Le cimentier grenoblois Vicat (10 000 salariés ; 3,9 Md€ de CA), la Société du Pipeline Sud-Européen (100 salariés ; 79 M€ de CA), acteur marseillais du transport et du stockage d’hydrocarbures liquides par pipeline, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE et Elengy, opérateur de terminaux méthanier ont donné hier le coup d’envoi de la concertation publique concernant le projet Rhône Décarbonation, dont ils sont les principaux maîtres d’ouvrage. Un programme qui pourrait représenter un investissement total de 1,5 milliard d’euros pour les quatre acteurs, et permettre de capter 1,2 million de tonnes de CO2. "Soit l’équivalent des émissions d’une ville de 200 000 habitants", selon Christian Daumarie, responsable du projet Carbon Capture chez Vicat.
Ce gigantesque chantier prévoit ainsi la création d’une chaîne de captage, transport, liquéfaction et chargement de navires de CO2 depuis le site Vicat de Montalieu (Isère), plus grosse cimenterie de l’Hexagone, jusqu’au port de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône. Les quatre acteurs travailleront main dans la main autour de ce méga projet. RTE va s’occuper de la partie alimentation au réseau pour fournir les 70 mégawatts nécessaires au fonctionnement de l’usine de captage de CO2 de Vicat. SPSE sera chargé de connecter le site de captage de CO2 de Vicat en Isère à un pipeline existant le long de la vallée du Rhône puis de le relier au site de liquéfaction de Fos-sur-Mer. Et Elengy devra quant à lui traiter le CO2, le liquéfier puis l’expédier par navire au large des côtes pour qu’il soit stocké au sein de réservoirs géologiques.
En attente de subventions de l’État et de l’UE
"Un tel projet nécessite des investissements massifs qui ne peuvent être portés par le groupe Vicat seul. Le soutien de la puissance publique au plan financier et réglementaire est incontournable pour sa concrétisation", a déclaré Didier Petetin, directeur général délégué de Vicat. La construction de l’usine de capture de CO2 sur le site actuel de Montalieu devrait effectivement représenter un investissement de 600 à 900 millions d’euros pour Vicat. "Notre demande de financement auprès du fonds européen pour l’innovation et auprès de l’État dans le cadre d’un nouveau dispositif de soutien afin d’accélérer la décarbonation de l’industrie est en cours", a déclaré le directeur général délégué du cimentier.
Les deux autres porteurs devraient quant à eux investir autour de 200 millions d’euros chacun pour mener à bien le projet. "Nous sommes en train de finaliser ce financement avec l’Europe. Pour Elengy, cela devrait représenter entre 3 à 4 millions d’euros de subventions. Au-delà de ce financement qui est très important, cela montre que vu de l’Europe ce projet est perçu comme prioritaire. Nous espérons que Vicat aura le même type de soutien", explique Nelly Nicoli, directrice générale d’Elengy. La SPSE devrait également recevoir entre 2 et 3 millions d’aide de l’UE.
Un calendrier déjà fixé
La concertation publique autour de ce projet durera 13 semaines et permettra d’informer les citoyens du territoire sur les tenants et aboutissants du chantier. "La Commission Nationale du Débat Public est saisie obligatoirement pour tous les grands projets d’aménagement dont les montants sont supérieurs à 600 millions d’euros", a expliqué Jean-Michel Fourniau l’un des trois garants nommés par la CNDP pour mener à bien la concertation. "Vu le caractère relativement neuf de ce projet de captage de CO2, la CNDP a également demandé que cette concertation soit l’occasion d’un débat plus large sur l’intérêt de ce genre de programme pour la décarbonation de l’industrie avec l’organisation de quatre webinaires, en plus des débats territoriaux organisés sur le terrain".
À la fin de la concertation, les trois garants auront un mois pour produire un bilan des débats, qu’ils remettront aux maîtres d’ouvrage. Ces derniers auront jusqu’à fin septembre pour répondre aux recommandations que contiendra le bilan.
La première phase d’étude et de conception du projet ira jusqu’à fin 2027 et comprendra donc la concertation du public et un certain nombre d’études environnementales et de demandes d’autorisations. La seconde phase de construction de l’ensemble de la chaîne devrait durer trois ans, pour une mise en production en 2030.