Simon Tancré. 200 précommandes ont ainsi été passées, puis expédiées mi-octobre, juste avant la mise en vente du mobilier sur le site e-commerce de Lyreco, qui a ainsi rejoint les flux classiques de commandes.
Des pièces détachées commandées en amont
S’il y a bien eu quelques pertes, "un peu plus de 90 % du mobilier récupéré est pleinement réemployable", affirme Simon Tancré. Il aura tout de même fallu remplacer les roues de quelques caissons ou encore les barillets cassés et clés perdues de quelques armoires. Sans oublier les remises en carton. "Nous avions prévu les pièces détachées en amont, avec nos fournisseurs, explique le directeur. Ces derniers nous ont d’ailleurs accompagnés sur la sélection du mobilier dans le cadre de ce projet".
"Un peu plus de 90 % du mobilier récupéré est pleinement réemployable."
Une logistique au cordeau
Pour mener à bien cette opération d’ampleur, Lyreco s’est appuyé sur ses capacités logistiques au niveau national. Il faut dire qu’il a fallu récupérer en un temps record quelque 42 000 chaises, 10 000 tables, 3 000 caissons et 6 000 étagères, répartis sur 170 sites en France. "Pour simplifier la tâche, les meubles non réutilisés lors des Paralympiques ont été démontés dès la fin des JO", détaille Simon Tancré. Lyreco a fait le choix de s’appuyer sur ses collaborateurs, plutôt que sur des prestataires externes. Le tout, en "réajustant les agendas et les congés. Mais tout s’est très bien passé et l’opération a généré une grande fierté en interne". Le directeur reconnaît qu’il aurait sans doute été plus rapide et moins coûteux d’avoir recours à la sous-traitance, "mais cela nous a permis de garder le contrôle sur la qualité. Nos collaborateurs connaissent bien les clients et leurs attentes".
Un fort potentiel du mobilier de seconde main
Pour accélérer de manière pérenne sur le mobilier de bureau de seconde main, Lyreco réfléchit "à exploiter au mieux son maillage territorial en reverse logistique (la logistique qui consiste à gérer le retour des produits du consommateur vers le fabricant ou le distributeur, pour leur fléchage vers la seconde main ou leur élimination, NDLR)". Le groupe nordiste a également annoncé en 2023 un investissement de plus de 24 millions d’euros, dans son centre de distribution à Villaines-la-Juhel, en Mayenne. Son agrandissement, achevé durant le premier semestre 2025, permettra d’accueillir les équipements nécessaires pour les opérations de traitement, stockage et reconditionnement de mobilier de seconde main.
Face à ces différentes étapes et à cette mobilisation massive de compétences en interne, difficile de déterminer la rentabilité financière de cette vaste opération, qui sera assurément positive sur le plan environnemental. "L’équilibre économique de cette opération dépendra de notre capacité à écouler le stock", indique Simon Tancré. Quoi qu’il en soit, l’entreprise familiale nordiste est d’ores et déjà convaincue que le marché du mobilier d’occasion répond à une attente des clients et présente ainsi "un fort potentiel", résume Simon Tancré.