Née en pleine crise de lait en 2009, Laïta affiche pourtant une belle santé. L'entreprise, créée par le regroupement des activités laitières des coopératives Terrena, Even et Triskalia, (ex-Coopagri) a réalisé un chiffre d'affaires de plus d'un milliard d'euros, 25millions d'investissements en 2010, 29millions supplémentaires en 2011. Et même si les dirigeants n'annoncent pas leurs résultats pour cause d'un marché concurrentiel et «assez brutal», Christian Couilleau, le directeur général assure, en souriant, qu'il «n'aurait pas cette tête s'ils n'étaient pas bons.» Pendant ces deux dernières années, l'entreprise laitière est restée discrète sur sa structuration. «Ce n'était pas simple, avoue Christian Couilleau. Le défi était de faire une entreprise unique à partir de sociétés très disparates. C'est un ensemble complexe.» Une structuration aujourd'hui pratiquement terminée: «Nous attaquons maintenant une deuxième phase, celle du développementdans une stratégie de différenciation», annonce le président de Laïta, Dominique Chargé, un producteur de lait de Loire-Atlantique.
Paysan Breton en avant
Sur les 29millions d'investissements en 2011, cinq millions sont destinés aux beurreries afin d'affirmer la position de leader de Laïta. Cinq autres millions sont investis sur les fromages pour un plan d'innovation. «Nous voulons sortir trois nouvelles recettes par an sur les fromages fouettés: au printemps, à l'automne et à Noël», annonce le directeur général. Et fort d'un taux de notoriété de 66% pour Paysan Breton au niveau national (et 98% dans l'Ouest!), Laïta va agrandir le territoire de sa marque de beurre en l'apposant sur ses produits, comme les fromages ou encore les crêpes. (Lire plus bas).
Optimisation des sites
L'autre grosse part de l'investissement concerne les huit tours de séchage pour les ingrédients secs, par exemple les poudres. Huit millions d'euros vont permettre «une montée en gamme et une diversification.Nous souhaitons aller vers plus de relations avec les industriels», explique le DG. L'entreprise mise sur le développement des poudres fermentées sur cahier des charges pour les chocolatiers, boulangers, biscuitiers,etc. Aujourd'hui, la «poudre qualifiée» représente 10% de la production de Laïta. «Il y a un tiers des poudres à faire évoluer», estime le président. L'investissement sur les tours va aussi permettre de segmenter cette partie de la fabrication. Laïta possède six sites dans l'Ouest (cinq en Bretagne, un en Pays de la Loire), plus deux travaillant en partenariat. «La plateforme d'Ancenis, un site de haute performance, est saturée. L'idée est de mettre à niveaux d'autres sites afin d'y transférer une partie de l'activité. Ainsi, les sites comme Ancenis peuvent faire plus de produits à valeur ajoutée», explique Christian Couilleau. «Nous optimisons grâce à cette synergie industrielle. C'est une vision intégrée des outils», ajoute Dominique Chargé. Ce virage vers plus de BtoB n'était pas prévu à la création de Laïta. La nouvelle stratégie s'est imposée avec l'augmentation de la collecte de lait de 6% en 2010 avec 1,270milliard de litres et un prix reparti à la hausse (+10% l'année dernière après une année 2009 de crise et de prix très bas). «Il faut trouver des débouchés. Et nous ne sommes pas sûrs que cette diversification suffise. Nous envisageons donc de développer également l'export», confie le DG. Laïta vend déjà dans le Sud-Est asiatique et la péninsule arabique. «Le halal est d'ailleurs un marché très intéressant que nous explorons, à l'étranger comme en France.» La plus grosse incertitude reste sur les volumes, avec la fin des quotas laitiers en 2015. «Il y a un arbitrage à faire en concertation avec les adhérents, prévient le président. Amener du volume sur les marchés étrangers entraîne des conséquences pour le prix mondial.»
Sécheresse «alarmante»
Côtés producteurs, la mauvaise passe ne semble pas terminée. 500 d'entre eux manifestaient d'ailleurs à Angers le 23mai pour dénoncer la contractualisation et les prix bas. Chez Laïta, après des manifestations et négociations au mois d'août, la situation est plus sereine selon les dirigeants. «La hausse des prix a permis de souffler, même si le marché reste très volatil. Il faut apprendre à faire avec, se résigne Dominique Chargé. Les exploitations se sont restructurées et continuent de le faire.» Laïta compte aujourd'hui 2.045 producteurs laitiers. L'inquiétude vient maintenant de la sécheresse. «Les cadences ont ralenti. On cherche des solutions - fourrage, aides financières - dans les états-majors des coopératives.»
Laïta
(Brest) Directeur général: Christian Couilleau 2.045 salariés 1,1milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2010 0298425425