Charente
Le festival de la BD d’Angoulême prépare activement son retour en 2027
Charente # Activités culturelles et événementiel # Stratégie

Le festival de la BD d’Angoulême prépare activement son retour en 2027

S'abonner

Les pouvoirs publics reprennent la main sur le festival de la bande dessinée d’Angoulême, dont l’édition 2026 avait été annulée en décembre suite à une forte contestation à l’encontre de ses organisateurs. Un appel à candidatures sera mis en ligne ce 13 janvier pour choisir le futur organisateur de l’édition 2027, avec le souhait d’associer davantage les auteurs et éditeurs à sa mise en œuvre.

La Halle 57, transformée depuis 2023 pour accueillir un espace destiné aux mangas lors du festival d’Angoulême, événement qui attire environ 200 000 visiteurs chaque année — Photo : Angoulême Tourisme

Une sortie de crise se dessine pour l’emblématique festival international de la bande dessinée d’Angoulême (Charente), dont l’édition 2026 avait été annulée le 1er décembre dernier. Il y avait déjà de l'eau dans le gaz depuis longtemps et les regards tournés vers la société 9eArt +, organisatrice de l’événement depuis 2008 et qui avait déjà fait l’objet en 2021 d’un rapport particulièrement salé sur son opacité financière par la Chambre régionale des comptes.

Les auteurs et autrices avaient, à la suite d’une enquête parue dans L’Humanité en janvier 2025, appelé à la fin du contrat entre l’association FIBD, qui chapeautait le festival depuis 1982, et 9eArt +, qui avait été reconduit à son organisation à partir de 2028 en octobre dernier. Une décision qui avait suscité des polémiques et qui, visiblement, n’est plus effective.

Un appel à candidature pour le futur organisateur

Le 9 janvier, c’est l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA), créée en 2017 par les collectivités publiques (État, ville, département, région…) et les organisations professionnelles (syndicats des éditeurs et auteurs), qui a visiblement repris la main.

"L’association a modifié ses statuts et fait rentrer l’ensemble des organisations professionnelles de la bande dessinée en son sein, y compris les collectifs d’autrices, d’auteurs et d’éditeurs qui avaient boycotté l’édition 2026. C’est aussi elle qui portera le nouvel appel à projets pour désigner le futur organisateur du festival en 2027", assure Frédéric Vilcocq, conseiller à la culture et à l’économie créative au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.

L’appel à projets en question sera lancé le 13 janvier et le lauréat annoncé en avril. Non sans garde-fou, afin d’éviter de réitérer divorce brutal intervenu ces dernières semaines sur fond d’accusations de management toxique et de viol lors d’une précédente édition par une ancienne salariée de la société gérante.

"Demain, le festival devra être à la pointe sur les questions des violences sexistes et sexuelles et du rapport entre les maisons d'édition et les autrices", promet ainsi le responsable régional.

9eArt+ n'est, à priori, plus dans l'équation. "On va trouver un accord pour que les choses s’arrêtent et éviter la brutalité qu’on a connue ces dernières semaines. Le festival est plus important que les polémiques et c’est ce qu’il fallait absolument sauver", assure Frédéric Vilcocq.

Garde-fous

"Le festival permettra aussi de porter davantage la parole des auteurs et autrices sur leurs rémunérations. On installe d’ailleurs les droits de monstration comme une obligation : tous les auteurs présents seront rémunérés", poursuit le responsable.

"Le futur organisateur devra aussi faire des propositions éditoriales : repenser des expositions, travailler avec des maisons d’édition, faire venir des auteurs pour les masterclass…", rassure-t-il, témoignant de la volonté d’un dialogue plus actif entre l’organisateur et les professionnelles du secteur.

"Les auteurs et éditeurs seront dans la gouvernance, en lien direct avec le futur organisateur, ce qui faisait partie de ce qui était critiqué avec 9eArt +. Le futur organisateur devra avoir un dialogue constant avec les organisations professionnelles de la BD avant, pendant et après le festival", ajoute-t-il.

Engagement économique

Le modèle économique de l’événement, qui attire chaque année environ 200 000 visiteurs et reste financé en partie (près de la moitié de son budget) par des fonds publics, ne devrait a priori pas être révolutionné.

"Les trois principaux financeurs étaient la ville, l’agglomération et la région, chacun à hauteur d’un peu plus de 500 000 euros. La région intervenait aussi à hauteur de 500 000 euros supplémentaires en investissement dans la Halle 57 pour développer la place du manga sur l’événement. Notre engagement financier restera à la même hauteur", termine Frédéric Vilcocq.

En attendant ce renouveau visiblement sur les rails, Angoulême accueillera du 29 janvier au 1er février un festival "Off" – organisé par des collectifs d’autrices et d’auteurs, des éditeurs régionaux, des libraires et des commerçants — avec plus de 150 événements au programme. Un signe que le futur du festival est déjà en marche ?

Charente # Activités culturelles et événementiel # Stratégie # Écosystème et Territoire