Le Havre-Rouen-Paris : trafic et investissements en hausse pour Haropa Port
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Le Havre-Rouen-Paris : trafic et investissements en hausse pour Haropa Port

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Première infrastructure portuaire française, Haropa Port signe un bilan 2025 marqué par une hausse de son activité maritime, franchissant un seuil historique du transport de conteneurs. La part modale bat des records, la voie ferrée opérant une véritable percée. Les investissements publics d’Haropa drainent ceux des acteurs privés qui modernisent leurs outils dans les terminaux du Havre.

L'année dernière, le trafic maritime global d'Haropa Port a connu une hausse de 2 % par rapport à 2024 — Photo : Haropa/Nautilus

"En 2025, dans un contexte géopolitique assez mouvant et un commerce mondial qui a connu des périodes plus stables, Haropa Port a fait la preuve de la robustesse de son modèle", indique Benoît Rochet, président du directoire et directeur général Haropa Port, qui gère les ports du Havre, de Rouen et de Paris.

L’année dernière, le trafic maritime global d’Haropa Port a connu une hausse de 2 % par rapport à l’année précédente, avec un volume transité de 84,7 millions de tonnes, où l’activité conteneurs a atteint le niveau historique de 3,2 millions d’EVP (contre 3,1 millions d’EVP en 2024) réalisant une progression de 4 % par rapport à 2024. Le chiffre d’affaires 2025 (provisoire) s’élève à 435 millions d’euros, contre 436 millions d’euros en 2024, laquelle était une année record.

L’impact des droits de douane américains

"On a observé des effets de court terme à l’apparition des droits de douane par l’administration américaine, pondère Benoît Rochet. Dès cette annonce, on a observé une très forte progression des trafics à destination des USA, les importateurs voulant remplir leurs entrepôts avant la mise en place de ces droits de douane. Quelques mois plus tard, une fois les entrepôts remplis, le trafic a ralenti pour reprendre par la suite. On sait que les droits de douane ont des effets de moyen et long terme. Les différents acteurs de la chaîne logistique (importateurs, distributeurs, exportateurs…) peuvent absorber une partie de ces droits de douane, mais ces derniers ne produiront véritablement leurs effets que quelques années plus tard, lorsque ces acteurs voudront restaurer leurs marges antérieures à la mise en place de ces droits de douane. Il est trop tôt pour se prononcer".

Stabilité du vrac liquide

Le vrac liquide est en quasi stabilité, avec un volume transporté en 2025 de 39,7 millions de tonnes (-0,7 %). Au sein de cette filière, on constate une progression de l’importation de pétrole brut. Parmi les vracs liquide, on constate aussi une hausse de 5 % sur d’autres produits énergétiques liés aux biocarburants, avec un volume de 4 millions de tonnes, certainement en lien avec l’anticipation de la transition énergétique.

Rouen progresse en parts de marché sur l’export des céréales

En ce qui concerne la filière des vracs solides, la tendance à la hausse revient, avec un volume qui s’élève à 12,9 millions de tonnes, soit une croissance de 10 % par rapport à 2024. Parmi les vracs solides, les céréales ont représenté 7,4 millions de tonnes pour une année très contrastée : le premier trimestre 2025 était porté par la campagne céréalière 2024-2025, qui était une des plus mauvaises enregistrées ces cinquante dernières années, avec 5,2 millions de tonnes chargées entre juillet 2024 et juillet 2025, ce qui est un chargement assez faible. Mais Rouen démontre sa progression en termes de parts de marché dans l’exportation des céréales : 54 % de l’exportation des céréales françaises passe par Rouen.

La seconde partie de l’année a bénéficié d’une des meilleures campagnes céréalières de ces dix dernières années, faisant progresser les premiers chargements en juillet 2025.

Enfin, le trafic roulier recule de 9,2 % (avec 242 000 véhicules accueillis sur le terminal roulier du Havre) et l’activité des croisières maritimes est stable, enregistrant 205 escales en 2025 (contre 206 en 2024).

Une consolidation de la multimodalité

"Le secteur du transport et de la logistique éprouve des difficultés à se décarboner, d’où la nécessité de recourir à des modes de transport massifiés de façon plus importante que par le passé, estime Benoît Rochet. Haropa Port a investi pour rendre ces services plus compétitifs". La chatière est un exemple typique de facilitation du report modal vers le fluvial. La part modale du transport des conteneurs occupait en 2025 un peu plus de 20 % de l’activité portuaire (conformément aux objectifs stratégiques 2020-2025) contre 19,7 % en 2024.

Record battu sur le ferroviaire

Le trafic ferroviaire de conteneurs, lui, bat un record historique avec 145 000 EVP transportés au Havre de ou vers l’hinterland, soit une progression de 18 % du volume ferroviaire par rapport à 2024, soutenue par l’ouverture d’une nouvelle liaison vers Tours et le renforcement des lignes vers Valenton, Vierzon et Clermont-Ferrand. "On n’a jamais transporté autant de conteneurs par voie ferrée qu’en 2025. En 2020, nous transportions 75 000 conteneurs par voie ferrée. En cinq ans, on a doublé les volumes ferroviaires", se réjouit le directeur général.

190 millions d’euros investis en 2025

En 2025, Haropa a fait l’objet d’un vaste programme d’investissement, de 190 millions d’euros. Un montant en croissance de 30 % par rapport à 2024.

Parmi les projets majeurs et structurant de 2025, l’incontournable chatière du Havre. Les travaux sur cette digue de 1 800 mètres de long ont débuté en mars dernier pour ériger un chenal protégé, lequel doit permettre au transport fluvial un accès sans restriction de marées à Port 2000, l’un des plus grands terminaux de conteneurs d’Europe de 4,2 km. Ce projet à 200 millions d’euros, dont la livraison est attendue courant 2027, doit augmenter les volumes fluviaux de 50 %. Autre projet d’ampleur, le PSMO (Port Seine Métropole Ouest), dont les travaux ont débuté au deuxième semestre 2025, visent à construire un nouveau port fluvial de 100 hectares à la confluence de la Seine et l’Oise, pour un budget de 150 millions d’euros.

L’électrification des quais maritimes et fluviaux

Le début de l’électrification des quais maritimes et fluviaux figure parmi les autres réalisations engagées en 2025. Pour le maritime, le premier raccordement électrique des navires de croisières, à la pointe de Floride du port du Havre, a eu lieu en octobre 2025, moyennant un investissement de 32 millions d’euros. "Deux autres quais seront électrifiés en 2026, puis à Honfleur et à Rouen en 2027", annonce Benoît Rochet.

Des investissements privés dans les terminaux en 2025

"Les opérations portées par Haropa Port pour développer ses infrastructures le long de l’Axe Seine soutiennent l’essor des activités portées par des entreprises privées, autrement dit l''investissement public sert de levier aux investissements privés. Les terminaux à conteneurs du port du Havre vont connaître l’essor le plus important ces prochaines années et ce qui se passera au Havre aura des répercussions tout le long de l’Axe Seine", rappelle le directeur général Haropa Port, se félicitant qu’Haropa Port soit le seul port de France à abriter trois acteurs de classe mondiale : MSC, CMA CGM et Hapag Lloyd qui y investissent pour développer le trafic de conteneurs.

Un milliard d’euros pour neuf méga portiques chez MSC

Ces trois opérateurs ont investi dans la commande de nouveaux matériels, des cavaliers hybrides, à raison de 13 unités pour la filiale de CMA CGM, Générale de Manutention Portuaire (GMP), 14 pour Hanseatic Global Terminals (HGT), et 20 pour TIL-MSC. Autre investissement privé déjà en cours de plus de 1 milliard d’euros, celui de TIL-MSC pour tripler la capacité de ses terminaux sur Port 2000, avec la commande de 9 méga portiques de plus de 100 m de haut (les plus grands en exploitation au monde), dont cinq sont déjà en service, les quatre derniers seront opérationnels fin premier trimestre 2026.

Une stratégie foncière guidée par la densification

Haropa Port poursuit une stratégie densifiée de mise à disposition de son foncier, notamment par des projets en hauteur, comme un entrepôt à étages de 63 000 m² sur une parcelle de 8 hectares à Gennevilliers ou le futur centre de distribution d’Ikea à Limay (livré en 2026) de 60 000 m². Aujourd’hui, l’offre logistique portuaire s’élève à 1,1 million de mètres carrés d’entrepôts opérationnels.
De nouvelles implantations dans le domaine des énergies nouvelles et de l’économie circulaire sont attendues sur l’Axe Seine : Engie (25 ha) pour développer les carburants durables, Livista (raffinerie de lithium), Air Products (hydrogène décarboné), QAIR (E-methanol) et une unité de biométhanisation à Gennevilliers.

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