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En produisant du carton à plein régime, Norske Skog Golbey vise les 400 millions d’euros de chiffre d’affaires
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En produisant du carton à plein régime, Norske Skog Golbey vise les 400 millions d’euros de chiffre d’affaires

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Un mois après la production de la première bobine dans les Vosges, Norske Skog Golbey vient d’inaugurer sa nouvelle ligne de production de papier carton. 330 millions d’euros auront été nécessaires pour prendre position sur un marché en croissance, le carton pour fabriquer des emballages.

Le président de Norske Skog Golbey, Yves Bailly, présente la machine à papier carton — Photo : Jean-François Michel

Le chantier a été long et compliqué, mais ce n’était qu’une étape. Tout juste un mois après la production de la première bobine, l’équipe du papetier vosgien Norske Skog Golbey est lancée dans un "ramp-up", une montée en charge industrielle, pour parvenir à tirer au plus vite le meilleur de sa machine à papier reconvertie : le meilleur, c’est-à-dire produire 550 000 tonnes de papier carton par an. "Au bout d’un an de montée en charge, j’estime que nous serons à 70 % de notre capacité maximale", estime Yves Bailly, le président de Norske Skog Golbey.

300 000 tonnes de papier journal et 550 000 tonnes de papier carton

Atteindre les 550 000 tonnes devra permettre à l’industriel vosgien, filiale du papetier norvégien Norske Skog (CA : 1,1 Md€), de toucher les 400 millions d’euros de chiffre d’affaires à horizon 2027. "Nous allons passer de 600 000 tonnes de papier journal produites à 300 000 tonnes de papier journal auxquelles il faut ajouter 550 000 tonnes de papier carton", comptabilise Yves Bailly. "Au total, nous serons à 850 000 tonnes produites, donc les 400 millions d’euros de chiffre d’affaires une fois à plein régime sont à notre portée." Exploitant actuellement une seule machine à papier, le papetier vosgien a bouclé l’exercice 2024 sous les 200 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec un effectif de 380 salariés.

Les bobines mère de papier carton font 8,8 mètres de large et pèsent 85 tonnes — Photo : Jean-François Michel

Se dégager du marché du papier journal

Imaginée en 2020, lancée en 2022, la conversion de la machine à papier numéro 1 de l’usine de Norske Skog Golbey vise à se dégager d’une dépendance totale au marché en décroissance du papier journal, pour se positionner sur le marché porteur du papier pour emballage, comprendre le carton. "En 2010, sur notre territoire de chalandise, à savoir l’Europe de l’ouest, il se vendait 12 millions de tonnes de papier journal", rappel Yves Bailly. "Aujourd’hui en 2025, ce sera 2 millions et quelques. En 2027, les projections anticipent 1,7 million de tonnes."

"Nous allons tirer notre épingle du jeu parce que nous avons une machine qui sera plus performante que la moyenne des machines."

Actuellement, le marché du "container board", soit le papier carton permettant de fabriquer des emballages, est évalué à 30 millions de tonnes. "Non seulement ce ne sont plus du tout les mêmes volumes, mais le marché est en croissance, d’environ 2 % par an", se félicite le PDG de Norske Skog Golbey. 2 %, soit la capacité supplémentaire que le papetier norvégien vient de mettre sur le marché en démarrant sa nouvelle ligne de production.

La première bobine de papier carton a été produite le 22 mai 2025 — Photo : Norske Skog Golbey

D’autres concurrents qui arrivent sur le marché

Conscient d’arriver sur un marché en croissance, mais "un peu déséquilibré", du fait de la mise en service concomitante de plusieurs usines de papier carton, Yves Bailly veut faire la différence grâce aux performances de sa machine : "Il y a eu plusieurs conversions comme la nôtre qui sont en train d’arriver sur le marché. Mais nous allons tirer notre épingle du jeu parce que nous avons une machine qui sera plus performante que la moyenne des machines", affirme avec certitude le dirigeant vosgien qui veut prendre très rapidement une part significative du marché. Pour le dirigeant vosgien, les machines les moins compétitives finiront par fermer, rééquilibrant au passage le marché européen.

Les bobines mères sont découpées aux dimensions voulues par le client — Photo : Jean-François Michel

Des choix techniques pour une machine compétitive

Pour arriver à produire au meilleur coût, les équipes de Norkse Skog Golbey ont commencé par sourcer des vieux cartons, pour un total de 600 000 tonnes par an. "Actuellement, nous avons 70 000 tonnes de vieux cartons stockés", détaille Yves Bailly. C’est à partir de ces fibres, 100 % recyclées, que la machine PM1 reconvertie va pouvoir produire. "La qualité du tri nous touche beaucoup, car nous sortons jusqu’à 5 % de plastique et de polluants divers dans les vieux cartons", souligne Jean-Claude Pierrot, directeur de la stratégie commerciale et des finances pour Norkse Skog Golbey.

Ensuite, au cœur de la machine, qui affiche 190 mètres de long pour 10 mètres de large, les équipes de Norske Skog Golbey ont fait le choix d’installer deux rouleaux pressoir spécifiques pour sécher le papier : "Ce choix technique nous permet de bénéficier d’une zone de pincement très large et de mettre une pression très forte sur le papier", précise Jean-Claude Pierrot. Concrètement, lors de la phase d’égouttage, le papier carton passe de 1 % de fibre et 99 % d’eau à 79 % d’eau : un passage dans les rouleaux pressoir permet d’atteindre 55 % d’eau. "1 % d’eau en moins, c’est 4 % d’énergie en moins qui sera nécessaire pour sécher le papier", souligne Yves Bailly.

La reconversion de la machine à papier PM1 a nécessité plus de trois ans de travail — Photo : Jean-François Michel

Vers les 70 grammes par mètre carré

Outre son efficacité énergétique, la nouvelle machine de Norske Skog Golbey doit aussi permettre de répondre plus précisément aux exigences des clients. "À l’origine, le papier carton, cela pesait 130 ou 150 grammes par mètre carré. Aujourd’hui, les clients veulent savoir quand nous allons commencer à produire du 70 grammes. Car notre machine a été conçue pour être capable de produire du papier carton à 70 grammes par mètre carré, ce que très peu de machines sont capables de faire", indique Yves Bailly. Un positionnement technique qui devrait faire écho chez les fabricants d’emballage, puisque le paiement des bobines de papier carton se fait au poids.

De l’énergie tirée de la biomasse

Pour conforter son positionnement sur le marché de l’emballage, Norske Skog Golbey s’est assuré de disposer d’une énergie compétitive. Depuis le 1er janvier 2025, c’est une chaudière biomasse, portée par la société de projet Green Valley Énergie, qui est chargée de livrer 700 GWh de vapeur au papetier. L’équipement a nécessité un investissement de 200 millions d’euros, porté par Norske Skog Golbey, Veolia et Pearl Infrastructure Capital, fonds qui détient 80 % de la société de projet et a levé 150 millions d’euros de dette pour boucler le montage financier.

"C’est tout simplement la plus grosse chaudière de cogénération de France", résume Pierre Rellet, associé fondateur et directeur général de Pearl Infrastructure Capital. En parallèle des 130 MW de puissance thermique mis en service, la chaudière dispose de 25 MW de production électrique, permettant ainsi d’assurer la rentabilité de l’équipement grâce à la production de 200 GWh d’énergie électrique. "Pour alimenter la chaudière, nous allons collecter 240 000 tonnes de bois de classe B, soit des déchets, dans un rayon de 250 kilomètres autour de Golbey", décrit Pierre Rellet. Chaque année, l’utilisation de la biomasse en remplacement du gaz devra permettre d’éviter l’émission de 210 000 tonnes de CO2.

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