Pour Matthieu Couffin, le directeur du site Michelin de Golbey, dans les Vosges, il est "important de garder la dynamique". Produisant 65 000 tonnes par an de renforts métalliques pour pneus, avec 420 salariés, l’usine vosgienne sort tout juste d’un plan de transformation à 25 millions d’euros, qui a permis notamment de faire des gains de compétitivité de l’ordre de 10 à 15 % et d’atteindre le "Net Zéro", sur les scopes 1 et 2 grâce à l’installation de deux pompes à chaleur fonctionnant à l’électricité.
Produire des renforts métalliques "différenciants"
Arrivé aux commandes de l’usine en décembre dernier, évoluant dans un "paysage en pleine recomposition", le directeur de l’usine de Golbey évoque sans les commenter la fermeture des sites Michelin de Vannes et de Cholet, mais aussi des réductions de capacités sur le marché mondial, avec la fermeture d’une usine qui fournissait le groupe Michelin (CA : 28,3 Md€ ; 132 000 salariés) en renforts métalliques. "Au sein du groupe, nous devons être capables de produire des renforts métalliques différenciants", fixe Matthieu Couffin. "Différenciants", donc plus compétitifs mais aussi à plus forte valeur ajoutée, que ce soit dans la vitesse d’exécution ou dans la réduction de l’empreinte environnementale des produits.
Trois machines installées pour une année chargée
Soucieux désormais de préparer l’avenir du site vosgien sur la période 2026-2030, en accord avec le plan stratégique du groupe, baptisé "Michelin In Motion", Matthieu Couffin va commencer par projeter l’usine vosgienne sur une année 2025 chargée. "Nous avons programmé 7,5 millions d’euros d’investissement", détaille le directeur du site. L’essentiel de l’enveloppe sera consacré à l’installation de trois machines. La première, qui sera mise en service dans les semaines à venir, doit permettre à l’usine de Golbey d’utiliser plus d’acier recyclé pour fabriquer ses renforts métalliques. "Nous avons repris une ancienne machine, que nous avons rétrofité pour lui permettre de produire en utilisant de l’acier recyclé", détaille Matthieu Couffin.
Augmentation de capacité dans les tringles
Un axe stratégique de travail pour l’ensemble du groupe, qui a déjà fait part de ses avancées dans l’utilisation de gommes recyclées et étend désormais ses efforts aux renforts métalliques. Deuxième opération, l’installation, d’ici à l’été, d’un ensemble de machines devant permettre d’augmenter la capacité de production de tringles, ces cerceaux métalliques utilisés pour renforcer la carcasse des pneus. "Grâce à cette installation, nous allons passer d’une capacité de 15 millions de tringles à 17,5 millions", dévoile le directeur de l’usine de Golbey. Enfin à la fin de l’année, l’équipe de Golbey aura achevé la mise en service d’une nouvelle ligne de traitement thermique, capable de traiter des aciers toujours plus résistants.
Vers "l’excellence opérationnelle"
Après cette salve d’investissements sur l’année 2025, le directeur du site travaillera à l’élaboration du nouveau plan pour tracer un chemin jusqu’en 2030 à l’usine vosgienne de Michelin. "Ce ne sera pas un plan imaginé dans un bureau, nous allons créer des groupes de travail avec les salariés pour définir notre stratégie", décrit Matthieu Couffin. Parmi les chantiers prioritaires, le nouveau directeur évoque la montée en compétences des équipes. Investissant en moyenne dans 11 200 heures de formation par an pour ses équipes, l’usine de Golbey veut aller encore plus loin. "Nous allons vers l’excellence opérationnelle", indique le directeur, en évoquant un programme de formation allant de la polyvalence sur les postes de travail à la capacité à travailler en équipe, en passant par la sécurité au travail.
Réduire de moitié la consommation d’eau du site
Autre chantier majeur, la réduction de la consommation d’eau du site. Le procédé de fabrication des renforts métalliques implique de tréfiler un câble dans des bains d’huile, avant de le rincer pour continuer le traitement : le site consomme 300 000 m3 d’eau chaque année. "Notre objectif est de diviser cette consommation par deux d’ici à 2030", fixe le directeur de l’usine Michelin de Golbey. Le pilotage plus fin des équipements industriels fait aussi partie des sources de gain déjà identifiées. "Désormais, 95 % de nos machines sont connectées", se félicite Matthieu Couffin. Pour l’instant, la masse de données remontant des équipements est traitée grâce au savoir-faire des opérateurs. Mais demain, le directeur imagine avoir recours à une intelligence artificielle, afin de mettre au jour des "corrélations impossibles à révéler", avec un objectif : "anticiper la maintenance et produire mieux", affirme le directeur de l’usine.
"Produire plus" n’est pas un objectif
Si l’ensemble de ces chantiers doit permettre au site de dépasser les 65 000 tonnes produites par an, Matthieu Couffin repousse cette perspective : "Notre objectif n’est pas de produire plus". Chargé à plein potentiel avec l’effectif actuel, le site de Golbey pourrait pourtant aller plus loin : le début du procédé de fabrication, consistant à tirer sur le fil d’acier, "le haut de chaîne, est chargé à 75 %. Sur la finition du produit, nous sommes plutôt autour de 45 %", révèle le directeur de l’usine.