Aux États-Unis, ils s’appelleront French Galettes, ou "butter cookies". Pour cette première commande à l’export, 7 724 640 broyés du Poitou produits par Maison LPA vont être expédiés dans onze conteneurs et distribués par une grande enseigne américaine dans 43 états via 608 magasins. À l’échelle de cette PME des Deux-Sèvres (ex-Les P’tits Amoureux d’Ardin), c’est colossal. Et le symbole d’un virage stratégique qui a impliqué une vaste réorganisation.
À elle seule, cette commande représente 1,14 million d’euros de chiffre d’affaires, alors que la PME terminait 2023 avec 2 millions d’euros de chiffre d’affaires à périmètre équivalent (elle s’est depuis débarrassée de son activité de produits frais). Le partenariat avec l’enseigne américaine est censé s’inscrire dans la durée puisque l’Américain prévoit deux à trois conteneurs par mois, générant un chiffre d’affaires annuel de 4 millions d’euros. Pour y répondre, l’usine située à Ardin a quasiment triplé sa capacité de production, passant d’une organisation en 1/8 à trois équipes en 3/8, dont une de nuit.
Nouvelle stratégie depuis le rachat fin 2023
"Depuis qu’on a racheté l’entreprise, on n’arrête pas, sourit Alexis de Galembert, cofondateur et dirigeant de La Fabrique Cookies (105 salariés, 11,6 M€ de CA en 2024). En quelques mois, nous avons réaménagé les espaces, abondé le compte courant de 200 000 euros, investi 350 000 euros dans les machines et embauché cinq personnes". Ils sont 18 salariés désormais. La nouvelle direction entend ainsi ouvrir la PME à de nouveaux marchés, elle qui ne commercialisait que via la GMS.
L’export est un des axes et une porte d’entrée pour La Fabrique Cookies, basée en Île-de-France. "Nos produits (cookies, madeleines et cakes) ne nous permettaient pas d’accéder aux marchés de l’export, l’hôtellerie, l’aérien et le ferroviaire parce qu’ils sont trop chers et avec une péremption trop courte - 28 jours - quand elle est d’un an pour des sablés." La société créée en 2012 a donc racheté la PME deux-sévrienne avec un tas de clients potentiels dans sa besace. Ce premier contrat aux États-Unis a été signé par les prédécesseurs avant la vente, mais "nous l’avons renégocié pour ne pas avoir à le partager avec un concurrent", confie Alexis de Galembert.
Compagnie aérienne et parc d’attractions
Craint-il les potentielles taxes supplémentaires brandies par le président Trump ? "Elles auront peut-être un effet sur les volumes, mais je reste serein. Même si on devait perdre ce contrat, on survivrait grâce à tous les autres marchés."
Outre le Japon déjà dans le viseur, LPA vient de remporter l’appel d’offres d’une compagnie aérienne et s’est déjà glissé chez une partie des clients BtoB de La Fabrique Cookies issus de restauration (chaînes, restauration collective, frigos connectés) et de l’événementiel (stades, parc d’attractions…). "On a signé Foodles ainsi qu’un grand parc d’attractions francilien, et nous allons continuer à développer la GMS en étendant le territoire comme nous venons de le faire avec Aldi." Client pour lequel l’entreprise a aussi beaucoup produit depuis le début de l’année.
En 2024, le chiffre d’affaires avait déjà progressé de 20 % (2,4 M€). Objectif 2025 : 5,6 millions d’euros, "en étant très très prudent". LPA envisage déjà une nouvelle ligne de production. "Nous avons la place, il nous reste à trouver 2,5 millions d’euros."
Cette effervescence est aussi soudaine que bienvenue pour LPA. Créée en 1998, a PME a connu des heures de gloire avant de sombrer. Placée en redressement judiciaire en 2017, reprise par la coopérative vendéenne Cavac en 2018, la biscuiterie avait juste assaini sa situation financière avant la vente fin 2023, abandonnant notamment l’activité de produits frais (flans, tourteaux fromagers…) "qui avait plombé la boîte", selon Alexis de Galambert.
"Un banquier d’affaires me l’avait proposée en 2022, j’avais refusé, avoue le dirigeant. Les P’tits Amoureux d’Ardin était alors hyper endettés (2 millions) avec un Ebitda négatif. J’ai finalement repris les titres pour 1 euro et un tiers du passif, avec un Ebitda à 122 000 euros. Nos prédécesseurs ont fait le boulot." A la nouvelle équipe dirigeante de le développer.