Malgré un contexte géopolitique et économique difficile pour le transport maritime, Haropa Port, a réussi le tour de force de réaliser une année record à plusieurs titres. Tout d’abord, l’ensemble portuaire constitué des ports de Paris, Rouen et Le Havre, affiche un chiffre d’affaires 2024 de 437 millions d’euros, en hausse de + 3,6 %. "C’est une année de croissance pour Haropa Port, qui confirme l’évolution de notre modèle portuaire entre développement de la logistique et projets industriels", se félicite Christophe Berthelin, directeur général par intérim et directeur général adjoint en charge de la Comptabilité et des finances.
De bons résultats dus notamment à des trafics maritimes en hausse en 2024 de + 2,4 % (83 190tonnes), permettant à Haropa Port de faire progresser sa part de marché sur la façade maritime de la mer du Nord (Range Nord).
La filière conteneurs en forte hausse
Sur l’année 2024, la filière conteneurs connaît une forte croissance à + 18,7 %, dépassant le seuil historique des 3 Millions Evp, en atteignant 3,1 Millions Evp (pour "équivalent vingt pieds", unité de mesure des conteneurs). De son côté, l’activité transbordement connaît elle aussi une croissance historique de + 56 % par rapport à 2023 et enregistre son niveau le plus important depuis 5 ans. Des résultats qui permettent à Haropa Port "de se démarquer ainsi par la plus forte progression sur le trafic conteneurs des ports du Range Nord", souligne Christophe Berthelin. Une dynamique illustrée par un trafic inland (transport fluvial) solide de + 7 % mais aussi par "une augmentation du nombre d’escales au Havre, en dépit des évènements en mer rouge (attaques contre le transport maritime menées par les Houthis, NDLR)", précise Kris Danaradjou, directeur général adjoint en charge du Développement.
Une dynamique du trafic conteneurs qui va encore s'intensifier en 2025. En effet, la filière conteneurs comptera sept nouveaux portiques TiL MSC au Havre à Port 2000. Ces nouveaux portiques (les plus grands portiques au monde) seront exploités sur le Terminal de Normandie (TNMSC) et le Terminal Porte Océane (TPO) à Port 2000. "Ce sont de véritables atouts pour améliorer la productivité et la compétitivité de la place portuaire havraise et plus globalement de Haropa Port", assure Kris Danaradjou. MSC (via sa filiale TIL) finalise ainsi la première phase des investissements programmés au Havre, dont le montant s’élève à près de 900 millions d’euros.
Des investissements qui s’accompagnent de la finalisation de la phase 3 de Port 2000 avec la livraison des postes 11 et 12 par Haropa Port. "Un chantier unique en France qui offre un nouveau terminal à conteneurs pour un total de 4,2 km de linéaire de quai. Cela permettra l’accès direct des barges à Port 2000. L’ambition est d’absorber une grande partie de la hausse des flux à venir, notamment ceux de MSC", explique Florian Weyer, directeur général délégué (direction territoriale du Havre).
Baisse des vracs liquides et solides
Malgré ses très bons résultats, Haropa Port connaît tout de même une baisse d’activité sur le secteur des vracs liquides et solides. Ainsi, les trafics de vracs liquides cumulent un total d’environ 40 000 tonnes en 2024, soit une baisse de 5,1 %, dont 19 400 tonnes de pétrole brut (-1,5 %) et 15 300 tonnes de produits raffinés (-6,3 %). "Cette baisse est principalement liée à des incidents techniques qui ont affecté la production des raffineries locales et des variations de stocks sur les produits raffinés. L’incendie d’une des deux colonnes de la raffinerie ExxonMobil, en mars 2024, a réduit les imports de pétrole brut", souligne Kris Danaradjou.
De son côté, la filière des vracs solides enregistre une perte de - 7,5 % avec un trafic total de 11 750 tonnes. Ce recul est marqué par la baisse concomitante des céréales et des agrégats (trafics liés au BTP). Avec 7 080 tonnes, les volumes de céréales enregistrent une baisse de - 4 % par rapport à 2023 en raison des mauvaises conditions climatiques qui ont fortement diminué les volumes de la campagne 2024-2025 (notamment une baisse de près de 25 % pour le blé tendre).
Enfin, les agrégats suivent la même tendance avec une baisse de - 28,4 %. Les trafics liés au BTP sont en forte baisse en raison d’une contraction importante des chantiers locaux, de l’arrivée à échéance des grands chantiers parisiens et du fort ralentissement de la construction neuve.
Un record d’investissements en 2024
Développement de ses activités, report modal, transition écologique et numérique mais aussi entretien de ses infrastructures et de son patrimoine… En 2024, Haropa Port a engagé 146 millions d’euros d’investissements avec le soutien de ses co-financeurs : les Régions Normandie, Île-de-France et l’État.
Un effort financier de plus de 20 % supplémentaires par rapport aux investissements de l’année 2023 (120 millions). "Les projets d’investissements menés par Haropa Port sont au service d’une stratégie globale de développement des flux décarbonés par voie fluviale et ferroviaire", explique Christophe Berthelin. L'établissement mène, en effet, une politique foncière qui s'efforçe de capter des projets visant à favoriser le report modal et la transition énergétique.
Un record d’investissement déjà dépassé, puisque l’ensemble fluvio-maritime compte engager 200 millions d’euros d’investissements en 2025.
De nombreux projets en cours
Afin de mener à bien son projet de réindustrialisation durable de l’axe Seine, Haropa Port porte, dans le cadre de la loi Zéro artificialisation nette, la possibilité d’aménager 456 ha en Normandie et 30 ha en Ile de France, pour des projets d’envergure nationale et européenne. En réutilisant aussi les terrains déjà artificialisés, entre 700 et 800 ha de terrains pourraient être commercialisés par Haropa à l’horizon 2030. Et déjà en 2024, plus de 60 ha ont été attribués à des projets, notamment sur la parcelle Ouest A29 (terrain labélisé France 2030) sur la zone portuaire havraise.
Un site qui doit accueillir trois projets industriels majeurs dans le domaine de la transition énergétique portés par les sociétés Livista (création d’un pôle européen du lithium), Air Products (site d’importation d’hydrogène renouvelable bas carbone pour un investissement de plus de 1,1 milliard d’euros) et Qair (usine de production de e-méthanol produit à partir d’hydrogène et de CO2) et représentant au total 2,6 milliards d’euros d’investissements et près de 2 200 emplois directs et indirects sur le territoire. Et pour 2025, près de 75 ha sont en cours de commercialisation et seront attribués dans l’année.