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La balance commerciale agricole et agroalimentaire française au plus bas
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La balance commerciale agricole et agroalimentaire française au plus bas

C’est une fracture historique pour l’agriculture et l’agroalimentaire tricolores. Habituellement largement excédentaire, le solde commercial alimentaire de la France s’est fortement dégradé cette année.

Traditionnellement, l’agriculture et l’agroalimentaire françaises sont des secteurs largement exportateurs. Cette année, ce n’est plus le cas — Photo : branex

La France est-elle encore une grande puissance agricole et agroalimentaire ? Il est légitime de se poser la question : une note publiée par l’Insee le 17 décembre n’est pas rassurante sur les performances des filières alimentaires françaises.

L’agroalimentaire bascule

Traditionnellement, l’agriculture et l’agroalimentaire françaises sont des secteurs largement exportateurs. En 2024, les produits agroalimentaires affichaient ainsi un solde commercial excédentaire de 4,6 milliards d’euros. Il s’agissait du quatrième poste excédentaire de la balance commerciale tricolore, derrière l’aéronautique (+ 30 Md€), les parfums et cosmétiques (+ 17 Md€) et l’électricité (+ 5 Md€).

Cette année, le solde s’est fortement dégradé, relève l’Insee. Pour les produits agricoles et agroalimentaires, le solde est même "légèrement négatif" depuis le printemps 2025, poursuit l’institut statistique.

Plus d’importations et baisse de la compétitivité

Cette brutale dégradation s’explique par des facteurs conjoncturels et d’autres structurels. "Le solde des produits agricoles et agroalimentaires connaît une dégradation structurelle depuis le début des années 2010", indique l’Insee. Cela est lié, d’une part, au renchérissement du prix des importations, comme les produits de la pêche, les fruits et les légumes. Cela est aussi vrai pour la viande, avec la baisse du cheptel français de bovins et la hausse des importations de volailles pour le secteur de la restauration hors domicile. D’autre part, les performances de l’alimentation française à l’international souffrent de la perte de compétitivité des fermes et usines tricolores.

Mauvaises récoltes et tensions commerciales

La conjoncture explique aussi pour partie la disparition en 2025 de l’excédent commercial alimentaire français. En cause notamment, les mauvaises récoltes de 2024, avec une collecte de céréales très basse et une mauvaise année pour les vignes. À cela s’ajoute, les tensions commerciales avec certains partenaires, comme les États-Unis et la Chine.

Flambée des prix

D’autres marchés sont bousculés par l’afflux d’importations. C’est le cas des produits laitiers, indique une note du think tank Agridées. Si leurs exportations surfent sur une bonne dynamique (+ 108 M€ entre janvier et juillet 2025), les importations de produits laitiers connaissent une hausse encore plus importante (+ 678 M€), indique la structure. "C’est l’envolée de la valeur des importations de beurre industriel qui contribue en grande partie à l’érosion des performances commerciales françaises", précise Agridées.

Autre élément participant à la bascule du commerce agroalimentaire tricolore : la forte inflation des importations de produits tropicaux, comme le thé, le café, l’orange ou encore le chocolat, du fait d’incidents climatiques et sanitaires.

Du mieux attendu en 2026

L’Insee plaide pour un redressement partiel du solde commercial de l’alimentaire à la mi 2026. La France devrait tirer profit de la hausse des récoltes de céréales en 2025 et de la détente de certains cours, comme celui du cacao. Toutefois, le pays va devoir se retrousser les manches s’il veut redevenir une grande puissance alimentaire. "Les facteurs plus structurels qui pénalisent le solde extérieur agroalimentaire (décapitalisation du cheptel bovin, pertes de parts de marché à l’exportation) depuis la décennie 2010 ne se résorberaient pas à court terme", prévient l’Insee.

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