Prévoir les impacts du changement climatique jusqu’en 2100 à l’échelle d’un quartier, d’un bâtiment : c’est la promesse d’Hydroclimat, jeune pousse deeptech fondée en 2019 par Magali Troin et Adrien Lambert, deux chercheurs spécialisés dans le climat et les sciences de la Terre. Grâce à une levée de fonds de 2 millions d’euros, annoncée début juillet auprès du fonds CCR-F (Climate Change Resilience Fund) et de Région Sud Investissement, l’entreprise d’Aubagne veut structurer sa stratégie commerciale et accélérer à l’international.
Première opération d’un fonds d’investissement à impact
Cette opération est la première réalisée par le CCR-F, nouveau fonds d’investissement à impact lancé fin 2024 par la Caisse Centrale de Réassurance, en partenariat avec Starquest, pour financer des solutions de prévention face aux catastrophes naturelles. Hydroclimat s’appuie sur une technologie de modélisation climatique et hydrologique unique, capable de produire plus de 200 indicateurs à une résolution spatiale de 30 mètres, et ce, partout dans le monde. "Nous traitons uniquement des données climatiques, à 360°, sans faire de conseil, pour aider les entreprises et institutions à dérisquer leurs projets", explique Magali Troin, directrice générale.
Cartographier les risques climatiques
Sécheresse, submersion marine, inondations, vent extrême, température, retrait-gonflement des argiles… la solution d’Hydroclimat permet de simuler, croiser et anticiper des scénarios à l’échelle fine, en s’appuyant sur plus de 20 modèles climatiques corrigés et enrichis par l’IA. Là où d’autres se limitent à cinq ou six modèles, Hydroclimat revendique une précision de 98 %, et une intégrabilité forte avec les outils métiers. Résultat : une capacité inédite à adapter les infrastructures, optimiser les investissements ou revoir les portefeuilles d’assurance. La SNCF, Vinci, Vicat, ESRI ou encore Elan utilisent déjà la plateforme pour cartographier les risques climatiques sur leurs actifs.
"L’évolution rapide du climat exige des technologies précises et localisées. C’est précisément notre mission", souligne Adrien Lambert, président et cofondateur. Les cas d’usage sont nombreux et croissants, dans un contexte d’accélération des événements extrêmes. Selon la CCR, les dommages assurés liés aux catastrophes naturelles pourraient augmenter de 60 % d’ici 2050. En 2024, ces sinistres ont représenté 2,17 milliards d’euros d’indemnisations en France.
Une force commerciale pour changer d’échelle
Jusqu’ici centrée sur la R & D, notamment soutenue par l’incubateur Provence Côte d’Azur et Bpifrance, Hydroclimat entend désormais passer à la vitesse supérieure. Cette levée de fonds marque un tournant. "En venant du monde de la recherche, nous avons tout à construire commercialement. Ce financement va nous permettre de recruter des profils dédiés, de structurer notre développement et de renforcer nos capacités de calcul", résume Magali Troin. Hydroclimat veut notamment lancer de nouveaux services autour des risques liés à l’eau, comme les risques autour des nappes phréatiques ou ceux liés aux précipitations extrêmes.
L’entreprise vise un double objectif : devenir d’ici trois ans un acteur européen de référence dans la donnée climatique à haute valeur ajoutée, et dans cinq ans, adresser un marché mondial. Elle travaille déjà avec des clients internationaux, via des programmes financés par la Banque mondiale ou le Fonds européen d’investissement, et compte plusieurs utilisateurs industriels aux États-Unis. "Nous sommes convaincus que notre offre est un levier stratégique dans l’adaptation au changement climatique, en France comme à l’étranger", conclut la dirigeante.