Alpes-de-Haute-Provence
L’écoparc de Corbières allie immobilier et photovoltaïque pour rayonner
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L’écoparc de Corbières allie immobilier et photovoltaïque pour rayonner

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Construit entre 2015 et 2023, l’écoparc de Corbières-en-Provence, un village des Alpes-de-Haute-Provence, affiche complet. Dix ans après la pose de la première pierre, 180 personnes travaillent dans les 13 bâtiments, en partie financés par la couverture photovoltaïque des toitures et la production d’électricité.

L’écoparc de Corbières-en-Provence produit aujourd’hui 20 GWh d’électricité et ses 13 bâtiments sont occupés par 180 personnes — Photo : DR

Quand Jean-Luc Guigue a commencé, en 2008, à parler de son projet d’écoparc à Corbières-en-Provence, près de Manosque dans les Alpes-de-Haute-Provence, beaucoup l’ont pris pour un fou. Aujourd’hui, les mêmes le décrivent comme un visionnaire. Il faut dire que mobiliser 10 millions d’euros pour créer 9 000 m² de bâtiments à louer, en partie financés par des panneaux photovoltaïques en toiture, dans un village de 1 200 habitants, pouvait paraître complètement démesuré. Pourtant, cet écoparc est bien sorti de terre à partir de 2015 et il fête ses 10 ans en affichant complet.

Un visionnaire et un audacieux

Grâce à la connaissance du territoire de son initiateur, celui qui se définit comme "un enfant du pays". Et à la confiance de son associé Pierrick Morier, aujourd’hui président de Volta (130 collaborateurs, CA : 40 M€, 270 MWc exploités), producteur et exploitant indépendant d’énergies renouvelables, spécialisé dans le photovoltaïque en toiture et l’éolien. Une société alors aussi balbutiante (elle a été créée en 2014) que son marché.

"Je voyais Iter (réacteur expérimental de fusion nucléaire, NDLR) arriver à Cadarache sans que rien ne soit prévu en termes d’urbanisme, d’infrastructures ou de logement, retrace Jean-Luc Guigue, qui travaillait alors sur des ensembles commerciaux à ciel ouvert et sur leur couverture photovoltaïque. J’ai anticipé un besoin et pensé à installer des panneaux solaires sur les toitures des bâtiments pour qu’ils soient en partie financés par la vente de l’électricité produite. D’autant qu’à l’époque, le tarif de rachat était intéressant."

"Un des plus gros projets du département"

Soutenu par le maire du village, Jean-Claude Castel, il obtient les autorisations d’urbanisme dès 2011. Seulement voilà, le projet Iter est repoussé, année après année, reportant d’autant le projet de Jean-Luc Guiguee, "un des plus gros du département". "Et les banques n’y croyaient pas", reconnaît-il. Pierrick Morier en revanche y a cru. Il a accepté d’investir 2,2 millions d’euros dans les panneaux solaires. Il a aussi décidé d’entrer au capital du projet immobilier aux côtés de Jean-Luc Guigue, jusqu’à en prendre le contrôle, pour sécuriser le volet solaire.

"Nous avons choisi d’aller au-delà de notre métier de base pour ne pas laisser le promoteur seul face aux défis d’un projet d’une telle envergure et pour ne pas être dépendant du projet immobilier, sans réel contrôle sur sa réalisation", explicite le président de Volta. Une démarche originale et fondatrice, qui illustre à ses yeux l’agilité et l’audace du producteur d’énergies renouvelables.

Une stratégie payante

"Il fallait un chef d’entreprise, qui sente que ça avait du sens, pas un financeur, poursuit-il. Un pur producteur d’électricité ne serait venu qu’une fois les bâtiments construits, pour poser ses panneaux. Nous, on a apporté suffisamment de financement pour que les structures devant accueillir le photovoltaïque soient bien en place. On avait ensuite le temps de finir les bâtiments au fur et à mesure. Et à la fin, on a eu raison."

Car l’écoparc (750 000 € de loyers perçus) produit aujourd’hui 20 GWh d’électricité et ses 13 bâtiments sont tous occupés depuis la fin de la construction en 2023. On y trouve une crèche, des commerces, un partenaire d’Iter (META), des collaborateurs d’Iter Organisation ou encore des PME, l’ensemble de ces activités représentant 180 emplois. "Et on n’a enregistré aucun départ depuis", se félicite l’initiateur du site, qui est toujours actionnaire minoritaire du projet immobilier, majoritairement détenu par Ophiliam et désormais dissocié de la production d’électricité. Sur laquelle Volta s’est recentré : c’est sa filiale Volta Investissements qui loue désormais les toitures et reverse une soulte à l’écoparc.

Un siège opérationnel en prime

Ce qui n’empêche pas l’entreprise de s’enraciner à Corbières-en-Provence. Elle y a fait construire son siège opérationnel de 1 000 m² à quelques centaines de mètres de l’écoparc, pour y installer une quarantaine de collaborateurs en octobre 2024. "Un choix naturel" pour Pierrick Morier, qui estime "devoir être sur les territoires".

"On a énormément de centrales dans le Sud-Est et on rayonne à partir de cette région", insiste le président de Volta, qui rêve désormais de la création d’une sortie d’autoroute à proximité. Notamment pour faciliter le recrutement et les installations. "Ce serait extraordinaire", s’enthousiasme Jean-Luc Guigue, pas peu fier d’affirmer que grâce à l’écoparc, un cabinet dentaire, une pâtisserie et une station-service vont bientôt s’implanter. Une belle renaissance pour un site emblématique qui abritait, de 1872 à 1971, la gare de Corbières-en-Provence.

Alpes-de-Haute-Provence # Immobilier # Production et distribution d'énergie # Aménagement du territoire # PME