La biotech nantaise Goliver vient d’obtenir un financement de 1,6 million d’euros, suite à l’appel à projets "Innovations en biothérapies et bio-production" de France 2030. L’entreprise développe une thérapie cellulaire contre les diverses maladies du foie : cirrhoses, insuffisances hépatiques aiguës et chroniques.
Ce soutien financier sonne aujourd’hui comme une reconnaissance de cette innovation issue des laboratoires de l’Université de Nantes et de l’Inserm. Gage de cette excellence scientifique, l’appel à projets en question récompense seulement quatre lauréats au niveau national.
Depuis sa création en 2017, l’entreprise de sept salariés a dépensé 7 millions d’euros, lui ayant permis de boucler les étapes précliniques, et l'industrialisation du procédé. "Nous nous apprêtons aujourd’hui à entrer en phase de production et à débuter ensuite les essais cliniques chez l’homme début 2026", prévoit Sami Bou-Antoun, vice-président et responsable du développement de Goliver.
Une alternative aux greffes de foie
Le foie est un organe surprenant, le seul du corps humain dont les cellules sont capables de se régénérer. "C'est un organe majeur, considéré comme l'éboueur de l'organisme. Mais il atteint parfois ses limites en termes de régénération", explique Tuan Huy Nguyen, fondateur et président de Goliver. Il faut dire que le scientifique de formation en connaît un rayon puisqu’il a soutenu sa thèse en 2000 sur les maladies du foie. "Aujourd’hui, la greffe est la seule solution thérapeutique possible lorsque les médicaments ne fonctionnent plus. Mais les dons d’organe sont en diminution. De plus, les opérations restent très complexes", appuie Tuan Huy Nguyen.
Avec Goliver, l’entrepreneur pose une alternative : injecter des cellules de foie, produites en laboratoire par milliards, afin de relancer la régénération du foie du patient. "Notre produit agit dès trois heures après son injection", s’enthousiasme Tuan Huy Nguyen. Cette rapidité d’action est primordiale : ces cellules extérieures ont ainsi le temps de sécréter des facteurs de croissance, et donc de relancer la régénération du foie, avant que le corps ne leur oppose une réaction de rejet. "Une injection correspond à environ un milliard de cellules, soit 1 % du foie", détaille Tuan Huy Nguyen. De plus, ces cellules d’un nouveau genre peuvent être conservées à -150 °C, et donc être potentiellement disponibles directement au sein des hôpitaux en cas d’urgence.
Entre 7 et 8 millions d’euros dans les six prochains mois
Sami Bou-Antoun est arrivé il y a six mois au sein de Goliver. Ce médecin de formation et serial entrepreneur est un habitué du business des biotechs. "Je cherchais depuis longtemps une personnalité plus orientée business pour m’accompagner", appuie Tuan Huy Nguyen. De son côté, Sami Bou-Antoun voit dans ce soutien de France 2030 à la fois "un bol d’air financier et une consécration de la technologie portée".
Mais c’est surtout une récompense qui l’aidera à convaincre les investisseurs, alors que l’entreprise est en pleine levée de fonds. "Nous cherchons entre 7 et 8 millions d’euros dans les six prochains mois", note le vice-président. Dans un premier temps, la société cherche des fonds européens. Malheureusement, on ne compte plus les médicaments qui ont bénéficié de financements publics en Europe au début de leur vie, et qui ont fini leur développement outre-Atlantique (Zolgensma, vaccin à ARNm…). Les deux dirigeants ambitionnent plutôt de faire de Goliver une entreprise européenne de premier plan.