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Saarstahl signe un contrat à un milliard d’euros pour livrer des rails à SNCF Réseau
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Saarstahl signe un contrat à un milliard d’euros pour livrer des rails à SNCF Réseau

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Depuis Hayange en Moselle, l’usine du sidérurgiste allemand Saarstahl Rail s’est engagée à livrer jusqu’à 1,5 million de tonnes de rails sur six ans au gestionnaire d’infrastructures ferroviaires français, SNCF Réseau. Un contrat d’une valeur d’un milliard d’euros, avec une particularité : l’empreinte carbone de ces rails dits "verts" est réduite de 70 % par rapport à une production classique.

Les blooms sortent du four de l’usine d’Hayange à plus de 1 200°C avant d’être laminés pour en faire des rails — Photo : Jean-François Michel

Pendant les six prochaines années, près de 35 % de la capacité de production de l’usine du sidérurgiste allemand Saarstahl, basée à Hayange en Moselle, seront consacrés à un seul client : SNCF Réseau. Propriété du groupe allemand SHS (6 400 salariés, 3,4 Md€ de CA) l’industriel, qui réalise près de 330 millions d’euros de chiffre d’affaires à Hayange et emploie 450 salariés, vient de signer avec le gestionnaire d’infrastructures ferroviaires français, SNCF Réseau, filiale de la SNCF (50 000 salariés, 7,6 Md€ de CA) un contrat pour la fourniture de rails sur quatre ans, avec une option de deux ans supplémentaires. Pour une quantité pouvant aller jusqu’à 1,5 million de tonnes, en fonction des chantiers menés sur le réseau français.

200 000 tonnes de CO2 économisées chaque année

Un contrat à un milliard d’euros, qui vient valider la stratégie lancée par le sidérurgiste allemand depuis la reprise au groupe Liberty Steel en 2021 des sites d’Ascoval à Saint-Saulve, dans le Nord, et de Liberty Rail à Hayange, en Moselle. "C’est un contrat très important pour nous", résume Nadine Artelt, présidente de Saarstahl Rail, en insistant sur l’empreinte carbone de ces rails. "Le contrat signé avec SNCF Réseau permettra d’économiser chaque année 200 000 tonnes de CO2", se félicite la dirigeante.

Les rails produits à Hayange sont en effet particuliers : présentés comme "verts" par les équipes de Saarstahl, ils sont laminés à Hayange sur la base de bloom, ces morceaux d’acier pesant jusqu’à 7 tonnes, produits dans l’aciérie électrique de Saarstahl Ascoval. Par rapport à un procédé de production classique, impliquant de produire de l’acier dans un haut-fourneau, la réduction de l’empreinte environnementale, soit essentiellement les émissions de CO2, est d’environ 70 %.

En 2025, l’usine d’Hayange va bénéficier d’une première salve d’investissements pour un total de 5 millions d’euros — Photo : Jean-François Michel

Encore un delta de prix par rapport à des rails classiques

Concrètement, en additionnant les émissions liées aux scopes 1, 2 et 3, soit les émissions directes et indirectes, un producteur "classique", concurrent de Saarstahl, peut mettre sur le marché des rails en émettant autour de 2,6 tonnes de CO2 par tonne produite. Grâce à son acier décarboné, l’industriel allemand revendique un bilan carbone de 0,77 tonne, inférieur de 1,84 tonne par rapport à ses concurrents.

En signant le contrat, le PDG de SNCF Réseau, Matthieu Chabanel, s’est déclaré fermement "engagé pour la décarbonation" sans pour autant être prêt à "détériorer la performance économique" de son entreprise. "Il existe un petit delta de prix entre un rail classique et un rail vert", concède Nadine Artelt, sans vouloir révéler le chiffre. "Mais le fait que le rail soit décarboné permet à SNCF Réseau de s’engager à payer un prix un peu plus élevé." Pour le directeur commercial de Saarstahl Rail, Dominique Chiesura, ce delta est appelé à se réduire dans le temps : "Aujourd’hui, la tonne de carbone émise se paye 80 ou 90 euros en moyenne. Mais demain, ce sera 150 ou 200 euros. À ce moment, nous serons encore plus compétitifs."

Un carnet de commandes plein

Ce nouveau contrat achève de remplir à 100 % le carnet de commandes de Saarstahl Rail pour l’année 2025. "Et nous sommes déjà à 70 % pour les exercices suivants", révèle la présidente de Saarstahl Rail. Après avoir connu des années noires, le site mosellan retrouve des couleurs sous l’impulsion de son propriétaire allemand : l’équilibre d’exploitation devrait être atteint dès 2025, et "ensuite, nous allons commencer à gagner de l’argent", se félicite Nadine Artelt.

En 2021, lors de la reprise, l’usine d’Hayange affichait des pertes de l’ordre de 32 millions d’euros sur l’exercice. "Nous avons laissé derrière nous les mauvais contrats pour nous concentrer sur des clients plus intéressants", retrace Adrien De Bastos, le directeur industriel de Saarstahl Rail. Les rails "verts" ont déjà convaincu le gestionnaire du réseau ferroviaire belge, Infrabel, qui a acheté en 2023 pour 200 millions d’euros de rails. "Et nous livrons l’Autriche, la Suisse ou encore l’Italie", précise la présidente de Saarstahl Rail, qui ne peut pas, malgré les succès commerciaux, s’empêcher d’avoir un regret : ne rien livrer en Allemagne.

Deux ministres, Agnès Pannier-Runacher, à la Transition écologique, et Philippe Tabarot, aux Transports, ont fait le déplacement jusqu’à l’usine Hayange, en Moselle, pour assister à la signature du contrat entre Saarstahl Rail et SNCF Réseau — Photo : Jean-François Michel

Vers les 400 000 tonnes produites par an

Lors de la reprise du site mosellan en 2021, les équipes de Saarstahl ont trouvé une usine au fort potentiel, mais quasiment "abandonnée", par son ancien actionnaire. "Nous avons commencé par investir plus de 30 millions d’euros pour rattraper le temps perdu", retrace Nadine Artelt, la présidente de Saarstahl Rail. Désormais, les contrats qui s’empilent permettent de passer à une nouvelle phase, programmée sur 8 ans. "Dans les deux ans à venir, nous allons commencer par des investissements plutôt simples qui nous permettront d’augmenter notre capacité rapidement", détaille la dirigeante. Soit millions en 2025 puis entre 10 et 15 millions sur l’exercice suivant.

L’industriel prévoit de desserrer la contrainte sur la production en améliorant son laminoir ou encore en rendant plus rapide les changements d’outils permettant de fabriquer différents types de rails. "Notre objectif, c’est d’atteindre une capacité de production de 400 000 tonnes par an", dévoile Nadine Artelt. En 2024, l’usine a produit un total de 330 000 tonnes de rails, grâce à trois équipes travaillant huit heures sur le laminoir, quand les équipes au parachèvement, comprendre les dernières étapes de préparation du rail avant sa livraison, tournent en quatre postes de huit heures. "En faisant des heures supplémentaires, nous avons pu faire face à la charge de travail", assure la dirigeante.

La piste de l’hydrogène par abaisser encore les émissions

En février prochain, les dirigeants de Saarstahl Rail fixeront les contours d’un projet majeur pour l’usine : l’avenir des deux fours à gaz permettant de réchauffer les blooms pendant quatre heures, pour les porter jusqu’à 1 280°C. "C’est un projet qui devrait nous emmener jusqu’en 2027", précise Nadine Artelt en évoquant un montant d’investissement qui pourrait atteindre les "50 millions d’euros". Si toutes les options technologiques ont été étudiées par les équipes de l’industriel, Adrien De Bastos consent à lever un coin du voile. "Nous ne pourrons pas nous passer du gaz", révèle le directeur industriel du site. Construits dans les années 60, les deux fours à gaz avalent des quantités phénoménales de gaz, sur lesquelles Saarstahl reste discret, mais qui pèse pour 15 % du bilan carbone des produits finis. "La piste que nous suivons, c’est d’injecter jusqu’à 30 % d’hydrogène pour abaisser les émissions", précise Adrien De Bastos.

Moselle # Industrie # Transport-logistique # Industries du transport # Investissement industriel # Transition énergétique # Transition écologique