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Pour Norske Skog Golbey, un tarif à 70€ le MWh n’est "pas du tout compétitif"
Vosges # Production et distribution d'énergie # Investissement industriel

Pour Norske Skog Golbey, un tarif à 70€ le MWh n’est "pas du tout compétitif"

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Dévorant 600 GWh d’électricité par an sur son site de Golbey, dans les Vosges, le papetier norvégien Norske Skog est engagé dans un bras de fer avec EDF pour obtenir des tarifs lui permettant de rester compétitif.

Jean-François Serre est le directeur des achats de Norske Skog Golbey — Photo : Norske Skog Golbey

Jean-François Serre, le directeur des achats de Norske Skog Golbey (350 salariés ; CA : 200 M€), ne cherche pas à cacher les enjeux : "Nous sommes de plus en plus pressurés entre nos coûts de production et les prix de vente. À un moment donné, il y aura un effet ciseau, les deux vont se croiser et ce sera fini". Dernier producteur français de papier journal, le papetier Norske Skog exploite sur son site de Golbey, dans les Vosges, une machine à papier capable de produire 330 000 tonnes par an. Mais jusqu’à quand ? "C’est un horizon de temps compris entre un et trois ans", estime le directeur des achats de Norske Skog Golbey. Pour produire, l’industriel doit en effet faire face à deux postes de coûts majeurs : le papier recyclé, pour faire de la pâte à papier, et l’énergie.

Une machine gourmande en électricité

Début février, l’équipe de Jean-François Serre achetait le MWh d’électricité à 106 € : "C’est 26 € de plus que la semaine d’avant", constate le directeur des achats. Pour encore quelques semaines, le site Norske Skog de Golbey exploite une seule machine à papier : en mars prochain, pour un investissement de 300 millions d’euros, l’industriel prévoit de redonner une nouvelle jeunesse à son site vosgien en mettant en service une machine entièrement reconditionnée pour produire 550 000 tonnes de papier pour ondulé destiné à fabriquer des solutions d’emballage. Mais même avec une seule machine en service, l’industriel avale tous les ans 650 GWh d’électricité, soit la consommation annuelle de 500 000 foyers français.

Les deux mécanismes couvrant 70 % de la consommation électrique du site vont s’arrêter — Photo : Lucas Valdenaire

Deux mécanismes pour acheter de l’électricité à bas prix

Jusqu’à présent, 70 % de la consommation électrique du site était couverte par deux mécanismes : l’Arenh, l’Accès régulé à l’énergie nucléaire historique, qui permet d’acheter de l’électricité à très bas prix, soit 42 € du MWh, et les tarifs négociés dans le cadre du consortium Exeltium. "Je ne peux pas préciser exactement quel est le tarif, notamment parce qu’il est recalculé en fonction de certains indices de marché, mais il est très attractif, même s’il est actuellement au-dessus de l’Arenh", dévoile Jean-François Serre.

"Après, c’est le grand vide"

Signé en 2008 entre EDF et 27 industriels français, membres du consortium Exeltium, ce mécanisme prévoyait la mise à disposition de 311 TWh d’électricité sur 24 ans en échange d’une avance de 4 milliards d’euros consentis par les industriels. La crise de 2008 a rebattu les cartes : en rendant difficile le financement de l’avance, les termes du contrat ont été renégociés pour aboutir à une avance de 1,75 milliard d’euros pour une livraison de 148 TWh. "L’Arenh s’arrête à la fin de l’année, Exeltium en 2030. Après, c’est le grand vide", témoigne le directeur des achats de Norske Skog Golbey

Des contrats à 70€ du MWh

"Aujourd’hui, nous cherchons à relancer une deuxième phase avec Exeltium", décrit le directeur des achats de Norske Skog Golbey en évoquant des "réticences" du côté d’EDF. Des "réticences" qui tournent au bras de fer. En effet, le PDG d’EDF, Luc Rémont, et ses équipes ont imaginé un autre système d’achat d’électricité pour les électro-intensifs, appelé CAPN, pour Contrats d’allocations de production nucléaire, dont les tarifs devraient osciller entre 65 et 70 € du MWh. Ces CAPN ont été imaginés pour prendre le relais de l’Arenh, qui s’éteint au 31 décembre 2025, et idéalement, ne devraient pas être concurrencés par les tarifs négociés dans le cadre du consortium Exeltium.

Le site Norske Skog de Golbey emploie 325 personnes — Photo : Jean-François Michel

Des difficultés à négocier

"Pour nous, 70 € du MWh, ce n’est pas attractif, pas compétitif", tranche Jean-François Serre, en regrettant l’attitude intransigeante du patron d’EDF : "Concrètement, pour l’instant, nous n’arrivons pas à négocier quoi que ce soit avec le PDG d’EDF". Et le directeur des achats de Norske Skog Golbey de décrire une négociation idéale pendant laquelle "chacun ferait la moitié du chemin" : "Le prix annuel du MWh tourne autour de 60 et 70 € du MWh. Le tarif de l’Arenh date, il faut le modifier, mais il doit être possible de s’entendre sur un tarif pour les industriels entre 50 et 55 € du MWh", estime Jean-François Serre. D’après le directeur des achats de Norske Skog Golbey, les conséquences de l’intransigeance d’EDF ne se feront pas attendre : "ArcelorMittal, qui fait partie du consortium Exeltium, est en grave danger sur ces sites en France. Et vient d’annoncer un investissement aux États-Unis. Si tout le monde se maintient sur ses positions, je pense que nous le regretterons dans les années à venir".

Des prix volatiles du fait de l’intermittence

Pour Jean-François Serre, le développement des énergies renouvelables dans le mix électrique français n’est pour l’instant pas très favorable à la recherche d’un tarif compétitif : c’est au contraire une "nouvelle composante" qui rend encore plus délicate l’achat d’électricité du fait de l’intermittence de la production, débouchant sur "beaucoup plus de volatilité", décrit le dirigeant. "Avec les renouvelables, lors des journées d’été pendant lesquels le solaire produit beaucoup ou avec l’éolien qui tourne quand il y a du vent, il va y avoir de grandes quantités d’électricité disponible sur le territoire, avec des prix négatifs. À l’opposé, quand il n’y a pas de vent, pas de soleil, les tarifs sont très élevés." Pour des processus industriels qu’il est possible de piloter finement, cette nouvelle situation pourrait être favorable. Mais pas chez Norske Skog Golbey : "Nous tournons 24 heures sur 24, sept jours sur sept, toute l’année", décrit Jean-François Serre.

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