Pourquoi cette crise serait-elle est ?Une chance pour la Fran
ce ?
(*) ?
Cette crise est une bénédiction car elle nous oblige à changer. D'accord, le choc a été extrêmement violent. Les plus surpris et les plus angoissés sont les consommateurs. La situation est paradoxale pour eux car ils veulent à la fois plus d'argent et payer moins cher. D'abord, ils ne comprenaient pas cette situation, ensuite ils ont eu peur, et maintenant ils sont en colère. Ils se posent des questions sur les gros salaires et les bonus. Les entrepreneurs ne fonctionnent pas comme ça, ils ne peuvent pas s'apitoyer. Ils doivent faire avec et contre cette crise.
Quels sont leurs modes d'actions?
Tous les dirigeants essaient de réagir, par des politiques d'aides, des crédits bancaires, des restructurations pour économiser et des alliances ou des mariages d'entreprises. Ce processus doit d'ailleurs être accéléré. C'est une réponse face à la concurrence internationale et au besoin de compétitivité. Le tissu des PME est fragile en France. La rentabilité est trop faible, les tailles trop moyennes. Il nous manque un échelon d'entreprises entre 100 et 300 salariés pour tenir le tissu industriel. C'est par elles que naissent les emplois.
D'après vous, l'économie réelle a changé de direction...
En effet, la machine de désendettement fait machine arrière depuis deux ou trois ans. Les ménages et les entreprises veulent moins de dettes, donc elles investissent moins et la croissance est moindre. Pour ce qui est des demandes de crédits des ménages, la moitié seulement concerne l'immobilier. La crise financière est devenue une crise bancaire, puis une crise industrielle et enfin une crise de l'emploi. Le système américain est plus fragile et plus atteint. Ensuite la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Espagne et l'Irlande sont touchées. La situation du système bancaire français est plus stable. Pourtant, les Français épargnent trop! Les gens ont peur alors ils arrêtent de consommer.
Quelles sont les solutions à mettre en place?
La baisse des taux d'intérêt et les soutiens budgétaires amortissent la crise, mais les effets ne se ressentent pas tout de suite. C'est comme un malade qui a subi une chimio lourde à qui on demanderait de remarcher tout de suite... La piqûre n'a pas d'effet immédiat. Nous avons besoin de changer de régime alimentaire. Quand les choses vont bien, on ne veut pas qu'elles changent et quand ça va mal, ce n'est plus le moment de les changer! Il faut pourtant restructurer et réorganiser aujourd'hui. Penser l'automobile comme un bien de consommation et plus de prestige par exemple... L'écologie aussi va fonctionner. La France doit s'appuyer sur le capital humain plutôt que la haute technologie.
(*) Crise, une chance pour la France, aux éditions Presse Universitaires Françaises. Janvier2009.
Directeur des études économiques du Crédit Agricole SA, Jean-Paul Betbèze était l'invité du CJD de Vannes début mars. Conseiller économique du Premier Ministre, il a tenté d'éclairer les dirigeants morbihannais sur la crise.