Pays de la Loire
Les Pays de la Loire veulent accélérer sur la santé, avec Atlanpole Biothérapies et Gina en fer de lance
Pays de la Loire # Biotech

Les Pays de la Loire veulent accélérer sur la santé, avec Atlanpole Biothérapies et Gina en fer de lance

S'abonner

Le pôle de compétitivité interrégional Atlanpole Biotherapies dépasse dorénavant la barre des 200 adhérents, dont plus de la moitié en Pays de la Loire. L’arrivée du bâtiment Gina, prévue pour 2025 sur le site du futur CHU nantais, devrait permettre au secteur de poursuivre sa marche en avant dans la région, même si le chemin est encore long.

Le CHU nantais, en cours de construction, possédera une station S, soit un incubateur capable d’accueillir 1 000 acteurs dédiés à l’innovation en santé — Photo : Benjamin Robert

L’heure était à poser les pipettes et les blouses, pour établir un bilan de l’innovation en santé sur le territoire. Le pôle de compétitivité en santé Atlanpole Biothérapies, qui regroupe les acteurs des Pays de la Loire, de la Bretagne, et du Centre-Val de Loire, vient de tenir son assemblée générale. En 2023, le pôle a accueilli 20 nouveaux membres. Il atteint ainsi pour la première fois les 212 adhérents. Au sein d’Atlanpole Biothérapies, les Pays de Loire ont clairement la part belle avec 65 % des adhérents, contre 20 % en Bretagne, et 5 % en Centre-Val de Loire.

Nicolas Poirier, DG d’Ose Immunotherapeutics (à gauche), Lise Alter, DG de l’Agence de l’innovation en santé (au milieu), et Franck Grimaud, Président d’Atlanpole Biotherapies (à droite) lors d’une table ronde autour du volet santé de France 2030 — Photo : B.Robert

Il faut dire que la santé est mise aujourd’hui sur le devant de la scène dans la région. Le nouveau CHU nantais, en cours de construction, possédera d’ailleurs une station S, soit un incubateur capable d’accueillir 1 000 acteurs dédiés à l’innovation en santé. Le premier bâtiment de ce complexe, baptisé Gina, devrait accueillir ses premiers occupants en 2025. Il aura nécessité un investissement de 18 millions d’euros, et possédera 4 500 m² en location à la disposition des entreprises du secteur. Des acteurs comme Redeem Medical se sont déjà positionnés.

Pilier de la future Station S, le bâtiment Gina devrait accueillir ces premiers occupants en 2025. Il aura nécessité 18 millions d’euros d’investissement — Photo : Benjamin Robert

Des entreprises plus matures dans l’Ouest

Afin de faire éclore les jeunes start-up de la santé et de dynamiser le secteur, d’autres régions possèdent des grosses industries pharmaceutiques, comme Pierre Fabre près de Toulouse, ou bioMérieux dans la vallée du Rhône. Mais dans les Pays de la Loire, en l’absence de ces locomotives, il faut miser sur d’autres moteurs. Forcément à ce jeu-là, les belles réussites de l’année ont été mises à l’honneur lors de l’assemblée générale d’Atlanpole Biotherapies, avec par exemple la commercialisation du vaccin contre le Chikungunya de Valneva, ou encore le beau partenariat d’Ose Immunotherapeutics avec Boehringer Ingelheim. Au total, les membres du pôle ont levé ensemble 850 millions d’euros sur les sept dernières années. Et malgré l’absence d’un mastodonte pharmaceutique, le territoire tire son épingle du jeu. Selon France Biotech, Bretagne, Pays de la Loire et Centre-Val de Loire représentent 44 % du chiffre d’affaires national de la healthtech, et 26 % des effectifs nationaux. "De plus, les entreprises du secteur ont une maturité plus importante sur ce territoire, avec une moyenne de 48 salariés par entreprise contre 31 au niveau national", ajoute Chloé Evans, adjointe du directeur général de France Biotech.

Le dévoilement des premiers volumes de Gina a réuni de nombreuses personnalités, dont Johanna Rolland, maire de Nantes, Lise Alter, directrice générale d’AIS, Carine Bernault, présidente de Nantes Université, ou encore Yann Trichard, président de la CCI Nantes Saint-Nazaire — Photo : Nantes Métropole - Thierry MEZERETTE

Un dynamisme à accompagner

Plus de 44 projets d’innovation ont été accompagnés sur l’année par Atlanpole Biothérapies. Parmi eux, 12 ont été financés, avec un budget total de 42,2 millions d’euros. Et cela devrait encore être en forte augmentation l’année prochaine. "Sur le nombre de projets accompagnés, nous avons déjà atteint le même niveau en une demi-année en 2024", note Johann Dion, chargé de mission à Atlanpole Biotherapies. Ces projets, de plus en plus nombreux, devront trouver une place dans l’écosystème régional. "On ne peut pas revendiquer l’émergence d’une filière sur le temps long sans poser les mètres carrés", conçoit Franckie Trichet, vice-président de Nantes Métropole délégué à l’innovation. Afin d’anticiper cette montée en puissance, Nantes proposera aux industriels plus matures des capacités foncières sur le site de l’hôpital Laennec, à Saint-Herblain, avec la création d’un bioparc de 100 000 m² dédié à la bioproduction en 2029. "On démontre qu’il s’agit pour nous d’une filière stratégique pour le territoire métropolitain", ajoute le vice-président.

Réussir à mobiliser les fonds nationaux

L’écosystème nantais semble aussi avoir le regard bienveillant des financeurs nationaux. "J’étais venue à Nantes il y a 18 mois, et nous évoquions le quartier de la santé de manière futuriste. Aujourd’hui, il prend forme. Cet écosystème nantais incarne bien notre stratégie et notre vision au sein de France 2030", se réjouit Lise Alter, directrice générale de l’Agence de l’Innovation en Santé.

1 %

D’ailleurs, en mai dernier, Ose Immunotherapeutics a reçu un financement public non dilutif de 8,4 millions d’euros dans le cadre de France 2030 pour financer une étude clinique de phase 3, la dernière avant une possible mise sur le marché de son produit contre le cancer du poumon. "Ces financements sont essentiels. Autrement, cela oblige les entreprises innovantes à chercher des fonds américains ou chinois, et les sociétés partent à l’étranger", souligne Nicolas Poirier, directeur général d’Ose Immunotherapeutics. Bien sûr, Lise Alter précise que France 2030 ne pourra pas financer toutes les phases de tests avancés pour les produits français. "Nous n’avons pas la profondeur des fonds américains", appuie-t-elle.

Un chemin encore long

Malgré ces avancées sur la partie innovation, la région ne représente pas encore un hub incontournable de l’industrie du médicament. "Sur l’ensemble de l’industrie pharmaceutique national, les Pays de la Loire comptent 1 % des emplois", rappelle Samia Soultani-Vigneron, vice-présidente du conseil régional déléguée à la recherche et l’innovation. Si le site de Gina en 2025, puis le bioparc en 2029 devraient améliorer la donne, il faudra surtout compter sur des sous-filières en émergence pour se distinguer. "Les deux grandes forces du Grand Ouest sont aujourd’hui le numérique en santé et la bioproduction", souligne Lise Alter. Nantes pourra ainsi capitaliser sur son statut de place forte du numérique pour jouer sur l’intersectionnalité entre les secteurs. De son côté, Franck Grimaud, dirigeant de Valneva et vice-président d’Atlanpole biotherapies, préfère mesurer le chemin déjà parcouru. "Il y a 25 ans, il n’y avait aucune recherche menée en santé à Nantes", rappelle-t-il. "On a aujourd’hui une dizaine de sociétés de plus de 100 personnes. Les perspectives sont très enthousiasmantes". Tout le challenge des années à venir sera de garder cette dynamique, dans un secteur qui a tendance aujourd’hui à ralentir. En France, les start-up de la santé ont levé 1,8 milliard d’euros en 2023. Une baisse de 32 % par rapport à 2022. Si les Pays de la Loire semblent aujourd’hui posséder un écosystème de start-up d’une masse critique, il faudra réussir à poursuivre, contre certains vents contraires, cette marche en avant.

Pays de la Loire # Biotech # Industrie # Pharmacie # Santé