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"L’intelligence artificielle, ça peut paraître magique, mais il y a des coûts associés à cette technologie"
Interview Vosges # Conseil de gestion # Innovation

Marjory Canonne dirigeante et fondatrice de Spinalia "L’intelligence artificielle, ça peut paraître magique, mais il y a des coûts associés à cette technologie"

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Ambassadrice du plan national Osez l’IA, dirigeante de Spinalia, un cabinet vosgien spécialisé dans l’intelligence artificielle, Marjory Canonne veut démythifier cette nouvelle technologie aux yeux des dirigeants du Grand Est. Et propose de prendre le temps d’identifier précisément les cas d’usage avant de se lancer.

Marjory Canonne est la dirigeante du cabinet de conseil Spinalia, spécialisé dans l’intelligence artificielle — Photo : Guillaume VOS

Quel est le constat qui vous a amenée à lancer votre cabinet spécialisé dans l’intelligence artificielle, à Épinal dans les Vosges ?

Spinalia est un cabinet de conseil fièrement ancré dans les Vosges. Tout est parti du constat que le sujet de l’intelligence artificielle est très présent depuis quelques années maintenant mais semble réservé aux grandes entreprises. Pourtant, c’est vraiment un sujet qui s’est démocratisé, et qui touche tous les secteurs, toutes les tailles d’activités. Dans les Vosges, là où je suis implanté, mais aussi en Lorraine et dans le Grand Est, j’ai constaté que les entreprises avaient besoin de bien comprendre, de bien appréhender ce qu’est l’intelligence artificielle.

Quelle est votre méthode ?

L’accompagnement des entreprises peut commencer par des séminaires ou des acculturations plus spécifiques auprès des dirigeants. Ensuite, ou à côté de ces démarches, je propose aussi un accompagnement plus poussé, pour aller vers un diagnostic et un audit pour comprendre comment fonctionnent les process des entreprises, identifier les cas d’usage potentiel de l’intelligence artificielle et donner des recommandations sur un plan d’action à mettre en place et des outils à intégrer. Nous ne vendons pas de solution clé en main, et c’est justement ce qui nous différencie d’autres acteurs, nous ne sommes pas là pour vendre une solution mais pour partir du terrain.

Une étude publiée cet été par le MIT de Boston, aux États-Unis, indique que 95 % des projets d’intelligence artificielle lancés en entreprise finissent par échouer. Vous confirmez ?

Beaucoup de chiffres contradictoires ont été publiés sur le sujet. Mon constat, c’est que beaucoup d’entreprises ont voulu faire de l’IA très rapidement, en se disant que c’est une technologie d’avenir, mais sans forcément se poser les bonnes questions au début de la démarche. Pour ma part, j’ai une vision plutôt optimiste du sujet. L’intelligence artificielle, ça peut paraître magique au premier regard mais il y a tout de même des coûts qui sont associés à cette technologie, et des impacts, des enjeux sur le fonctionnement de l’entreprise. Quand tout est bien cadré dès le début, il n’y a pas de raison que les projets échouent. Finalement, un peu comme les projets d’une entreprise de manière générale.

Est-ce que la clé, c’est de correctement identifier les cas d’usage au sein de l’entreprise qui pourront être adressés par l’intelligence artificielle ?

Une démarche commence par des entretiens sur le terrain. Il faut donc commencer par s’asseoir à côté des salariés, pour bien comprendre leur travail et leurs tâches. Certains process et certains projets reviennent de façon assez transverse, mais ce temps-là est nécessaire. Et ce qui est aussi très important, c’est de prendre le temps d’embarquer les collaborateurs dans les projets. Comme dans tout projet, l’accompagnement du changement est primordial. Car l’intelligence artificielle, c’est surtout un sujet humain.

Les coûts liés à la technologie, le temps nécessaire à la mise en place : est-ce que tout cela ferme les portes de l’accès à l’intelligence artificielle pour les petites PME et les TPE ?

Il y a 3 ans, j’aurais dit : oui, cette technologie est réservée aux grandes entreprises et aux entreprises de la Tech. Mais l’intelligence artificielle générative a rebattu les cartes. Il ne faut toujours pas sous-estimer les coûts, parce que tous les outils ont des coûts de licences qui peuvent revenir assez cher. Mais même les toutes petites entreprises ou les indépendants, et a fortiori les grosses PME, toutes ces entreprises peuvent bénéficier des opportunités de l’intelligence artificielle. Cela peut passer par des outils grand public qui, bien utilisés, vont permettre de faire gagner en productivité ou même de transformer certaines tâches.

Est-ce que toutes les intelligences artificielles génératives se valent ? Est-ce la même chose de confier des données à Mistral AI ou à OpenAI ?

Vu du milieu d’où je viens, la gendarmerie, c’est un sujet qui m’est cher. Et je constate avec plaisir que dans les PME, ce sujet de la souveraineté revient assez régulièrement. Les dirigeants ont conscience des risques de dépendance, des risques liés à la confidentialité. Un bon travail a été fait sur tout ce qui touche à la cybersécurité. Dans le choix des solutions, cette question se pose : est-ce que je veux confier mes données à OpenAI qui est basée aux États-Unis ? Est-ce que j’utilise plutôt Mistral, une société française ? Est-ce que j’ai besoin d’encore plus de confidentialité ? Et dans ce cas, il existe des plateformes sécurisées, françaises, qui permettent de garantir que les modèles sont hébergés en France, que les données sont hébergées en France. Après, c’est une question de retour sur investissement et de coût associé. Mais certaines entreprises ont des secrets industriels très forts, et vont avoir tout intérêt à tout maîtriser, sans forcément développer un modèle.

Vous évoquez la question du retour sur investissement. Une entreprise peut-elle attendre un ROI rapide sur un projet d’intelligence artificielle ?

En considérant le gain de temps et le gain de productivité, c’est assez clair. Mais le gain de temps, il faut qu’il soit remobilisé sur des tâches à plus haute valeur ajoutée. Parfois, il y a des gains qui sont assez clairs : j’ai accompagné une entreprise qui a utilisé des outils à base d’IA pour faire de la traduction de vidéos de formation, et adresser des marchés à l’international. Là, le gain financier est évident. Parfois, l’impact se lit dans l’expérience client ou l’expérience collaborateur, ce qui est peut-être un peu moins quantifiable. Je pense par exemple à l’utilisation d’outils de compte rendu automatique d’entretien dans un cabinet de recrutement. Pour le coup, le retour des consultants et des candidats étaient unanimes, l’expérience et les échanges humains ont été grandement améliorés.

Doit-on anticiper des destructions d’emplois massives liées à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les entreprises ?

L’intelligence artificielle va transformer les emplois, mais je pense qu’il faut différencier les emplois des tâches et des missions. Certaines taches vont disparaître, c’est certain. Et ce n’est pas forcément l’emploi qui va être menacé, mais plutôt la relation au travail. Ce qui est aussi important à prendre en compte dans ce que nous déléguons ou non à l’IA, c’est d’être en capacité de toujours pouvoir vérifier et valider. Dans un plan de long terme, une entreprise doit aussi réfléchir à cette question : si je délègue tout à l’IA, derrière, qui seront les humains qui pourront aller vérifier et valider. Il y a un équilibre à trouver et pour ma part, je plaide vraiment pour cette hybridation entre IA et humain.

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