Pour Karel Henry, le constat dressé en ce début 2025 est moins optimiste qu’il a pu l’être les années précédentes. Sans être alarmiste, le contexte est présenté par la présidente du Medef Sarthe comme "assombri", et les entreprises locales sont "dans une situation d’attentisme", avec de nombreux carnets de commandes en attente, en raison de l’instabilité politique et surtout de l’absence de budget, "qui a un impact, en particulier sur le plan fiscal."
Plusieurs secteurs impactés
Car la présidente du Medef Sarthe l’affirme : "Quelles que soient les décisions budgétaires et fiscales qui seront prises, cela va permettre au moins aux entreprises de savoir où elles vont et d’établir leur feuille de route pour 2025. Pour l’instant, on est un peu dans le flou." Cette situation d’attente a en effet des répercussions sur les décisions d’investissement et de recrutement, d’autant que certains secteurs sont à la peine. "L''industrie est impactée en Sarthe, poursuit-elle, comme la métallurgie et d’autres domaines. Certains groupes comme Valeo ou Charal ont annoncé des fermetures ou des transferts sur d’autres sites, mais il y a aussi des PME dont on ne parle pas et qui réduisent leurs effectifs de plusieurs personnes, ce qui a un impact sur les compétences de l’entreprise et des répercussions sociales. Pour 5 suppressions de poste, ce sont à chaque fois 5 familles qui sont touchées."
Si certaines branches de l’industrie sont à la peine, des entreprises dans d’autres secteurs connaissent aussi une situation tendue. C’est par exemple le cas du bâtiment, qui redoute la suppression de 150 000 emplois en France. Et l’impact se mesure aussi sur l’emploi de collaborateurs intérimaires, qui est souvent une variable d’ajustement pour l’activité des entreprises, qui est en recul de 7 % depuis un an.
Des défis à relever
Pour l’organisation patronale sarthoise, qui compte environ 200 adhérents directs et 1 200 en incluant les branches professionnelles, il est donc des défis à relever en ce début d’année 2025 : garder les emplois en premier lieu, en réfléchissant dans les entreprises à la mise en place de formation, à une meilleure organisation. "Le challenge va être de maintenir le moral des équipes dans un contexte de pouvoir d’achat tendu et d’environnement politique instable, assure Karel Henry. Il faut conserver les compétences pour envisager la reprise. Sinon, nous risquons de nous retrouver dans une situation similaire à celle de la sortie de Covid, où beaucoup d’entreprises avaient perdu des compétences et ne pouvaient pas totalement faire face au retour de l’activité. Un autre enjeu est de conduire malgré tout un certain nombre d’investissements, entre autres en termes de transition environnementale et numérique." Des investissements qui se tassent, en baisse de 17 % au troisième trimestre 2024 par rapport à la même période de l’année précédente. Et les défaillances d’entreprises se sont accélérées l’an passé, avec 22 % de procédures collectives en plus par rapport à 2023.
Difficultés de recrutement
Malgré des inquiétudes pour une partie du monde économique local, d’autres entreprises tirent leur épingle du jeu, comme dans l’agroalimentaire, l’aéronautique ou certains marchés de niche notamment. "Ces entreprises investissent et embauchent, confie Karel Henry. Certaines d’entre elles ont même des difficultés à recruter."
"Les difficultés de recrutement concernent 32 % des entreprises tous secteurs confondus, renchérit Simon Fouché, vice-président du Medef Sarthe, sur des postes d’ouvriers, de manutentionnaires, de cadres, de gestionnaires de paye ou encore d’agents de maintenance." Le taux de chômage en Sarthe reste néanmoins le plus élevé des Pays de la Loire, s’établissant autour de 7,4 % fin 2024, proche de la moyenne nationale.
Poursuite des projets et des partenariats
Tout en restant attentif à la situation des entreprises locales et au soutien que le mouvement peut leur apporter, le Medef Sarthe poursuit plusieurs projets pour 2025 : l’accompagnement dans la transition écologique, avec un parcours pratique, reconduit pour la troisième année, permettant aux entreprises de mettre en place en interne une politique dédiée et de financer des actions. L’organisation patronale poursuit également le parcours Recru'Méninges, qui apporte un accompagnement RH sur les questions de reconversion, de maintien des compétences, de l’emploi des seniors ou encore de la diversité et de l’inclusion.
Le Comex 40, initié en 2023, regroupe de jeunes dirigeants qui développent actuellement un outil, en partenariat avec Le Mans Innovation pour simplifier l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les entreprises et dont devraient pouvoir bénéficier cette année les autres adhérents du Medef Sarthe. Les partenariats, menés avec le 2e Régiment d’Infanterie de Marine sur les sujets de recrutements, avec la gendarmerie sur les questions de cybersécurité et avec les écoles supérieures et l’Université se poursuivent.
Enfin, le Medef Sarthe veut anticiper dès cette année le renouvellement de nombreux mandats prévu en 2026 : 170 sont actuellement pourvus par 70 mandataires, et ceux de la CCI ou encore du conseil des Prud’hommes seront renouvelés en 2026.