Globalement, comment se porte l’économie sarthoise ?
Le nombre d’entreprises sarthoises en difficulté augmente. Depuis le début de l’année 2024, ce sont 214 procédures collectives qui ont été ouvertes en Sarthe, contre 167 à la même période en 2023. Cela touche plus fortement les activités immobilières, de la construction et du bâtiment. Même des offices notariaux licencient du fait de la baisse d’activité immobilière ! Et il y a une graduation dans les défaillances d’entreprises. Il s’agissait auparavant surtout de TPE, on voit aussi des PME aujourd’hui.
Le climat est donc à l’inquiétude ?
En tant que chefs d’entreprise et représentants professionnels, nous devons rester optimistes. Néanmoins, on sent une perte de confiance, y compris dans les entreprises qui vont bien. Les projets sont gelés, les carnets de commandes diminuent. On le constate aussi chez les salariés : il y a moins de turn-over, les gens préfèrent ne pas se mettre en insécurité et restent à leur poste. Cela concerne aussi les jeunes : en début de carrière, ils sont en attente face à un gel des recrutements. L’apprentissage, qui est un levier d’embauche, revient en question : nous étions parvenus à multiplier par quatre le nombre d’apprentis accueillis depuis trois ans. Aujourd’hui, on observe une augmentation des demandes de contrats d’apprentissage, mais les entreprises freinent. Et encore une fois, comment embaucher quand le carnet de commandes n’est pas bien rempli ? On constate par ailleurs une baisse des offres pour les ouvriers comme pour les cadres.
"Depuis les Législatives, l’économie est à l’arrêt. Et nous n’avons pas eu de réelle rentrée économique"
Au-delà du bâtiment et de l’immobilier, quels sont les secteurs les plus impactés par la situation économique et politique ?
C’est très variable. Certains secteurs sont globalement en difficulté. L’industrie métallurgique ne va pas bien, on le voit notamment avec le site Valeo de La Suze-sur-Sarthe mis en vente. D’autres ne se portent pas beaucoup mieux, y compris dans l’aéronautique qui est un secteur qui vit plutôt bien. Le contexte crée d’autres problèmes. Dans l’agroalimentaire, par exemple : certaines entreprises ont fortement investi dans leur usine en Sarthe, et les Français continuent de manger… Mais ces entreprises peuvent être davantage confrontées à un manque de main-d’œuvre, malgré un taux de chômage à 7,2 % en Sarthe au premier semestre.
Selon vous, leur faudrait-il recruter ailleurs en France ?
On se heurte aux mêmes problématiques partout en France. La mobilité, d’abord, ce qui n’est pas forcément nouveau. Mais cela freine davantage de cadres aujourd’hui. Les gens prennent en compte un ensemble de critères (professionnels, familiaux…), plus qu’il y a vingt ans par exemple. La crise de l’immobilier et la conjoncture viennent peser sur les décisions : comment se projeter vers une autre région lorsqu’on n’est pas sûr de bien vendre sa maison ?
Votre journée de rentrée coïncide par hasard avec les nominations du nouveau ministre de l’Économie et des finances Antoine Armand, de la ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet, ou encore de la ministre du Logement (Valérie Létard). Est-ce déjà un bon signal pour redonner de la confiance dans les entreprises ?
Il y a eu des nominations d’accord, mais nous en attendons surtout les effets. Depuis les Législatives, l’économie est à l’arrêt. Et nous n’avons pas eu de réelle rentrée économique. Même les entreprises qui tournaient bien jusqu’en juin enregistrent une baisse d’activité. Les entreprises sont en situation d’attente, sans visibilité. Nous attendons un sursaut, et une ligne directrice claire de la part du Gouvernement. Il y a urgence. Les carnets de commandes continuent de se réduire. On observe aussi des difficultés dans la supply chain. Si l’économie ne repart pas dans les deux ou trois semaines, on va être très mal. Nous sommes face à des challenges très importants liés à la dette et au redressement du pays.
"Les carnets de commandes continuent de se réduire. On observe des difficultés dans la supply chain. Si l’économie ne repart pas dans les deux ou trois semaines, on va être très mal"
À son échelle, que propose votre organisation ?
En Sarthe, le Medef affiche la volonté de travailler en bonne intelligence avec tous les acteurs économiques : CCI, CMA, Clubs d’entrepreneurs, etc. L’idée est de mutualiser nos actions quand on le peut, à la fois pour faire gagner du temps à tous, de l’énergie et de l’efficacité in fine. Nous réfléchissons notamment à des sujets sur lesquels nous sommes interpellés, comme la mise en place de la facturation électronique, les dispositifs pour le partage de la valeur, la transmission ou la reprise des sociétés, l’inclusion, etc.
Depuis l’an dernier, au Medef, nous avons aussi mis en place des ateliers autour de l’écologie en entreprise. Ils portent sur la réglementation, les moyens pour réduire les consommations d’énergie, la réduction des déchets, les leviers pour emmener ses collaborateurs dans la stratégie RSE, etc.
Nous proposons aussi des ateliers sur la transition numérique. Dans les deux cas, cela intéresse beaucoup de dirigeants, notamment de TPE et PME, des entreprises qui n’ont pas forcément de services dédiés. Mais ce sont des domaines qui peuvent représenter des investissements importants. Et le contexte n’aide pas à se lancer.
Ce 26 septembre, le Medef Sarthe a proposé une journée autour de la cybersécurité. Pourquoi avoir choisi cette thématique dans le contexte actuel ?
Depuis un an en Sarthe, hôpital, collectivités (le Département en janvier, NDLR), des services, de belles PME mais aussi de petites entreprises ont été confrontées à des attaques. C’est une constante ces derniers mois : ce ne sont plus seulement les grandes structures, privées ou publiques, qui sont attaquées. C'était le point de départ de cette journée.
Il y a sans doute une multiplication des acteurs qui ciblent les entreprises chacun à leur niveau. Des organisations expertes visent des groupes d’assurance ou des ETI, qui ont aujourd’hui davantage sensibilisé leur personnel et sont équipés pour mieux se protéger. Des escrocs se tournent aussi de plus en plus vers les TPE pour quelques milliers d’euros. Un commerçant qui est au four et au moulin et accueille des clients n’a pas forcément le niveau de vigilance nécessaire pour distinguer un appel ou un SMS malveillant. Nous avons donc voulu faire de la sensibilisation pour stopper l’hémorragie, présenter les bonnes démarches, les bons réflexes et pour essayer de comprendre comment opèrent les cyber-assaillants.
Il est aussi important de faire remonter les informations auprès de la gendarmerie, pour prévenir et mettre en place un plan d’actions qui tiennent compte des nouveaux modes opératoires des cyber-attaques.