La Chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, présidée par le céréalier béarnais Bernard Layre depuis mars 2025, a dévoilé fin novembre son nouveau projet de mandature 2025-2031. Elle y a listé 8 grands axes définissant les contours du futur de la première région agricole française (en surfaces comme en volumes), l’agroalimentaire représentant 6 % du PIB régional, contre 3,4 % au niveau national.
Ce plan intervient dans un contexte jugé "préoccupant" par les instances agricoles régionales, avec une balance commerciale qui s’affaisse (3,9 Md€ pour la filière agricole et agroalimentaire en 2024 contre 8 Md€ en 2010) et des volumes de production en chute (-14 % en Nouvelle-Aquitaine entre 2010-2012 et 2022-2024). Pour conjurer cette déprise, la chambre consulaire veut rester au centre du jeu et contribuer à renforcer la compétitivité des exploitations.
La guerre de l’eau
L’accès à l’eau en est le principal enjeu dans une région "particulièrement exposée aux épisodes de sécheresse", insiste le plan. La question fait d’ailleurs l’objet de conflits réguliers entre agriculteurs et riverains, l’exemple des Deux-Sèvres étant une illustration emblématique. Pourtant, le problème demeure, et va s’amplifier, prédit Bernard Layre.
"Le problème n’est pas la disponibilité en eau mais les moyens mis en œuvre pour la rendre disponible", rappelle l’élu. "Dans la région, le volume hygrométrique cumulé sur un an est de 60 milliards de mètres cubes", rappelle-t-il. Le rapport ajoute que 40 % sont captés par l’écosystème (24 milliards de m3), 36 partent dans la nature et l’agriculture en utilise 690 millions (1,15 %), permettant à 21 % d’agriculteurs d’irriguer 11 % de surface agricole utile. "Il faudra multiplier le volume nécessaire", ajoute Bernard Layre.
Simplification réglementaire et sécurisation juridique viennent s'ajouter aux enjeux de l'accès à l'eau, "pierre angulaire de l’adaptation au changement climatique" pour l’instance régionale, qui dénonce depuis longtemps les lourdeurs administratives en la matière. "Il faut 15 à 20 ans pour créer des projets de réserves alors que l’urgence mériterait des réalisations qui se déroulent de 2 à 5 ans. L’accès à l’eau, c’est le premier pilier assurantiel d’une exploitation, le garant du […] renouvellement des générations".
Renouvellement et rentabilité
Ce fameux renouvellement, c’est l’autre défi auquel fait face l’agriculture régionale. Le nombre d’exploitations (de plus en plus grosses, 60 ha en moyenne) y a diminué de moitié en 20 ans pour atteindre 60 000 en 2024. Le constat est alarmant : plus de la moitié des agriculteurs devant partir à la retraite à horizon 2030.
Les chambres locales, elles, suivent environ 30 000 exploitations. Chaque année, elles accueillent 4 000 porteurs de projets et en accompagnent 70 %, un chiffre à maintenir - à minima - sachant que le coût d’une installation avoisine aujourd’hui les 300 000 euros.
Les autres priorités rejoignent celles des mandatures précédentes, qu’il s’agisse d'amplifier la conversion à l’agriculture biologique (311 451 ha de surfaces en 2023) ou d’y remplacer les pesticides par du biocontrôle (29 % en 2023).
Le tout sans en oublier la rentabilité, le niveau de revenu des chefs d’exploitation agricole restant inférieur de 30 % à celui de dirigeants d’autres secteurs d’activité selon l’INSEE. "Des modèles performants existent et certaines exploitations affichent des résultats économiques encourageants", écrit le plan d’actions. Vaste chantier.