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La Minoterie Girardeau renforce son outil industriel avec 25 millions d’euros d’investissement
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La Minoterie Girardeau renforce son outil industriel avec 25 millions d’euros d’investissement

La minoterie Girardeau, implantée en Loire-Atlantique, engage un investissement stratégique de 25 millions d’euros pour porter la capacité de production de farine de son site principal de 450 à 750 tonnes par jour. L’ETI familiale de 330 salariés poursuit sa montée en puissance et vise le 100 % filières vertueuses d’ici à 2030.

Eugénie Girardeau, directrice générale adjointe du groupe, dans la salle des plansichters, des armoires vibrantes équipées de tamis, qui servent à retirer les petits cailloux parfois présents dans le blé — Photo : David Pouilloux

La Minoterie Girardeau s’apprête à moudre un nouveau chapitre de son histoire industrielle. Le site de Boussay, berceau de l’entreprise familiale, va faire l’objet d’un agrandissement majeur : installation d’un nouveau moulin, ajout de cylindres, plansichters (tamis), lignes de nettoyage, nouveaux silos de stockage pour le blé et la farine, ainsi qu’un entrepôt logistique de 4 000 m². L'objectif : faire passer la capacité de production de 450 à 750 tonnes de farine par jour.

"Cet investissement de 25 millions d’euros est une réponse directe à l’augmentation des commandes de nos clients. Nous avons besoin de suivre la demande, tout en garantissant notre exigence de qualité", explique Eugénie Girardeau, directrice générale adjointe du groupe familiale, entrée en fonction en septembre dernier, à 30 ans. Le moulin actuel tourne déjà sept jours sur sept, avec une demi-journée de maintenance hebdomadaire. Ce nouvel outil, pensé comme une ligne autonome, viendra donc ajouter 300 tonnes de capacités supplémentaires au site.

Une dynamique familiale et entrepreneuriale

Le moulin de Suire, à Boussay, berceau de l’activité du groupe Girardeau. Il est toujours en activité — Photo : MG

Au sein de cette entreprise fondée en 1895, Eugénie Girardeau incarne une cinquième génération résolument tournée vers l’avenir. Formée en Angleterre et aux États-Unis, passée par le secteur agroalimentaire du côté des galettes Saint-Michel et par la création de sa propre start-up (Max de Génie), elle a rejoint la minoterie avec la volonté d’entreprendre et de manager à son tour le groupe qui se nomme Les Moulins Associés. "J’ai eu la chance d’avoir le temps de mûrir ma décision. Mon père, Bertrand Girardeau, qui est le directeur général, ne m’a jamais imposé la reprise. Mais je n’aurais pas vécu facilement l’idée que l’entreprise s’arrête avec moi."

7 moulins en France

Sous l’impulsion paternelle, la maison familiale a connu une croissance soutenue en 40 ans. Grâce notamment à une série d’acquisitions accomplies ces 20 dernières années, l’entreprise est passée de 16 salariés à plus de 330 collaborateurs. Les Moulins associés, c'est aujourd’hui 7 moulins en France, principalement dans le grand Ouest, et un huitième en copropriété au Canada. "Nous avons donc 7 moulins et demi", dit-elle.

Le premier meunier familial indépendant de France

La farine est stockée en sacs de 25 kg. Chaque jour, le moulin de Boussay produit de farines à destination des artisans boulangers et pâtissiers, des industriels et des grandes surfaces ayant un fournil — Photo : David Pouilloux

Avec 450 000 tonnes de blé transformé en farine par an et un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros, Les Moulins associés se positionne comme le quatrième meunier français, et le premier meunier familial indépendant, dans un secteur largement dominé par les coopératives. "Chacun de nos moulins conserve son autonomie, son nom, son histoire, ses marques et ses clients. Nous ne rebaptisons pas les sites au nom du groupe. Ce respect des identités locales fait partie de notre modèle", insiste Eugénie Girardeau.

Cette logique décentralisée permet aussi de répondre à la diversité des marchés. "La baguette que l’on mange à Paris n’est pas la même que celle que l’on aime à Marseille, dit-elle. Même chose avec les viennoiseries." Chaque moulin adapte ses mélanges, ses recettes, son sourcing. En parallèle, le groupe développe des farines plus spécialisées (petit épeautre, khorasan, orge, seigle, maïs, mélange de graines) et livre ses clients artisans, industriels ou distributeurs, en France comme à l’étranger. Le blé est à l’origine de plus de 80 % des farines produites par l’ensemble des moulins du groupe. Le sarrasin arrive en seconde position avec 8 000 tonnes, et fournit notamment les restaurateurs pour les galettes.

Export, filières vertueuses et pérennité de la filière agricole

La minoterie Girardeau sur le site de Boussay en Loire-Atlantique, le navire amiral des 7 moulins que compte le groupe en France. S’ajoute encore un autre moulin, au Canada, en copropriété — Photo : David Pouilloux

L'entreprise exporte désormais ses farines dans une dizaine de pays : au Benelux, en Espagne, Irlande, Corée du Sud, à Hong Kong… Elle répond notamment à la demande d’artisans boulangers expatriés en quête de farines françaises de haute qualité.

Côté approvisionnement, l’ETI privilégie les blés de filières vertueuses (Culture Raisonnée Contrôlée, Label Rouge, bio, Agri-Éthique, agroécologie). "On vise le 100 % filières vertueuses sur le plan environnemental d’ici à 2030", précise la dirigeante.

Par ailleurs, le meunier accompagne les agriculteurs selon des engagements triennaux sur les prix. "Pour nous, c’est une façon de pérenniser l’amont agricole. Quand un agriculteur dit qu’il a besoin de 240 euros par tonne pour vivre, et que le marché est aujourd’hui à 195 euros, il doit pouvoir compter sur des prix stables qui ne tiennent pas compte des variations des cours mondiaux", insiste la dirigeante.

Centre de formation, accompagnement et R & D

L’atelier m’Alice permet de former des artisans à de nouvelles recettes et techniques par l’intermédiaire de boulangers-formateurs — Photo : MG

Au-delà de la production, la minoterie s’appuie sur un dispositif original pour fidéliser sa clientèle artisanale. Les Moulins Associés disposent d’un centre de formation, l’Atelier m’Alice (du prénom de la grand-mère d’Eugénie), qui propose des stages techniques, de gestion, de marketing ou de panification. Les quinze boulangers-formateurs intégrés, dont plusieurs compagnons du devoir, interviennent également sur le terrain, pour aider les artisans à améliorer leurs recettes, résoudre des problèmes de cuisson, optimiser leur fournil ou développer de nouveaux produits. "Ils ont souvent travaillé en sein de nombreuses boulangeries avant de faire partie de notre équipe de formateurs, souligne Eugénie Girardeau. Ils ont une expérience irremplaçable et une vision des nouvelles tendances du métier."

Un fournil de test, en parallèle, permet d’évaluer chaque farine produite, et de conduire des travaux de recherche et développement sur les recettes, les mélanges, et les nouvelles variétés de blé. "Nous travaillons aussi avec les semenciers pour identifier les variétés les plus adaptées à chaque usage, poursuit-elle. Le pain, la brioche, les viennoiseries ne requièrent pas les mêmes types de farines."

Une vision long terme pour renforcer les liens de la filière

Chaque année, 450 000 tonnes de blé passent dans les moulins du groupe Girardeau — Photo : David Pouilloux

Alors que l’entreprise a vu ses volumes croître fortement, la dirigeante reste vigilante et surveille l’air du temps. "Nos farines sont de plus en plus utilisées dans des pains au levain, à fermentation lente, sans additifs. C’est une tendance de fond, qui correspond à une demande de produits plus sains, plus simples, plus durables", indique la dirigeante.

Face au défi climatique et à l’érosion des récoltes (la production de blé en France a chuté de 50 % en 2024 suite aux mauvaises conditions météo), Eugénie Girardeau veut aussi renforcer les liens entre artisans boulangers et agriculteurs. "Nous avons organisé récemment des rencontres dans les champs, à Châtelaillon-Plage (en Charente-Maritime, NDLR), avec nos clients et nos partenaires agricoles, rapporte la dirigeante. Comprendre les contraintes de chacun, c’est essentiel pour faire évoluer la filière ensemble."

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