Le groupe Okwind a lancé le 28 février le démarrage du chantier de son futur siège social à Étrelles, près de Vitré. Quel en est le projet ?
C’est un investissement d’avenir pour l’entreprise (235 salariés, 57,1 M€ de CA en 2024). Nous faisons construire un nouveau bâtiment de 6 300 m2, soit 2 700 m2 de bureaux et 3 600 m2 d’ateliers, sur une parcelle de 4 hectares, avec un hectare de réserve foncière. Nous restons dans la même zone industrielle que l’actuel siège de Torcé qui se trouve à seulement 1 km.
En investissant ici, vous réaffirmez donc votre attachement au territoire ?
Bien sûr ! Il y a encore quelques années, on disait que le photovoltaïque en Bretagne n’avait pas d’avenir. Pourtant, nos trackers en Finistère sud produisent plus qu’en Vendée ! Nous avons des technologies de captation performantes, et nous nous sentons bien en Bretagne. C’est un territoire qui se développe dans l’intelligence artificielle et l’innovation, et nous avons des partenariats clés dans ce domaine. Le classicisme voudrait que l’on soit installé dans le Sud, mais pourquoi pas aussi dans le Nord ? Il n’y a pas de raison de quitter la Bretagne. Et puis, quand on dit qu’on peut créer de la richesse en milieu rural, il faut aussi montrer l’exemple ! On reste là où on est.
Vous avez confié la construction du nouveau siège au groupe rennais Legendre. Pourquoi ce choix ?
C’est une belle entreprise bretonne qui partage nos valeurs en matière de RSE et de décarbonation. Ils intègrent du bois dans la construction et ont un excellent processus de construction. C’est un groupe qui n’est pas trop gros, qui reste agile. Ils nous ont aussi fait la meilleure offre.
"Nous prévoyons de multiplier par trois notre production."
Quelles activités du groupe accueillerez-vous sur ce nouveau siège ?
Comme à Torcé (Ille-et-Vilaine), nous avons des bureaux et un site industriel (stockage, assemblage, gestion des flux…) qui sera autrement dimensionné. Nous prévoyons de multiplier par trois notre production qui est actuellement de 1 000 grands trackers par an (des automates qui suivent la course du soleil), et un peu moins de petits trackers Lumioo (pour les particuliers). Nous devenons de plus en plus non pas un fournisseur de trackers mais un offreur de solutions (ombrières, tables solaires au sol…), qui permettent aux professionnels de se projeter sur l’autoconsommation énergétique. Tout cela prend énormément de place, pour créer des équipements standardisés.
Le laboratoire de recherche monte aussi en puissance. Aujourd’hui, nous avons 30 ingénieurs en R & D, mécanique, électro-mécanique, data science, intelligence artificielle… C’est une des clés de demain que de savoir gérer au mieux la consommation énergétique des process, pour avoir la meilleure efficience possible. Le nouveau site est prévu pour accompagner notre trajectoire sur les quatre prochaines années.
Quel est le calendrier de travaux prévu ?
Le nouveau site devrait être opérationnel pour la fin de l’année 2025, début 2026. Les premières fondations ont commencé à être posées à la fin 2024.
Combien d’argent injectez-vous dans le nouveau siège ?
Je ne souhaite pas communiquer de chiffres. Nous sommes propriétaire des lieux à 100 %.
Votre activité est-elle toujours tournée en priorité vers les acteurs agricoles ?
C’est une part importante de notre clientèle, mais nous avons aussi une filiale pour les particuliers et nous développons l’industrie et les collectivités.
Sur la partie agricole, je milite pour opérer sur des petites exploitations agricoles (inférieures ou égales à 1 mégawatt crête). J’étais encore au Salon de l’agriculture de Paris cette année pour défendre notre modèle et l’agrivoltaïsme (ensemble des techniques utilisant tout outil de protection et de régulation agro-climatique d’activités agricoles, qui produit à titre secondaire de l’électricité photovoltaïque, NDLR).
Nous agissons avec une clé hyper différenciante ; nous faisons en sorte que les installations solaires que nous édifions appartiennent à l’agriculteur. Je suis administrateur chez France Agrivoltaïsme (première association dédiée à l’agrivoltaïsme en France, NDLR). Dans ce réseau il y a beaucoup d’opérateurs énergéticiens, quelques technologues et des agriculteurs. Les grandes orientations d’aménagement du territoire sont l’apanage aujourd’hui des grands développeurs (EDF, TotalEnergies, Engie…). Je me bats contre leurs monopoles. Je ne crois pas que de faire des très grandes parcelles photovoltaïques soit très bien accepté par les citoyens… L’intérêt agronomique ou la qualité de biodiversité induite sur ces parcelles ne sont pas respectés. Des études de l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) l’ont démontré. J’espère qu’on va pouvoir arriver à un équilibre qui favorise la qualité d’aménagement du territoire. Savoir faire émerger de l’énergie dans les campagnes, ça crée des pôles économiques beaucoup plus importants, me semble-t-il…
Vous avez communiqué, fin janvier, sur un chiffre d’affaires 2024 en fort repli, à 57,1 millions d’euros (-31 % en variation annuelle). Qu’est-ce qui explique cela ? Faut-il s’inquiéter pour votre modèle d’affaires ?
Les résultats complets seront communiqués courant avril. Nos performances commerciales et financières ont été pénalisées par une conjoncture défavorable en 2024 : forte baisse des prix de l’électricité, crise agricole, conditions météorologiques adverses, incertitudes politiques et taux d’intérêt élevés… L’exercice 2024 a toutefois été une année de transition pour le groupe puisque la société a posé des jalons importants pour renouer avec une dynamique de croissance durable. Nous disposons désormais d’un positionnement unique centré sur la résilience énergétique pour nos clients, avec une offre couvrant toute la chaîne de valeur : accompagnement unique de la phase de conseil et de dimensionnement jusqu’à l’installation et la mise en route de la solution, gamme élargie de générateurs PV, solutions d’optimisation énergétique adaptées à chaque besoin (stockage, revalorisation de surplus, autoconsommation collective…) pour une autonomie maximale. Notre organisation globale a été optimisée et nos forces commerciales ont été sensiblement renouvelées au bénéfice d’une performance accrue.
"Nous nous développons sur de nouveaux marchés tels que l’eau, les collectivités et l’industrie."
Quels clients vous ont-ils tourné le dos en 2024 ? Comment les reconquérir ? Quelle est votre stratégie pour repartir en croissance ?
Nous ne parlons pas de désintérêt, bien au contraire. La fidélité de nos clients demeure une force, mais comme beaucoup d’acteurs économiques, ils ont dû faire face en 2024 à un environnement politique et économique incertain. Sur notre marché historique, les agriculteurs ont traversé une année particulièrement difficile, ce qui a freiné certaines décisions d’investissement. Comme l’ensemble du secteur de l’équipement agricole, nous avons ressenti cet impact. C’est pourquoi notre stratégie repose sur la sécurisation de nos clients face à la volatilité des prix de l’électricité, en leur proposant des solutions d’autoconsommation à fort rendement et en optimisant leurs modèles de production et de consommation énergétique. En parallèle, nous avons poursuivi la diversification de notre clientèle, en nous développant sur de nouveaux marchés tels que l’eau, les collectivités et l’industrie.
Le rebond passe-t-il aussi par l’international ?
Oui, le nouveau site d’Étrelles est dimensionné pour accompagner notre développement à l’export. Il est possible aussi que nous créions un site de production en Europe de l’Est dans quelque temps.
Dans un récent communiqué, Atlansun (réseau regroupant l’ensemble des acteurs professionnels de la filière solaire du Grand Ouest dont fait partie Okwind) dénonce un coup de frein brutal du gouvernement envers la filière solaire (réduction des aides, baisse des tarifs de rachats de l’électricité photovoltaïque…) qui menacerait directement l’emploi des entreprises locales. Êtes-vous concerné par cette mesure ?
Ce dont parle le gouvernement, c’est la garantie de rachat du prix de l’électricité pour se connecter au réseau. Les trackers que nous fabriquons ne sont pas considérés comme étant des générateurs liés à l’urbanisme, donc cela ne changera rien pour nous. Mais plus globalement, on voit bien la limite des subventions indirectes dans ce secteur. Les technologies sont éprouvées, et pourtant, elles bénéficient encore d’aides importantes. L’État a de moins en moins de moyens, et c’est logique qu’il cherche à réorienter ses financements. Chez Okwind, nous avons toujours trouvé des modèles économiques qui s’autosuffisaient par eux-mêmes. L’objectif est de pouvoir produire et autoconsommer l’énergie en question jusqu’à des taux d’autonomie de 60 à 70 %. Cela réduit le risque pour les exploitants.
"Chez Okwind, nous avons toujours trouvé des modèles économiques qui s’autosuffisaient par eux-mêmes."
Avec votre modèle, le risque de volatilité des prix de l’électricité est donc mieux maîtrisé ?
Oui, parce qu’il n’est plus présent que sur les 30 % (de besoins en énergie) restants. Et je pense que c’est le modèle économique de demain : il favorise la création de richesses en milieu rural ; d’autant plus si l’on ajoute l’autoconsommation collective. Comme cela, on arrive à trouver des modèles économiques qui allient aussi bien public que privé, monde urbain que monde rural. Ça ouvre des champs extrêmement intéressants tant en termes de développement que d’équilibre, tout en réduisant la dépendance aux subventions publiques.
"Notre tracker permet une production plus équilibrée tout au long de la journée et divise par deux l’importation de panneaux."
Quelle bataille menez-vous encore sur le plan réglementaire pour faire valoir vos équipements innovants ?
Il y a des projets de loi qui sont encore assez détestables pour nous. Je pense à la réglementation qui impose aux industriels et aux collectivités d’installer des ombrières photovoltaïques sur leurs parkings. Notre tracker n’étant pas éligible, nous ne pouvons pas en proposer. C’est un déséquilibre absurde, surtout quand on sait que notre tracker biaxe biface produit 70 à 80 % de plus qu’une installation en fixe. Il permet une production plus équilibrée tout au long de la journée et divise par deux l’importation de panneaux ainsi que les émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, les systèmes traditionnels restent favorisés, ce qui crée des déséquilibres sur le réseau, d’où les heures creuses, d’où RTE qui annonce 100 milliards d’euros d’investissement pour mieux équilibrer ses réseaux, etc. On ne se rend pas bien compte des conséquences indirectes. Ce qu’il faudrait, c’est laisser la décentralisation énergétique faire son œuvre pour que l’autoconsommation individuelle et collective puisse se développer.
"Je pense qu’on n’en serait pas là aujourd’hui si on n’était pas allé en Bourse."
Le projet de boucle locale porté par la SAS Montigné Énergies (société d’investissement et producteur d’énergies renouvelables) auprès de six industriels de l’agglomération de Vitré, dont vous faites partie, est-il un bon exemple sur ce que peut offrir l’autoconsommation collective ?
Complètement. L’originalité c’est qu’il y a six industriels qui sont dans la boucle énergétique locale, plus (l’EPCI) Vitré Communauté. Ça veut dire que le week-end où il y aura une consommation moindre des industriels, les surplus énergétiques iront à Vitré Communauté pour chauffer leurs piscines municipales. On évite comme cela la pose de stockage qui coûte toujours plus cher, en trouvant un partenariat public/privé ou urbain/rural. On peut le prendre dans tous les sens. Et ça, ça favorise la création de richesses et la qualité d’aménagement du territoire.
L’entreprise est cotée en Bourse depuis juillet 2022 (sur Euronext Growth, NDLR). Qu’est-ce que ça vous permet de faire aujourd’hui ?
Ça nous permet de financer notre croissance. C’est la clé. Je pense qu’on n’en serait pas là aujourd’hui si on n’était pas allé en Bourse. Ça nous permet d’aller plus vite et plus loin.