Les salaires de la tech ont augmenté de 2 % en 2024 par rapport à 2023, selon l’étude annuelle du cabinet Robert Half. Une augmentation nettement plus modérée qu’au cours des années précédentes, observée par tous les acteurs du recrutement dans la tech. L'année 2024 a ainsi marqué une rupture, en lien avec tous les bouleversements économiques et politiques du pays.
Un retour à la normale pour les salaires de l’IT
Un tournant que les professionnels du recrutement voient plutôt comme un retour à la normale. "Loin du marché en surtension de ces dernières années, caractérisé par des recrutements massifs et des salaires mirobolants, l’année 2024 s’est révélée plutôt équilibrée", explique le cabinet de recrutement spécialisé dans l’IT, Seyos, dans son baromètre des salaires de l’IT 2025. Une analyse partagée par un autre acteur du secteur, Externatic. Franck Gascard, son PDG, estime que cette tendance "met fin à une période d’euphorie post-Covid et d’hypercroissance artificielle". Dans son étude annuelle du marché, Externatic considère cependant qu’il serait "incorrect de qualifier 2024 de crise", préférant y voir une stabilisation.
Une stabilisation des salaires dans un contexte économique tendu
Les hausses de salaires ont été modérées dans l’IT du fait du contexte économique délicat pour les entreprises, quelle que soit leur taille. 2024 s’est en effet fermée sur un nombre record de défaillances d’entreprises (près de 68 000 selon Altarès), ainsi que des annonces de réduction des aides publiques à l’investissement et à l’innovation.
Le volume de recrutement s’est par conséquent tassé par rapport au pic de 2022, lorsque l’Apec avait noté une augmentation de 15 % des recrutements dans l’IT. Cependant, ce volume reste légèrement supérieur à celui de 2023 (+ 3,3 %) selon Seyos. Une hausse portée par le premier semestre de l’année, avant que le nombre d'offres d'emplois ne chute au second semestre, selon une étude de Hellowork. Une évolution corrélée à la dissolution de l’Assemblée nationale et à l’incertitude politique et économique des mois qui ont suivi en France.
L’IA, une compétence très recherchée qui garantit des salaires attractifs
Si le marché du recrutement dans la tech s’est stabilisé en 2024, il reste "intrinsèquement en tension avec même des poches de résistance en surtension", selon l’étude d’Externatic. Le cabinet estime que les profils de devOps, cloud, architectes et experts techniques, sont très pénuriques, et les profils évoluant dans la cybersécurité, l’IA, la data science, encore plus rares et recherchés.
Des profils pour lesquels les entreprises sont prêtes à proposer des salaires plus élevés que les autres branches de l’IT. "Comptez entre 40 000 € et 60 000 € pour un éthicien en IA junior ou un machine learning engineer à Paris, 50 000 € en moyenne pour un pentester confirmé ou encore 55 000 € pour un ingénieur cloud", estime le baromètre des salaires de Seyos. Des moyennes bien supérieures à celles d’un développeur Javascript Fullstack junior à Paris (38-45 000 €), d’un chef de projet informatique junior à Paris (38-42 000 €), ou d’un ingénieur cybersécurité junior à Paris (38-45 000 €), qui font partie des candidats les plus recherchés par les entreprises.
Les perspectives pour 2025 dans les métiers de la tech
"Désormais, les entreprises n'augmentent pas les salaires mais sont plus exigeantes en termes de softskills des candidats", prévient Franck Gascard. Une notion de savoir-être un temps moins importante que les compétences, qui retrouve de l’importance aux yeux des recruteurs.
Les candidats sont également dans une posture différente que lors des années post-Covid : "plus sélectifs" dans leurs choix d’entreprises, ils priorisent davantage des critères comme "la solidité" de l’entreprise, et privilégient la stabilité, avec un taux d’acceptation des offres en hausse.
Côté entreprises, Externatic observe un "recentrage sur les compétences stratégiques", avec des "talents à forte valeur ajoutée", et une tendance à l’internalisation des compétences. "Bien que “plus facile” en recrutement que les années précédentes, le marché restera globalement tendu, particulièrement sur les profils expérimentés et experts", anticipe Externatic.