Fondée en 2024, la start-up aixoise Braimia a officiellement lancé Markus Santé, à l’occasion du salon parisien Rééduca, qui s’est déroulé du 9 au 11 octobre. Présenté par Frédéric Valette, son PDG, comme une "super secrétaire numérique", Markus promet de révolutionner le quotidien des kinésithérapeutes, orthophonistes, ergothérapeutes ou encore diététiciens, en les libérant des tâches administratives pour leur permettre de recentrer leur énergie sur le patient.
Un an de R & D
Fruit d’une année de développement, Markus est plus qu’un simple outil de rédaction, il s’agit d’un modèle d’intelligence artificielle générative, d’un "véritable assistant clinique intelligent", conçu dès l’origine pour le domaine de la santé. Il sait générer des bilans et courriers pour les médecins référents, bâtir des protocoles d’exercices adaptés, assurer le suivi à domicile des patients et proposer une veille scientifique sur mesure. Ce positionnement vise un double objectif : alléger la charge mentale des praticiens tout en renforçant la qualité des soins et du suivi. "Markus s'adapte aux habitudes d'écriture, pour rédiger les bilans comme si c'était le praticien qui écrit, il consulte des sources fiables et les dernières recommandations pour guider les professionnels dans leurs décisions et enrichir leurs diagnostics ou il garde en tête les notes", détaille l'entrepreneur.
Des soutiens allant des business angels à Google for Startups
À la différence d’outils généralistes comme ChatGPT, Markus repose sur une architecture "full IA native", c’est-à-dire pensée dès le départ pour intégrer les contraintes réglementaires et métiers du soin. Pour renforcer la crédibilité de l’outil, les deux fondateurs se sont entourés d’experts, notamment Manuel Capel, spécialiste en IA et Big Data, et Olivier Mouillet, fondateur de l’entreprise marseillaise Skeepers (anciennement Avis Vérifiés). Ils ont aussi levé des fonds auprès de business angels (montant non communiqué), parmi lesquels figurent des professionnels de santé, et bénéficié du soutien d’acteurs comme Bpifrance (Braimia est labellisé Deeptech), la Métropole Aix-Marseille, l’accélérateur de la Belle de Mai et le programme Google for Startups.
Un outil construit avec le terrain
Le point fort de Markus : il a été co-construit avec une centaine de thérapeutes au travers de quarante ateliers, animés sur neuf mois. Kinésithérapeutes ou orthophonistes ont ainsi contribué à orienter les choix fonctionnels, validant ou ajustant les prototypes selon leurs contraintes réelles. Il a aussi été testé auprès de plus de 300 professionnels de santé. "Ces praticiens sont aujourd’hui devenus des ambassadeurs engagés, nos premiers prescripteurs", souligne le PDG.
La souveraineté des données constitue un autre pilier du projet. "Toutes les informations patients seront hébergées en France, en conformité totale avec le RGPD et les réglementations de santé, précise Frédéric Valette. Avec Markus, nous proposons une IA souveraine, sécurisée et tournée vers les usages concrets."
La France, puis l’Europe
Au démarrage, Markus s’adresse aux kinésithérapeutes et orthophonistes, "métiers où le suivi patient sur le long terme est clé", indique Frédéric Valette. Très vite, la cible s’étendra aux ergothérapeutes, diététiciens et infirmiers, afin de couvrir un spectre plus large du soin paramédical. Le marché initial est estimé à environ 70 000 kinésithérapeutes libéraux en France, tandis que le bassin potentiel global des praticiens de santé s’élève à 700 000 en France, et jusqu’à 2,5 millions en Europe. Après le territoire national qu’elle cible au cours des 18 prochains mois, Braimia pense déjà à son expansion européenne.
Pour percer, l'entreprise adopte une stratégie d'acquisition essentiellement digitale : campagnes sur les réseaux sociaux, publicité ciblée et e-mailings, mais le dirigeant ne communique aucun objectif chiffré. "Nous défendons une vision dans laquelle le praticien reste au cœur du soin, et l'IA joue un rôle d'outil d'augmentation, non de substitution", précise Frédéric Valette. Quant aux médecins, s'ils ne sont pas directement adressés, c'est parce que "la concurrence est plus présente et qu'il nous reste des étapes à franchir avant d'y penser."
Lutter aussi contre les déserts médicaux
Avec Markus, Braimia souhaite aller au-delà de la simple automatisation administrative : "notre ambition est de participer à la lutte contre les déserts médicaux. En permettant aux praticiens de dégager du temps, nous espérons qu’ils pourront accueillir plus de patients sans sacrifier la qualité", conclut l’entrepreneur.