Les distinctions ne manquent pas. La reconnaissance scientifique non plus. Mais cela n’aura pas suffi à convaincre les investisseurs privés pour ce spin-off de l’Inserm fondé en 2017. La biotech nantaise Goliver Therapeutics vient d’être placée en liquidation judiciaire, moins de deux ans après avoir obtenu un financement de 1,6 million d’euros, suite à l’appel à projets "Innovations en biothérapies et bio-production" de France 2030.
Un manque d’intérêt des fonds privés
Goliver développait une thérapie cellulaire contre les diverses maladies du foie : cirrhoses, insuffisances hépatiques aiguës et chroniques. "La reconnaissance de France 2030 devait faire effet levier auprès des fonds privés de capital-risque, auprès desquels nous recherchions entre 7 et 10 millions d’euros. Nous avons dans un premier temps relancé les fonds français et européens", détaille Tuan Huy Nguyen, président et fondateur de Goliver.
Des thérapies cellulaires délaissées
Pour ce dernier, les difficultés de financement viennent en grande partie du domaine d’expertise de Goliver, les thérapies cellulaires, qui sont peu investies par les grandes entreprises pharmaceutiques, plus habituées à manipuler et fabriquer des molécules chimiques que des cellules vivantes. "Les capitaux-risqueurs suivent les tendances des big pharmas. Ils n’ont pas forcément de visibilité dans les thérapies cellulaires", ajoute le président, comparant le financement de l’innovation en santé à des modes qui se succèdent. "Par exemple, les technologies ARN avaient beaucoup de mal à émerger avant le Covid-19 avant d’avoir le vent en poupe. Actuellement, tout le monde mise sur l’immunologie et l’intelligence artificielle", indique le dirigeant.
À la recherche d’un repreneur
Malgré les difficultés d’avancer dans ce domaine qui reste hors des radars, Goliver a persévéré en allant taper aux portes des fonds américains et même australiens. "Nous avons envisagé de lever 10 millions d’euros auprès de fonds australiens, avec la création d’une filiale là-bas. Cela aurait pu être une aubaine car le pays est la porte d’entrée du marché asiatique. Mais les délais étaient trop restreints pour concrétiser cette opération avant le jugement du tribunal", ajoute Tuan Huy Nguyen.
Le fondateur cherche aujourd’hui un repreneur pour reprendre les actifs et brevets de Goliver. "Cela peut être un concurrent direct américain ou asiatique", ajoute le dirigeant, également ancien chercheur au sein de l’Inserm, qui reste amer devant la finalité des dépenses publiques. En effet, depuis sa création Goliver a obtenu 6 millions d’euros de diverses sources de financement public, et 3 millions d’euros de business angels. "L’État, notamment via Bpifrance, met la main à la poche en abondant de nombreux fonds privés, souligne Tuan Huy Nguyen. Il pourrait contraindre ces fonds d’investissement français à soutenir les entreprises à fort potentiel, dont les promesses scientifiques, industrielles et précliniques ont été démontréés".