Et si les fenêtres produisaient demain de l’électricité ? C’est le pari de Crystal Energy, une start-up amiénoise issue du CNRS. Son dirigeant, Frédéric Sauvage, par ailleurs directeur de recherche au CNRS, y travaille depuis 2012. Pour s’en donner les moyens, il lance cet été jusqu’à la fin de l’année, une deuxième levée de fonds, avec la volonté de récolter 4 millions d’euros. Une enveloppe qui permettra d’améliorer l’innovation, de recruter entre 7 et 8 personnes, dont deux commerciaux, et de valider l’intérêt du marché, sachant que "des industriels se déclarent intéressés par notre technologie et seraient susceptibles de faire des intégrations".
Cette technologie a nécessité dix ans de R & D. La jeune pousse a développé des pigments photosynthétiques "capables de sélectionner le spectre solaire invisible pour l’absorber et le convertir en électricité, le tout sans modification du verre". Une innovation qui s’inspire de la photosynthèse des plantes. Il a donc fallu du temps pour trouver les bons pigments et le bon concept, qui ont conduit à créer un verre électrogène, transparent et incolore, la technologie s’intégrant entre deux plaques de verre.
Des investisseurs privés dans le jeu
La société Crystal Energy, dont le chiffre d’affaires n’est pas communiqué, est officiellement née en 2024. Elle a réalisé une première levée de fonds dans la foulée de sa création, à hauteur d’un million d’euros. L’opération a notamment financé le recrutement de sept salariés et d’outils de production, dans un centre de prototypage de 300 m² à Boves, près d’Amiens (Somme).
Les vitres électrogènes pourront équiper l’habitat de particuliers, mais aussi des bâtiments tertiaires, ou du mobilier urbain, "c’est possible de l’intégrer partout où il y a du verre", souligne Frédéric Sauvage. La start-up peut s’appuyer sur des soutiens de poids, "parmi nos investisseurs privés, il y a notamment le PDG du groupe Art & Fenêtres, ou encore l’ancien DG de Saint-Gobain, des acteurs qui connaissent bien le marché, les certifications à obtenir, et qui ont un réseau solide".
40 à 50 % des besoins électriques d’une maison
Avec cette solution, Frédéric Sauvage indique avoir "capté l’attention des trois grands verriers européens, dans un marché du verre où l’innovation est faible". Pour une maison moderne de 150 m2, sans chauffage électrique, équiper toutes les vitres avec l’innovation permettrait selon lui, "d’alimenter 40 à 50 % de la consommation électrique de la maison, avec un retour sur investissement pour le client de sept à huit ans, car notre technologie est frugale en matériaux, nous n’utilisons ni matériaux critiques, ni matériaux toxiques".
Un marché du verre structuré et mature
Frédéric Sauvage est confiant pour cette nouvelle levée de fonds, là où il avait échoué avec son autre start-up, G-Lyte (19 salariés), qui voulait industrialiser des cellules photovoltaïques d’intérieur. Après l’échec de la levée de fonds, elle a été placée en liquidation judiciaire récemment. "Avec G-Lyte, la technologie était solide mais nous étions sur un nouveau marché, où il y avait de la concurrence. Crystal Energy n’en compte que deux, aux États-Unis et au Japon. Nous nous appuyons par ailleurs sur le marché du verre, qui est structuré et mature", revendique le dirigeant. Il prévoit la phase d’industrialisation en 2029-2030 et une rentabilité de sa société d’ici cinq ans.