Porté par le sidérurgiste allemand SHS (13 000 salariés, 3,4 Md€ de CA) pour un montant d’investissement total évalué à 4,6 milliards d’euros, Power4Steel est un projet majeur de décarbonation en Europe, visant à produire de l’acier décarboné. Et la jeune start-up industrielle parisienne Verso Energy va y participer, avec son futur site de production d’hydrogène de Carling, en Moselle, appelé CarlHyng.
Un réseau dédié pour acheminer l’hydrogène
Concrètement, l’entreprise pilotée par Xavier Caïtucoli et Antoine Huard s’est engagée à livrer chaque année au moins 6 000 tonnes d’hydrogène sur une période de dix ans, à compter de 2029. L’hydrogène produit sera injecté dans un réseau de transport dédié, baptisé mosaHYc, pour alimenter une unité de réduction directe, permettant de transformer directement le minerai de fer.
Jusqu’à 120 000 tonnes d’hydrogène par an
En associant à cette première unité, qui permet de se passer de haut-fourneau brûlant du charbon, à deux fours à arcs électriques, installés à Dillingen et Völklingen, dans le Land de Sarre, le groupe allemand compte produire un acier décarboné à hauteur de 55 %. Les livraisons de Verso Energy ne permettront pas de combler les besoins de cette installation industrielle : le groupe SHS prévoit en effet de consommer jusqu’à 120 000 tonnes d’hydrogène par an.
Une première tranche d’investissement de 100 millions d’euros
"Ce contrat avec SHS le démontre : grâce à l’hydrogène, il est aujourd’hui possible de produire de l’acier tout en réduisant significativement les émissions de CO2, à condition de mettre en œuvre des modèles novateurs et intégrés depuis la production d’électrons verts jusqu’à la production de molécules", indique Xavier Caïtucoli, président de Verso Energy qui prévoit de répondre aux besoins de son client avec une première tranche d’investissement de 100 millions d’euros, pour démarrer dès 2029 une tranche de 100 MW de production d’hydrogène.
Dévoilé en 2023, le futur site de production d’hydrogène exploité par Verso Energy à Carling vise à faire sortir de terre trois unités de production d’hydrogène par électrolyse de l’eau, d’une capacité totale de 51 000 tonnes. Le montant total de l’investissement est estimé à 450 millions d’euros.
Un réseau à cheval entre la France et l’Allemagne
Les équipes de la start-up industrielle n’ont pas choisi Carling par hasard : premier élément déterminant, le projet MosaHyc : ce futur réseau de transport d’hydrogène transfrontalier, porté par les opérateurs de réseaux de distribution Creos (Allemagne) et NaTran (France), doit s’étaler sur 45 kilomètres entre la France et l’Allemagne, en reprenant une infrastructure de transport de gaz naturel, en partie hors service, qui sera reconvertie à l’hydrogène. Une infrastructure imaginée en grande partie pour répondre à l’appétit insatiable du groupe SHS pour l’hydrogène.
De l’électricité et de l’eau
À la proximité de ce très gros consommateur et d’autres clients potentiels, notamment ceux de la plateforme chimique de Carling, s’ajoutent la présence de l’ensemble des "matières premières", nécessaires pour produire de l’hydrogène par électrolyse, un procédé nécessitant de faire passer un courant électrique dans de l’eau, pour séparer la molécule H2O en hydrogène et en oxygène. Les 400 MW d’énergie électrique nécessaire, déjà réservées, seront accessibles grâce au poste électrique de 400 000 volts de Saint-Avold, distant d’environ trois kilomètres et dimensionné pour alimenter l’ensemble des industriels de la plateforme Chemesis.
D’autres projets de production d’hydrogène
Lors de la mise en service de la première unité d’électrolyse d’une puissance de 100 MW, fin 2029, le besoin en eau a été estimé à 36 mètres cubes par heure, pour atteindre 110 mètres cubes par heure en 2030, lors de la mise en service de la troisième et dernière unité, soit plus de 40 000 mètres cubes par an. Des volumes importants mais qui restent inférieurs à ceux engloutis par la centrale à charbon Emile-Huchet, à Saint-Avold, qui a consommé jusqu’à 12 millions de mètres cubes d’eau par an. Par ailleurs, l’actuel exploitant de la centrale, GazelEnergie, a lui aussi dévoilé son intention d’investir dans une unité de production d’hydrogène, d’une puissance de 400 MW.