Vous avez pris la tête d’Ose Immunotherapeutics en septembre, une biotech de 65 personnes qui conçoit des médicaments, notamment en immuno-oncologie et immuno-inflammation. Votre nomination fait suite à une assemblée générale sous très haute tension, suite à des désaccords stratégiques entre les membres de l'ancien Conseil d'administration. Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure ?
J’ai suivi Ose depuis de nombreuses années et notamment lorsque j’étais investisseur professionnel. À cette occasion, j’ai fait investir certains de mes fonds dans la biotech. J’ai travaillé également avec l’ancien dirigeant, Nicolas Poirier, comme consultant entre 2023 et 2024, afin de mener une réflexion sur la présentation de l’entreprise aux investisseurs. Je connais aussi de longue date l’une des fondatrices, Dominique Costantini, ainsi que l’un des précédents directeurs Alexis Peyroles. Ils m’ont tous les deux demandé de soutenir leur action face au précédent conseil d’administration, et j’étais disponible pour occuper ce poste de directeur général par intérim. Nous sommes aujourd’hui à la recherche d’un dirigeant pour le temps long. Nous avons lancé le processus de recrutement, et cela devrait intervenir dans les mois à venir.
Que propose votre plan pour les trois années à venir ?
J’ai déjà entendu la critique d’être une société qui suit le marché boursier. Mais je le revendique : nous sommes une entreprise cotée, et il faut répondre aux demandes de la Bourse. On ne peut pas lever d’argent sur les marchés, sans se soucier ensuite des attentes. Notre plan stratégique doit donc proposer de la création de valeur à plus court terme. Avec ce plan stratégique, nous envisageons quatre possibles créations de valeur dans les trois prochaines années. Nous misons également sur nos trois partenariats (Ose a noué des partenariats avec des industries pharmaceutiques, comme Abbvie, Boeringher, et Veloxis pour financer les essais cliniques de ses candidats-médicaments, NDLR), et ne nous interdisons pas d’en signer d’autres.
Quel est votre programme principal ?
Nous développons Tedopi, un vaccin thérapeutique contre le cancer du poumon, qui reste notre principale création de valeur dans les années à venir. La grande partie de l’étude a déjà été financée, et il reste seulement des coûts marginaux. Nous aurons les résultats des essais cliniques dans la première partie de 2028, et donc une potentielle commercialisation à l’horizon 2029 ou 2030, qui sera sûrement géré par un partenaire pharmaceutique. Il faut se rendre compte qu’Ose Immunotherapeutics est une des plus belles biotechs d’Europe : il est remarquable d’avoir un produit en phase 3 (la dernière phase des essais cliniques chez l’être humain, NDLR) alors que l’entreprise a levé seulement 50 millions d’euros de capital. En parallèle, l’entreprise a pu se financer en obtenant 70 millions d’euros de dettes et financements publics, et plus de 220 millions d’euros de ses différents partenariats industriels.
Quel est votre feuille de route concernant le lusvertikimab, votre deuxième produit phare ?
Nous dégageons trois possibles créations de valeur autour de cet anticorps. Son indication majeure est la rectocolite hémorragique, soit une inflammation chronique de la muqueuse intestinale. Nous travaillons sur une nouvelle formulation pour injecter le produit en sous-cutané : cela permet grâce à un petit dispositif sous la peau de diffuser le produit. Par rapport à la voie intraveineuse, cela limite le nombre d’injections pour le patient. Nous lancerons une nouvelle étude clinique (phase 1), pour valider cette formulation qui sera disponible d’ici 18 à 24 mois. Cette étude sera bien moins coûteuse que l’étude de phase 2b initialement prévue par le passé, et aidera à convaincre un partenaire pharmaceutique pour prendre en charge la suite du développement. En parallèle, nous voulons enrichir le profil du lusvertikimab : nous testerons cet anticorps contre une ou deux maladies rares ou spécialisées, que nous dévoilerons début 2026. Le développement dans ce type de maladies est plus rapide et moins coûteux.
Ose Immunotherapeutics a une visibilité financière jusqu’à octobre 2026. Comment comptez-vous refinancer la société dans les mois à venir ?
Plusieurs leviers sont possibles. Nous pourrons lever des fonds, agir sur notre dette en la restructurant, ou encore trouver des financements publics. Nous pouvons aussi attendre de futurs revenus découlant de nos partenariats, mais nous ne les incluons pas dans nos calculs, car le déclenchement de ces paiements ne dépend pas entièrement de nous. Nous ne communiquons donc pas sur de prochains paiements de nos partenaires.