Chaque année, sur le territoire occitan qui s’étend sur près de 72 000 km2, des hectares de milieux naturels se transforment sous l’effet du changement climatique, de l’urbanisation et de l’intensification des activités humaines. C’est la raison pour laquelle la Région Occitanie lance un programme inédit de cartographie, déployé sur 3 ans.
Forêts de chênes, prairies d’altitude, garrigues, zones humides, haies agricoles, lagunes littorales et espaces verts urbains seront observés depuis l’espace et analysés grâce à l’intelligence artificielle. Objectif : produire une cartographie précise, homogène et actualisable chaque année pour suivre l’évolution des espaces naturels et éclairer les décisions publiques. Ainsi, demain, avant de construire une route, un quartier ou une zone d’activité, les décideurs disposeront d’une vision précise des milieux naturels concernés et de leur fragilité.
Les satellites Sentinel mobilisés
Pour mener ce projet, la Région Occitanie va s’appuyer sur un groupement d’experts mené par CLS Group (1 200 collaborateurs, CA 2025 : 220 M€), spécialiste de l’observation de la Terre par satellite. Basée à Toulouse, filiale du CNES et de la société belge d’investissement CNP, l’entreprise développe depuis sa création en 1986 des solutions spatiales pour étudier, protéger la planète et gérer durablement ses ressources.
Pour cartographier la région occitane, CLS va notamment mobiliser les satellites européens Sentinel et utiliser des images à très haute résolution. Ces données vont permettre d’observer finement la couverture végétale et ses évolutions. Par ailleurs, une multitude de données géoréférencées vont être utilisées en complément des observations spatiales pour densifier les informations concernant les surfaces à cartographier (géologie, données climatiques, sol, altitude, orientation…).
Biotope aux manettes d’une étude de terrain
« Ce projet démontre que les technologies spatiales ne servent pas seulement à observer la Terre : elles peuvent aider à la protéger, explique Karim Mehah, responsable du pôle Services & Delivery de CLS. En combinant observation satellitaire, intelligence artificielle et expertise écologique, nous sommes capables de suivre l’évolution d’un territoire dans toute sa complexité. »
En amont, une équipe d’experts naturalistes, coordonnée par l’entreprise héraultaise Biotope et composée principalement des bureaux d’études Eco-Med (Bouches-du-Rhône), Envolis (Gironde) et Naturalia (Vaucluse), va réaliser une étude terrain d’une envergure inédite afin de fournir des échantillons pour l’entraînement des modèles d’IA de CLS et ainsi affiner les résultats.
Un programme sur trois ans
« Nous sommes ici au cœur de notre métier, et surtout de la passion qui nous anime : participer activement à la préservation du patrimoine naturel commun, souligne Anne-Lise Melki, directrice générale de Biotope. Pour porter cette ambition, nous avons mobilisé toute l’agilité de notre Tech Lab. En développant des fonctionnalités spécifiques pour ce projet au sein de notre application Shuriken, nous réinventons la manière de relever les habitats d’espèces. » Le programme se déroulera en deux étapes : deux ans pour produire une cartographie complète de référence, puis une troisième année pour la mettre à jour et installer un processus d’actualisation annuelle.
Une aide pour l’aménagement du territoire
Cette cartographie facilitera notamment l’élaboration des documents de planification tel que les SCOT (schéma de cohérence territoriale) et les PLUI (plan local d’urbanisme intercommunal), le développement de pratiques agricoles et forestières durables, ainsi qu’une meilleure intégration de la nature dans les villes pour améliorer la qualité de vie et limiter les îlots de chaleur.
Elle contribuera également au projet régional Gaia Predict, un programme soutenu par l’État dans le cadre du dispositif Démonstrateurs d’IA pour les territoires (DIAT). Objectif : aider les acteurs de l’aménagement du territoire et de la protection de la nature à mieux intégrer la biodiversité dans les décisions locales, notamment pour anticiper l’évolution des habitats naturels et la répartition des espèces d’ici 2050 face au changement climatique.