Quelle est l’activité de Dalkia et quel est le périmètre d’intervention de vos équipes sur la zone Centre Ouest ?
Dalkia intervient sur trois régions : Bretagne, Pays de la Loire et Centre. Nous comptons 1 100 salariés et avons quelque 8 000 sites sous gestion. L’activité de Dalkia couvre trois grands domaines : les réseaux de chaleur urbains qui alimentent des villes entières, la production de "vapeur verte" pour les industriels, et le chauffage collectif pour les copropriétés, bureaux et bâtiments communaux.
C’est sur ce dernier segment que se concentrent le plus grand nombre de techniciens, qui assurent l’entretien et l’optimisation des installations. Notre objectif est simple : réduire au maximum l’usage du gaz fossile de nos clients.
Quelle est votre feuille de route concernant l’activité industrielle de Dalkia ?
Je suis arrivé dans mes nouvelles fonctions avec une ambition claire : apporter de la valeur à nos clients et accélérer notre croissance. Nous vivons une période charnière où la demande en solutions énergétiques alternatives explose. Un élément clé de cette transformation est la guerre en Ukraine, qui a brutalement mis en lumière la dépendance au gaz et son coût exorbitant. Cela a poussé les industriels à rechercher des alternatives viables, et nous avons déjà plusieurs dizaines de projets en cours d’étude ou de réalisation. Bien sûr, la transition ne se fait pas du jour au lendemain. Lorsqu’on parle d’installations industrielles, il y a une phase d’étude, de conception et de construction qui prend du temps. Nous entrons maintenant dans une période où ces projets vont devenir concrets et se multiplier sur les cinq prochaines années.
"Chaque projet commence par un audit pour identifier les économies d’énergies possibles."
Pour quels acteurs industriels travaillez-vous en Bretagne ?
L’entreprise compte de nombreux clients dans l’agroalimentaire, un secteur clé en Bretagne et particulièrement gourmand en énergie. Nous intervenons aussi dans les secteurs de la chimie ou du papier-carton. Dalkia a suivi récemment pour Guyot Énergies (Finistère) les travaux de construction d’une chaufferie biomasse vapeur qui fonctionne au bois. Safran, Avril ou OPmobility (ex-Plastic Omnium) sont aussi des entreprises qui nous font confiance. Notre métier ne se limite pas à la construction d’installations : nous concevons, optimisons et exploitons des systèmes énergétiques, dans la durée.
Chaque projet commence par un audit pour identifier les économies d’énergies possibles, en ajustant les réglages et en optimisant l’anticipation des besoins énergétiques. L’intelligence artificielle est aussi utilisée pour détecter les opportunités de réduction de consommation.
Quelles solutions concrètes apportez-vous aux industriels pour réduire leur empreinte carbone ?
La première étape consiste à optimiser les consommations énergétiques en ajustant l’usage à un "juste besoin". Ensuite, la priorité est donnée à la récupération de la chaleur fatale, un principe simple mais efficace : plutôt que de laisser s’échapper dans l’atmosphère la chaleur issue des fours industriels, il est possible de la capter et de la réinjecter dans le processus de production. Cela se fait via des systèmes de récupération qui utilisent l’eau ou la vapeur pour ensuite redistribuer cette énergie au sein même de l’usine.
"Nous prévoyons de doubler la part de chaleur renouvelable dans l'industrie en Bretagne d’ici moins de 10 ans."
Dans les zones industrielles ou portuaires, où plusieurs usines sont regroupées, il devient possible d’organiser un échange d’énergie entre sites voisins. Une entreprise qui produit un excédent de chaleur peut ainsi l’acheminer vers une autre structure qui en a besoin. Dalkia possède le savoir-faire pour mettre en place ces boucles énergétiques vertueuses, en tenant compte des défis techniques liés à la température, la pression, la sécurité et la continuité d’activité.
Quels sont vos objectifs de croissance en Bretagne ?
Nous prévoyons de doubler la part de chaleur renouvelable dans l'industrie en Bretagne d’ici moins de 10 ans, et pour nous, cela signifie aussi doubler nos effectifs. Nous comptons quelque 200 collaborateurs en Bretagne. La plupart sont des techniciens supérieurs de la transition énergétique. Si nous atteignons nos objectifs, nous pourrions bientôt porter à 400 le nombre d’emplois dans la région.
Quels sont les freins encore aujourd’hui à l’accès aux énergies renouvelables dans le milieu industriel ?
L’un des grands enjeux de la transition énergétique est l’investissement initial. Une unité biomasse (destinée à produire de l’électricité et de la chaleur, NDLR) coûte environ 50 millions d’euros. D’autres solutions comme la géothermie ou le solaire thermique nécessitent également des investissements de plusieurs dizaines de millions pour les projets d’envergure. L’énergie renouvelable demande un effort financier important au départ, mais elle est très rentable à long terme.
Contrairement à une chaufferie au gaz, qui coûte peu à construire mais engendre une facture récurrente, une installation en énergie renouvelable permet de limiter les dépenses sur le long terme et d’être moins dépendant des fluctuations du marché. Nous sommes en mesure d’apporter à nos clients des solutions de financement.
Pourquoi faut-il franchir le pas ?
Nous avons des exemples concrets d’impact positif sur la consommation énergétique. Prenons un site industriel qui fonctionnait à 100 % au gaz. Avec la mise en place d’une installation de chaleur renouvelable, nous pouvons diviser par cinq sa consommation de gaz et atteindre 80 % de chaleur verte.
"L’Ademe est et doit rester un acteur clé de la transition énergétique."
Cela ne signifie pas que le gaz disparaît totalement : il reste un élément de sécurité pour assurer une continuité en cas de maintenance d’une chaufferie bois par exemple. Mais la réduction de consommation reste considérable.
L’État, sinon l’Ademe, accompagne-t-il encore en 2025 la transition énergétique des industriels ? Des subventions peuvent-elles être captées ?
L’Ademe est et doit rester un acteur clé de la transition énergétique. Quand on voit leur bilan depuis la création du Fonds chaleur renouvelable en 2008, je suis stupéfait par les attaques dont leurs équipes sont la cible. Leur soutien se poursuit, même si le budget qui leur est alloué est insuffisant au regard de la profusion de projets. D’autres mécanismes de soutien existent comme les certificats d’économies d’énergie, c’est notre métier chez Dalkia de les maîtriser complètement.
Vous avez travaillé pour l’État pendant 15 ans avant de rejoindre Dalkia en 2008. Pourquoi être passé dans le privé ?
J’ai travaillé pendant 15 ans pour l’administration, notamment au ministère de la transition écologique. À l’époque, si on voulait faire bouger les choses, il fallait être dans le secteur public, car les entreprises ne s’étaient pas encore saisies suffisamment des enjeux écologiques. Mais après le Grenelle de l’environnement (qui a donné lieu au projet de loi Grenelle I en 2008, NDLR), les initiatives privées ont commencé à se multiplier, et j’ai décidé de passer dans le secteur industriel pour accompagner concrètement cette évolution.
C’est ainsi que j’ai rejoint Dalkia en 2008 - longtemps avant de prendre mes fonctions actuelles à la direction Centre Ouest - au moment où l’entreprise lançait ses premiers projets de bois-énergie. J’ai accepté le défi, et depuis, cela fait 15 ans que je travaille sur les différentes formes de chaleur renouvelable. Aujourd’hui c’est une immense source de motivation de me dire que je travaille au quotidien tant pour l’indépendance énergétique de notre pays que pour la préservation du climat.