Levées de fonds : la situation devient critique pour les start-up françaises, selon In Extenso
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Levées de fonds : la situation devient critique pour les start-up françaises, selon In Extenso

Après une année 2024 marquée par des difficultés des start-up à lever des fonds, le premier semestre 2025 aggrave nettement la tendance, selon le baromètre d’In Extenso. Un constat très préoccupant, surtout pour les jeunes pousses.

Le nombre d’opérations de levées de fonds a diminué de 60 % en France au premier semestre 2025, selon In Extenso — Photo : Flamingo Images

La chute est colossale. En deux ans, le nombre de levées de fonds réalisées par les start-up en France a été divisé par quatre. Les montants des fonds levés se sont, eux, écroulés de plus de 33 %. C’est ce que révèle le baromètre d’In Extenso, qui compare les chiffres du premier semestre 2025 avec ceux de 2023. Déjà constatée au cours des derniers mois, la chute est brutale, elle fragilise en particulier les jeunes start-up.

Moins d’opérations, et un ticket moyen plus élevé

"Nous pensions déjà avoir touché le fond en 2024, mais les indicateurs continuent de chuter. C’est très préoccupant", s’alarme Nicolas Forey, président d’In Extenso Innovation Croissance. Depuis le début de l’année 2025, seules 236 opérations ont été comptabilisées en France, contre 804 en 2023.

Le montant des opérations est lui aussi en forte baisse au premier semestre. De 4 300 millions d’euros en 2023, il est passé à 2 900 millions d’euros en 2025. Seul indicateur en hausse, le ticket moyen bondit de 64 % et atteint 12,29 millions d’euros.

Des investisseurs prudents sur l’amorçage

Conséquence de cette reconfiguration des investissements, les jeunes pousses peinent davantage à lever des fonds. "L’amorçage, encore relativement résistant l’an passé, se fragilise", relève Nicolas Forey. Face à une conjoncture peu propice à l’investissement et au manque de visibilité sur les perspectives de liquidités, les investisseurs se montrent plus prudents. Ils préfèrent recentrer leurs activités sur des entreprises plus matures. "Si cet arbitrage doit perdurer, ce ne sera pas sans conséquence sur les pépites deeptech", prédit Nicolas Forey.

Des acteurs de l’écosystème tech risquent de mourir

Le seul secteur à résister est l’IA. En France, il capte un quart des capitaux levés. À l’échelle mondiale, il s’agit même de la moitié. Au contraire, les start-up technologiques sont les plus fragiles, car moins résilientes. "Cela affecte non seulement celles qui existent déjà, mais aussi la capacité à faire émerger des projets", poursuit le président d’In Extenso Innovation Croissance. "Au vu de la correction très significative des indicateurs, on peut craindre la mort de certains acteurs", s’inquiète Nicolas Forey. Selon la Banque de France, le taux de mortalité des entreprises a augmenté de 11 % entre le premier semestre 2024 et celui de 2025.

Les investisseurs espèrent la reprise des entrées en bourse aux États-Unis

Quelles sont les perspectives pour sortir de cette situation critique sur les levées de fonds ? "La reprise des entrées en Bourse aux États-Unis en 2026 serait un bon signal", commente Nicolas Forey.

Nicolas Forey, président du cabinet de conseil In Extenso Innovation Croissance : "En France, les investisseurs ont besoin de moins d’incertitude politique, et davantage de stabilité des réglementations" — Photo : DR

"En France, les investisseurs ont besoin de moins d’incertitude politique, et davantage de stabilité des réglementations", poursuit le président d’In Extenso Innovation Croissance.

En attendant, à court terme, les start-up doivent être vigilantes sur la gestion de la trésorerie. Les levées de fonds sont plus lentes et plus difficiles, tout comme l’obtention de fonds publics. Cela implique d’être "plus rigoureux, et d’accepter d’aller moins vite", souligne Nicolas Forey. Des précautions indispensables, qui pourraient cependant être insuffisantes pour un certain nombre de start-up.

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