Trois jours après fêté ses 61 ans, Jean-Rémy Bergounhe prendra place à bord du vol privé affrété par Amaury Sport Organisation (ASO) le 31 décembre 2024. Direction l’Arabie saoudite où le président fondateur du groupe Finadorm (1 000 salariés, CA 2023 : 250 M€, 11 entreprises de mobilier et construction bois) participera, du 3 au 17 janvier 2025, pour la septième fois consécutive au Dakar. En compagnie de son nouveau copilote, le mécano montalbanais Pascal Larroque, il tentera, lors des 12 étapes courues entre Bisha et Shubaytah, de battre son meilleur classement lors de cette 47e édition de l’épreuve (18e en 2020) au volant du buggy Optimus Evo 5 deux roues motrices du Team MD Sport, dans la catégorie Ultimate, face aux champions Nasser Al-Attiyah, Sébastien Loeb et Carlos Sainz.
Une tranche de vie en caravane
Son goût pour l’extrême remonte à l’adolescence. À 16 ans, dans le sillage de son frère aîné et d’un cousin, Jean-Rémy Bergounhe apprend à rouler en voiture sur deux roues. Deux ans plus tard, son CAP de menuisier en poche, il tape dans l’œil du Giant Auto Rodeo, une troupe itinérante de cascadeurs, qui l’embauche. Il y apprend les ficelles du métier (tonneaux, reconstitution d’accidents, feu, décapitation de DS…) et se donne en spectacle les dimanches devant plus de 2 000 personnes. Une tranche de vie en caravane durant laquelle il parcourt toute la France. “Une expérience géniale même si c’était marche ou crève, se souvient-il. On n’était pas assurés et on était payés au black. À 18 ans, ça forge le caractère. Ça montre de quoi on est capable ou pas. On sort du commun des mortels, parce que c’est assez impressionnant et tout le monde ne peut pas le faire. Quand on a le tremplin à 200 mètres et qu’on sait qu’on va s’envoler en voiture, il faut maîtriser sa peur pour qu’elle vous galvanise”. Devenu artisan à Millau, il poursuivra ses acrobaties, le week-end, jusqu’à ses 31 ans, tout en bâtissant son groupe d’entreprises. “Mais je ne suis pas du tout casse-cou”, promet-il. On veut bien le croire !
Première participation en 2019
Depuis sa première participation au Dakar, lors de l’édition 2019 au Pérou, où son véhicule prit feu lors de la 3e étape - un léger frisson le contraignant à l’abandon - le dirigeant a pris l’habitude de célébrer le passage à la nouvelle année loin de son Aveyron natale. Ce sera donc encore le cas cette fois au sein du bivouac monté par l’organisation. “Cela me permet de couper deux semaines par an, confie-t-il. Ce sont les seules. Mes collaborateurs savent que hormis pour un gros problème, je ne veux pas être dérangé. Je change de costume quand j’enfile la combinaison de pilote. Je deviens un autre homme. Et j’aime la vie dans le bivouac. C’est un lieu complètement fermé que l’on n’a pas le droit de quitter (les mesures de sécurité ont été renforcées depuis les deux attentats qui ont frappé le Dakar 2022, NDLR), où on côtoie tout le monde et dans lequel il faut suivre plein de routines. C’est un moment d’évasion et de liberté absolue pour moi, comme si je partais sur un bateau.”
Rouler le plus vite possible
Compétiteur dans l’âme, Jean-Rémy Bergounhe court le Dakar pour donner le meilleur de lui-même. “On ne peut pas le faire en amateur parce que c’est trop exigeant, explique-t-il. J’essaie de rouler le plus vite possible, je n’y vais pas pour me balader. Cet esprit de compétition, je l’ai dans le boulot depuis 40 ans. Il y a d’ailleurs de nombreuses similitudes avec les qualités que l’on doit avoir en tant qu’entrepreneur : l’engagement, jusqu’où on place la barre dans la prise de risques, la concentration…”
Le Millavois a 15 ans lorsque le premier Paris-Dakar s’élance du Trocadéro, en décembre 1978. “Cela a marqué les gens de ma génération, se souvient-il. Je le suivais à la télé et je lisais les compte-rendus dans le journal L’Équipe. Toute une aventure à l’époque. L’exploit, c’était d’arriver au bout. Depuis, c’est devenu une vraie compétition. Je me suis toujours dit que je ferai le Dakar un jour. Mais il faut construire sa vie pour en avoir les moyens, parce que cela coûte de l’argent, et le temps disponible.”
Pendant longtemps, Jean-Rémy Bergounhe y renonce : sa présence à un grand salon du meuble organisé chaque début janvier à Paris est indispensable et “c’est l’entreprise avant tout”, dit-il. La route se dégage lorsque l’événement est déplacé en novembre. De fil en aiguille, le dirigeant, qui pratique par ailleurs l’enduro, participant notamment à de nombreuses reprises à la fameuse course motocycliste du Trèfle Lozérien, rencontre des vieux routiers du Dakar comme David Casteu et Mathieu Serradori. Il décide de se lancer à 53 ans. “Sandra, ma compagne m’a poussé, sourit-il. Elle savait que j’en rêvais. Mais elle pensait que je n’en ferai qu’un et que cette envie passerait.” On connaît la suite.
Tension permanente
“En moto, je ne le ferais pas, tempère Jean-Rémy Bergounhe. La prise de risques par rapport au boulot serait trop importante. J’ai une bonne nature, je ne grossis pas, mais je n’ai pas le temps de suivre une préparation physique. Le Dakar, c’est un rallye-raid, une course d’endurance, et plus le physique est bon, plus le mental est fort. On est tenu par une tension permanente, on dort peu dans le bivouac où il y a un bruit énorme. Depuis mes débuts, j’ai appris à mieux m’alimenter pendant la course, à prendre le petit boost énergisant à 100 km de l’arrivée pour ne pas me déconcentrer et garder le même rythme. Mon approche est devenue professionnelle. Cela me rassure et me permet de progresser.” Les performances du chef d’entreprise, qui loue l’ensemble de la prestation fournie par le Team MD Sport (véhicule, mécano, logistique, kiné…), sont suivies depuis la France grâce au groupe WhatsApp spécialement créé pour les clients et salariés du groupe Finadorm. Le logo du groupe et le nom des 11 sociétés qui le composent figurent sur l’Optimus, alimenté en carburant de synthèse, engagement RSE oblige.