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Robotique en Occitanie : une filière au défi de la souveraineté
Enquête Occitanie # Industrie # Écosystème et Territoire

Robotique en Occitanie : une filière au défi de la souveraineté

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Omniprésente dans l’industrie occitane, la robotique traverse une période contrastée. Entre l’offensive commerciale chinoise, la course à l’innovation, les tensions sur les compétences ou encore la complexité des financements publics, les acteurs régionaux du secteur doivent composer avec une équation plus difficile que jamais.

Le site de Mecanumeric à Marssac-sur-Tarn — Photo : Mécanuméric

Quelque 200 entreprises du territoire génèrent 4 000 emplois dans la robotique : en Occitanie, la filière embauche près du tiers des salariés du secteur en France (13 000), ce qui situe son poids. "Notre région se réindustrialise, c’est une réalité", avance Jalil Benabdillah, vice-président de la Région Occitanie chargé du développement économique. Entre 2015 et 2023, plus de 22 000 emplois industriels y ont été créés, soit une progression de 8 % de l’emploi industriel. Le solde net des implantations et fermetures d’usines est positif depuis plusieurs années (+ 8 en 2025 pour 13 implantations et 5 fermetures). "Ce n’est ni le cas dans les Hauts-de-France, ni en Île-de-France, compare-t-il. La région Auvergne Rhône-Alpes, elle, n’affiche qu’un solde de + 4."

Retard structurel

Cette dynamique industrielle masque néanmoins un retard structurel sur la robotisation, comme partout ailleurs dans l’Hexagone. La France compte aujourd’hui 185 robots pour 10 000 salariés, un niveau comparable à celui de l’Espagne, tandis que l’Allemagne en aligne 420. "Le triptyque robotisation, intelligence artificielle et cybersécurité ne demande qu’à être massifié et densifié", reconnaît l’élu. Pour autant, l’Occitanie ne manque pas d’atouts pour accélérer. La région consacre 3,7 % de son PIB à la R & D et compte 50 000 chercheurs publics et privés, des établissements d’enseignement et des laboratoires d’excellence, ainsi que deux pôles d’IA (Aniti côté toulousain, Méditerranée IA autour de l’Université de Montpellier).

12 millions d’euros alloués en 2025 par France 2030

France 2030 a permis d’allouer plus de 108 millions d’euros d’aides aux entreprises occitanes, sur des dizaines de projets. En 2025, 12 millions d’euros ont été engagés sur des projets de robotisation intégrant de l’IA dans les chaînes de montage, jusqu’au domaine du drone. En matière d’irruption de l’IA dans le champ de la robotique, deux appels à projets nationaux concentrent aujourd’hui l’attention. Le premier, "Pionniers de l’IA ", consacré à l’IA appliquée à la robotique, est en cours d’instruction. Le second, dit "Flagship", est le plus ambitieux : conçu pour faire émerger des solutions robotiques innovantes, souveraines et industrialisables à fort impact marché, il encouragera la constitution de consortiums associant offreurs de solutions, industriels utilisateurs, laboratoires de recherche et plateformes d’innovation.

Vers des projets en consortiums

L’objectif est clair : faire passer des briques technologiques de TRL 4-5 (technology readiness level, un système de mesure employé pour évaluer le niveau de maturité d’une technologie, notamment en vue de financer la recherche et son développement) à 7-8, dans les domaines de la robotique collaborative, mobile et intelligente. "On veut des projets transformants, en milieux complexes, portés par des consortiums", résume Mathias Mondamert, chef du service économique de l’État en Occitanie. La région possède les fondations nécessaires. Ce qu’elle doit encore construire, c’est la capacité à se hisser à une autre échelle, face à une concurrence qui n’a aucun complexe (lire par ailleurs).

Financer l’investissement

Reste un point de friction structurel : financer l’investissement lui-même, au-delà de l’innovation. Sébastien Martin, le ministre de l’Industrie, a récemment fait entendre à Carole Delga, présidente de Région Occitanie, qu’il pourrait exister des "poches non consommées" dans les enveloppes France 2030, susceptibles d’être redirigées vers un dispositif d’accélération de la robotisation. "Ni l’État ni la Région n’ont encore de plan écrit, mais nous réfléchissons de manière structurée à ce que nous pourrions proposer si cette opportunité devenait réalité", indique prudemment Jalil Benabdillah. Cette problématique du financement se retrouve très concrètement sur le terrain, y compris chez des entreprises déjà engagées dans des projets de montée en gamme technologique.

Jalil Benabdillah, vice-président de la Région Occitanie, et Sébastien Nobiron, président de Semo et Mecanumeric, lors du salon Global Industrie 2026 à Paris Nord Villepinte — Photo : Région Occitanie

Basé à Cornebarrieu (Haute-Garonne), Semo, fabricant de machines spéciales et intégrateur de robots, bénéficie ainsi actuellement du soutien de France 2030 pour un projet d’une durée de trois ans portant sur le développement de machines robotisées intelligentes pour des procédés électroniques spécifiques (pressfit, bouterollage, nettoyage de cartes électroniques). L’ambition est de concevoir des machines utilisables par n’importe quel opérateur, sans compétence en robotique. "De la robotique pour des non roboticiens", glisse son président Sébastien Nobiron. À mi-parcours, deux solutions ont déjà été présentées à Productronica, le plus grand salon mondial de l’électronique industrielle, en novembre 2025 à Munich (Allemagne). L’investissement total atteint 1,2 million d’euros pour une entreprise qui fait 5 millions de chiffre d’affaires. Le soutien public représente 400 000 euros, soit environ 40 % : deux tiers en subvention directe, un tiers en avance remboursable, partiellement convertible en subvention si les objectifs environnementaux sont atteints.

Résister à la pression concurrentielle

Mais l’enjeu de souveraineté ne se limite pas au financement de l’innovation. Il touche aussi à la capacité des industriels à résister à la pression concurrentielle internationale et à préserver leurs outils de production. Pour comprendre concrètement ce que signifie cet enjeu dans la robotique occitane, l’histoire de Mecanumeric vaut toutes les démonstrations. Le 9 décembre 2025, le tribunal de commerce d’Albi (Tarn) a validé le plan de reprise de ce fabricant de machines à commande numérique par Sébastien Nobiron, le dirigeant de Semo. Une nouvelle entité, Mecanumeric Industries, maintient 70 emplois sur le site de Marssac-sur-Tarn et ses 13 000 m² de surface de production. L’entreprise reprise est une référence industrielle : leader français et l’un des principaux acteurs européens dans la découpe et le fraisage de matériaux techniques (mousses, plastiques, composites), elle avait livré plus de 13 000 machines dans 64 pays en trente ans d’existence et réalisait encore 14 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024.

Un robot de Quantum Surgical, fleuron de la robotique médicale en Occitanie — Photo : Quantum Surgical

La cause de ses difficultés ? Un double choc : des investissements lourds réalisés en 2019-2020, juste avant la crise du Covid, et l’intensification de la concurrence asiatique. "On trouve des machines chinoises qui, sur le papier, répondent aux mêmes besoins. Certes, ni avec les mêmes performances, ni le même niveau de qualité, mais avec des prix très inférieurs à ce qu’un Européen peut afficher, éclaire Sébastien Nobiron. Et l’entreprise n’a pas su s’adapter." Face à cette pression, la stratégie définie par Sébastien Nobiron pour Mecanumeric Industries est délibérément à deux faces. D’un côté, une approche défensive : exploiter la nouvelle réglementation européenne comme levier de différenciation (dite "directive machines", qui entrera en vigueur en janvier 2027). De l’autre, une approche offensive : innover, apporter des services, aller chercher des marchés.

Robotics Place, un cluster hyperactif

Au-delà des trajectoires individuelles d’entreprises, l’Occitanie s’appuie aussi sur un écosystème structuré pour soutenir sa filière robotique. Au cœur de ce dispositif, la région bénéficie de l’activité de l’un des cinq clusters français : Robotics Place. Créé en 2012, et fort de plus de 150 membres régionaux et nationaux (fabricants de robots, intégrateurs, bureaux d’études, utilisateurs, écoles et centres de recherche), il joue un rôle central d’animateur et de mise en réseau, avec trois marchés prioritaires : l’industrie (robotique agricole et agroalimentaire), le médical (Med Robotics Place) et le spatial (Space Robotics Place), en attendant l’énergie (nucléaire, hydrogène, SAF), les biothérapies et même les industries culturelles et créatives.

"Robotics Place est sans doute le plus actif des cinq ", confie Jacques Dupenloup, président du groupe robotique du syndicat professionnel Evolis et directeur Division Robotics France de Stäubli (2 200 salariés en France), le dernier constructeur européen de robotique industrielle à fabriquer ses robots sur le Vieux Continent, en Haute-Savoie. "Stäubli n’est pas basé ici mais nous participons volontiers au cluster, notamment parce que nous sommes très actifs dans la robotique médicale", explique-t-il.

Partenariat avec Pad’Occ

Le partenariat noué en octobre 2025 par Robotics Place avec Pad’Occ, la plateforme d’accélération vers l’industrie du futur portée par l’Université de Toulouse, a encore renforcé sa capacité à accompagner les entreprises vers la transformation numérique et l’automatisation. Dans la région, l’écosystème continue ainsi de se structurer. Le programme Octia, soutenu par le Fonds européen de développement régional (FEDER) jusqu’en avril 2028, confié au pôle de compétitivité Aerospace Valley et doté de 8 millions d’euros, accompagne une soixantaine d’entreprises dans leur modernisation. La plateforme Log’in de Daher, basée à Cornebarrieu (Haute-Garonne), constitue pour sa part un lieu unique de collaboration et d’expérimentation dédié à la logistique automatisée du futur.

Entre ambitions technologiques, impératif de souveraineté et pression concurrentielle mondiale, la robotique occitane joue désormais une partie décisive de son avenir industriel. Reste à savoir si l’écosystème régional parviendra à transformer ses atouts scientifiques et industriels en champions capables de rivaliser à l’échelle européenne et internationale.

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