La coopérative agricole et agroalimentaire NatUp, qui rassemble 7 000 agriculteurs de Normandie, d’Île-de-France, de Picardie et d’Eure-et-Loir, a nommé son nouveau directeur général. Il s’agit de Laurent Lemarchand, qui a succédé, depuis le 1er janvier 2025, à Patrick Aps, à la tête de la coopérative depuis 2012. Entré chez NatUp en 2019, ce diplômé de l’École polytechnique et de l’Université d’Oxford était jusqu’ici directeur innovation, développement et agro-industries du groupe coopératif qui emploie 1 800 salariés et dont le siège social est basé à Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime).
Une nouvelle impulsion
À 41 ans, celui qui est aussi titulaire d’un bac pro agricole, a su séduire Antoine Declercq, le président de NatUp avec sa "vision de l’entreprise à long terme et un engagement vis-à-vis de l’esprit de l’entreprise". Antoine Declercq attend aussi de son nouveau directeur général "une nouvelle impulsion" en matière de diversification des activités de la coopérative, et une accélération de sa digitalisation.
Laurent Lemarchand, qui récupère la tête d’un groupe dont le chiffre d’affaires a retrouvé un niveau "d’avant pic de la hausse des matières premières" à près de 1,3 milliard d’euros en 2024 (pour 1,6 milliard en 2023), s’appuie sur une feuille de route baptisée "#Inspire".
Des enjeux climatiques qui génèrent un plan d’économie
Parmi les priorités du nouveau DG, le défi climatique. Un travail à la fois de longue haleine et de très court terme. Ainsi, les aléas climatiques de 2024, avec une hausse de 127 % de pluviométrie entre octobre 2023 et février 2024 ont entraîné des retards des semis et des arrachages de betteraves et pommes de terre ou encore des modifications sur l’enracinement des cultures. Au final, ils ont abouti à "une moisson décevante avec des volumes en baisse de 20 % en blé, orge et colza", souligne Antoine Declercq. Avec à l’arrivée 900 000 tonnes collectées, soit une baisse de 230 000 tonnes par rapport à 2023.
Une perte de récolte importante que le groupe a décidé de compenser par un plan d’économies : "Avant la fin de la moisson, nous savions que les volumes ne seraient pas au rendez-vous, c’est pourquoi nous avons mis en place un plan d’économies de 10 millions d’euros pour nous adapter à la conjoncture et préserver la compétitivité des agriculteurs", révèle le président de NatUp. Avec à la clé des projets à l’arrêt (non divulgués) et des économies demandées aux salariés en matière de déplacements ou encore de réunions. "Nous avons demandé à nos équipes d’aller chercher des économies sur tous les postes ou c’était envisageable, et nous avons atteint notre objectif", précise le président de NatUp. Avec ce plan, NatUp peut conserver ses fonds pour soutenir ses agriculteurs adhérents : aide à la trésorerie, prise en charge d’intérêts ou encore aides à l’investissement.
Des agriculteurs qui deviennent producteurs d’énergie
L’un des symboles de la transition écologique chez NatUp est la multiplication de projets de production d’énergies renouvelables. Des projets d’installation de panneaux photovoltaïques et de méthaniseurs ont ainsi débuté depuis 2023. Depuis le début de l’année 2024, le projet Metha Valo 92, également initié par Paprec, est à l’étude, visant à installer un méthaniseur à Gennevilliers et deux lieux de stockage, à Serez (27) et Sainte-MaixmeHauterive (28). La direction de NatUp a aussi engagé une réflexion sur la question de l’agrivoltaïsme, pratique qui combine la production agricole et la production d’énergie solaire.
Ces nouveaux développements permettent d’améliorer le bilan carbone de NatUp et de ses agriculteurs adhérents. Ils peuvent aussi "apporter de nouveaux revenus pour soutenir nos territoires agricoles. Ces investissements énergétiques amènent des rémunérations attractives. Notre vocation est d’accompagner les agriculteurs qui n’oseraient pas se lancer. On doit être en mesure de faire coexister l’activité agricole avec l’activité énergétique", s’enthousiasme le nouveau directeur général de NatUp. Avec à terme, l’ambition pour la direction de NatUp de couvrir entre 10 et 15 % des besoins en électricité des activités agricoles.
Des capacités de production supplémentaires
La diversification de l’activité constitue l’un des axes forts de la feuille de route de Laurent Lemarchand. Comptant 240 plateformes de collecte et usines, la coopérative produit et transforme des végétaux (céréales, légumes, oléagineux…) et des animaux (bovins, ovins, porcins et saumons).
Mené par Laurent Lemarchand, le projet de construction d’une nouvelle usine sur le site Lunor de Luneray, en Seine-Maritime, est emblématique de la volonté de NatUp d’augmenter ses capacités de production et d’accélérer sa diversification. Avec pour objectif de se doter d’une capacité de production supplémentaire de 20 000 tonnes de produits consommables (pommes de terre en cubes, carottes en lamelles ou encore betteraves en cubes transformés à base de légumes cultivés en Normandie) à horizon 2025 (40 000 tonnes de capacité pour l’usine existante), la nouvelle usine doit aussi permettre de faire évoluer la gamme des produits Lunor (41 000 tonnes de pommes de terre transformées).
Cette nouvelle usine permettra d’ajouter une part complémentaire de légumes pasteurisés à sa gamme de légumes jusqu’ici entièrement stérilisés. " La pasteurisation, si elle réduit le temps de conservation, préserve le goût des aliments et leurs qualités naturelles. Cela offre la meilleure qualité des produits prêts à l’emploi", se félicite Antoine Declercq.
Une nouvelle usine pour laquelle la coopérative normande prévoit le plus gros investissement industriel de son histoire avec près de 40 millions d’euros. L’investissement va générer la création d’une soixantaine d’emplois, qui viendront s’ajouter aux 230 salariés déjà présents sur ce site de 10 000 mètres carrés.
Accélérer la digitalisation
La transition numérique est un autre défi à relever pour Laurent Lemarchand qui souhaite une véritable "montée en puissance sur les sujets data". Pour cela, la coopérative a enclenché la construction d’une nouvelle plateforme digitale qui permettra le suivi des activités des adhérents en extranet, tel que le semis des cultures.
La coopérative explore également des solutions d’intelligence artificielle afin d’optimiser les interventions de ventilation des silos à grain pour améliorer la qualité des céréales stockées, en consolidant et structurant les données collectées par les sondes des silos. Un programme innovant, qui intègre des technologies industrielles telles que les groupes froids, et vise à améliorer la gestion des stocks.
Faire perdurer un modèle gagnant
Pour Laurent Lemarchand, si le développement des activités et la digitalisation de NatUp sont des nécessités incontournables, son mot d’ordre reste la continuité d’un modèle qui a su prouver sa résilience : "L’enjeu c’est aussi de renforcer un modèle performant humainement et économiquement. Pour cela, il faut faire perdurer la résilience en développant les bonnes compétences auprès de nos collaborateurs et adhérents, et en maintenant une gouvernance stable". Le côté "innovant" de la coopérative reste aussi fondamental pour le nouveau directeur général : "C’est ce qui m’a séduit chez NatUp, cette expertise technique, des solutions innovantes et le travail en filières. Avec toujours l’idée de continuer à défendre et aller chercher du revenu pour une meilleure qualité de vie de nos adhérents".