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La Vallée de Seine veut renforcer son écosystème hydrogène
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La Vallée de Seine veut renforcer son écosystème hydrogène

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Alors qu’elle compte déjà plusieurs installations et projets ambitieux, la Vallée de Seine poursuit le développement de son écosystème autour de l’hydrogène. Elle peut déjà compter sur le lancement de deux nouveaux grands projets sur la zone portuaire havraise et des besoins en hydrogène qui vont augmenter.

L'américain Air Products, spécialiste en gaz industriel et acteur du transport d'hydrogène, va implanter un site d'importation d'hydrogène renouvelable bas carbone pour un investissement de plus de 1,1 milliard d'euros, sur la zone portuaire havraise. L'un des grands projets récemment annoncés dans la Vallée de Seine — Photo : Air Products

La Vallée de Seine, qui compte l’intégralité des territoires normand et francilien (selon la définition du Contrat de Plan Interrégional Etat-Régions Vallée de Seine), s’est imposée comme la première région française en matière de développement de l’hydrogène. Une position phare mise en lumière par l’étude opérationnelle lancée en 2023 pour le développement d’écosystèmes hydrogène en Vallée de Seine, et portée par la Région Normandie, la Région Île-de-France, avec le soutien de l’État.

Plus de 40 % de la consommation nationale

La Vallée de Seine se pose d’abord comme première région hydrogène (H2) française par sa consommation de 366 kt/an de consommation (fossile, soit à partir de la gazéification du charbon et le vaporeformage du gaz naturel), soit 41 % de la consommation nationale. La région dispose en outre de deux réseaux de transport de dérivés de l’H2 (comme celui de TRAPIL entre Le Havre et Paris) ou en devenir (GRT Gaz) permettant d'irriguer d'autres régions en France et en Europe, une canalisation hydrogène et des projets de nouvelles canalisations de transport d’H2. À cela s’ajoute une cinquantaine de stations d’avitaillement capables de distribuer 29 tonnes par jour à horizon 2030, dont 19 stations déjà opérationnelles sur le territoire.

Des projets phares

Territoire stratégique pour le développement de l’hydrogène et sa filière, à la fois zone de production, de consommation, de transit de l’H2 et de ses dérivés, la Vallée de la Seine est aussi une vitrine du développement de l’H2 renouvelable et bas carbone, avec déjà plusieurs projets déployés, comme celui d’Air Liquide avec Normand’Hy (Port-Jérôme) pour la production d’hydrogène renouvelable à grande échelle. Cet électrolyseur d’une capacité initiale de 200 mégawatts devrait notamment alimenter en hydrogène renouvelable (l'électrolyse de l'eau n'émet pas de dioxyde de carbone) la raffinerie normande de TotalEnergies et utilisera la technologie Siemens Energy (de membrane par échange de protons). Et des projets en construction comme celui de la start-up parisienne Verso Energy qui projette d’injecter 500 millions d’euros pour implanter une unité industrielle de production d’hydrogène bas-carbone et de carburants de synthèse dans l’agglomération rouennaise.

Et aussi des expérimentations prometteuses pour la filière H2, telle que celle du développement de la barge multiservice Elemantha H2, menée avec le port fluvial de Rouen, et destinée à fournir de l’électricité et de l’hydrogène aux grands navires, réduisant ainsi de plus de 80 % leurs émissions polluantes lors des escales. Un projet mené par Améthyste, ArianeGroup, le Cetim (Centre technique des industries mécaniques), HDF Energy, Rubis Terminal et Sofresid engineering.

Deux nouveaux grands projets annoncés

Fin 2024, deux nouveaux grands projets autour de l’hydrogène ont pris pied en Vallée de Seine, sur la zone portuaire du Havre. L’américain Air Products, spécialiste en gaz industriel (15 sites de production en France, 500 salariés) et acteur du transport d’hydrogène, va implanter un site d’importation d’hydrogène renouvelable bas carbone pour un investissement de plus de 1,1 milliard d’euros.

Et de son côté, l’énergéticien montpelliérain Qair (660 salariés), présent dans les domaines du solaire, de l’éolien, de l’hydrogène ou encore des batteries, a annoncé un investissement de 500 millions d’euros pour la création d’une usine de production de e-méthanol (capacité de 200 000 tonnes) produit à partir d’hydrogène et de CO2.

Des projets lancés dans le cadre de l’appel à projets "sites clés en main France 2030", et dont les mises en service sont prévues autour de 2030.

Des besoins en hausse

Une dynamique hydrogène bien engagée en Vallée de Seine qui doit se poursuivre aux vues des besoins à venir (horizon 2035) pour l’industrie et les différentes formes de mobilité (aérienne, routière, maritime et fluviale), selon les conclusions de l’étude pour le développement d’écosystèmes hydrogène en Vallée de Seine, portée par la Région Normandie, la Région Île-de-France, avec le soutien de l'État. En effet, le scénario de consommation retenu prévoit une consommation d’environ 380 kilotonnes d’H2 bas carbone en Vallée de Seine à horizon 2035, principalement à destination des carburants d’aviation durable, tout en incluant une diversité d’usages. En 2040, c’est un besoin de plus de 700 kt/an qui est identifié.

Et pour parvenir à satisfaire cette hausse des besoins en hydrogène, les pistes proposées par l’étude collaborative concernent de nouvelles productions électrolytiques pour couvrir une partie de la demande, et la mise en place d‘infrastructures de transport d’hydrocarbures et d’H2 conventionnel complémentaires. "Le déploiement d’un réseau de 40 stations supplémentaires serait nécessaire pour couvrir les besoins de mobilité à horizon 2030 en Vallée de Seine, puis 118 pour couvrir les besoins de mobilité à horizon 2035", souligne l’une des conclusions de l’étude. De nouvelles infrastructures "qui impliquent un déploiement soutenu entre 2025 et 2035", mais aussi des investissements d’environ 2,4 milliards d’euros.

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