Assumez-vous toujours le Versement Mobilité Régional, (cette nouvelle taxe qui frappe les organisations bretonnes depuis le 1er janvier 2026, pour un coût moyen de 50 euros par salarié et par an) dans le contexte budgétaire actuel ?
D’abord, je suis Breton, donc très têtu. Et je n’ai pas changé d’avis. Si on veut préparer la Bretagne dans trois, cinq ou quinze ans, il nous faut plus de cars, plus de trains, plus de transport en commun partout. Aujourd’hui, le législateur ne nous laisse que la taxe VMRR pour cela. Plus de mobilités, c’est une condition de la liberté des citoyens, mais aussi de la compétitivité économique.
En quoi ces investissements sont-ils déterminants économiquement ?
La fréquentation de nos cars et de nos trains augmente parce que les citoyens y trouvent un intérêt direct : économies d’argent, de temps, qualité de vie. À terme, les régions qui n’investissent pas décrocheront. Elles n’attireront plus les femmes et les hommes en âge de travailler. L’attractivité territoriale est un facteur clé de compétitivité.
"L’impôt de production n’est pas la bonne solution."
La fiscalité de production qui frappe les entreprises reste pourtant un point de tension…
L’impôt de production n’est pas la bonne solution. Je le dis depuis quatre ans à tous les gouvernements et à tous les parlementaires. Il existe d’autres leviers. La loi de finances 2027 se préparera quoi qu’il arrive et nous continuerons à travailler sur ce sujet.
Sur le plan industriel, où en est le dossier de la Fonderie de Bretagne ? Le flou règne sur le projet d’Europlasma, le repreneur. Trois millions d’euros semblent manquer à l’appel pour maintenir l’activité de la fonderie amenée à devenir un fabricant d’obus…
À ce stade, nous n’avons pas plus d’informations que les syndicats. Aucun euro n’a été versé par la Région. On a voté nos aides, mais on les versera que si l’argent arrive. C’est important parce que c’est l’argent des Bretons. Nous sommes très attentifs aux messages, aux signaux, pour faire en sorte que la production démarre comme c’était promis. C’est important pour les salariés qui ont joué le jeu. Et c’est important pour notre liberté parce que ces munitions, nous en avons besoin.
Êtes-vous confiant malgré les incertitudes ?
Je reste interrogatif, comme tout le monde, mais persuadé qu’il existe un chemin. Produire ce type de pièces ailleurs ne se fait pas en quelques jours. Les besoins sont là, et les sites capables de répondre à ces besoins sont peu nombreux. Il en va de l’autonomie industrielle française et européenne que le site poursuive son activité.
La Biscuiterie La Trinitaine, en redressement judiciaire et en recherche d’un repreneur, est un autre dossier sensible. Où en est-on ?
Une offre de reprise a été déposée par Breizh Rebond, la société d’investissement dont la Région Bretagne est actionnaire. Breizh Rebond a pour mission d’accompagner les entreprises en difficulté mais qui ont des perspectives de rebond, dans un cadre de règles financières strictes. L’offre est sur la table, elle peut être critiquable comme toutes les autres, mais a le mérite d’être là. C’est désormais au tribunal de commerce de décider (une décision est attendue le 23 janvier, NDLR).
"La Région n’a pas vocation à être actionnaire de toutes les entreprises bretonnes."
Dans quelles proportions, la Région peut-elle agir dans le soutien d’entreprises en difficulté ? Qu’est-ce que cela dit de votre doctrine économique ?
Je suis un social-démocrate qui croit qu’à un moment donné, le politique doit agir quand on peut protéger l’emploi, accélérer les mutations ou les transitions. Nous avons créé des outils comme Breizh Rebond ou Breizh Up (pour accompagner le développement de start-up, NDLR), pour cela. Mais je ne crois pas à l’économie administrée. La Région n’a pas vocation à être actionnaire de toutes les entreprises bretonnes. Au bout d’un moment, on sort…
La Fonderie de Bretagne, La Trinitaine, les défaillances sont là. On peut aussi citer l’usine de Mayers (Groupe Réalités) mort-née. Okwind qui renonce à son projet de nouvelle usine près de Vitré. Faut-il s’inquiéter pour l’avenir industriel en Bretagne ?
Chaque échec est un signal. Mais aujourd’hui, les signaux positifs restent plus nombreux. Il y a des investissements massifs en Bretagne : Safran à Rennes, les projets sur le port de Brest, plusieurs sites industriels en développement. Nous restons dans une région à très faible chômage, avec un déficit de main-d’œuvre qualifiée.
"Fin 2026, la Bretagne aura achevé le déploiement de la fibre."
Quels sont les leviers structurants pour l’avenir économique breton ?
Les transports, la fibre, le foncier et le logement. Fin 2026, la Bretagne aura achevé le déploiement de la fibre : 1,4 million de prises, 1,7 milliard d’euros investis. C’est un actif stratégique, maîtrisé par la collectivité, qui garantit notre souveraineté numérique.
Sur l’énergie, les projets éoliens (ceux prévus au large de Roscoff et de Belle Île), semblent ralentis…
Ce n’est pas le projet qui bloque, c’est l’absence de PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie). Sortir du fossile est une nécessité économique. La Bretagne a fait le choix des énergies marines depuis quinze ans. Le parc de Saint-Brieuc crée déjà de l’emploi, sans avoir détruit la pêche ni le tourisme. Ça fait 15 ans qu’on a dit qu’on partait sur les énergies marines. C’est notre eldorado de demain pour l’économie.
À quelles conditions la Région soutiendra-t-elle de nouveaux parcs ?
Trois conditions : une vision stratégique nationale, le respect des pêcheurs, et un retour économique clair pour les Bretons. Sans emploi breton, je n’accepterai pas.
La question des ressources stratégiques s’impose aussi, notamment celle des terres rares. Quelle est votre réaction à la décision de l’État d’accorder un permis d’exploration à la société lorientaise Breizh Ressources ? Verriez-vous d’un bon œil l’arrivée d’industries extractives pour capter du lithium ou d’autres minerais clés dans les années à venir ?
La souveraineté ne se négocie pas. On le voit sur l’énergie, sur la fibre, mais aussi sur les matériaux critiques. Les terres rares sont indispensables à la transition numérique, énergétique et industrielle. Si nous voulons rester un territoire de production, nous devons sécuriser nos chaînes de valeur européennes, plutôt que dépendre totalement de puissances extérieures. C’est un enjeu économique majeur pour les années qui viennent. Je fais remarquer que les industries extractives existent déjà en Bretagne, avec l’exploitation de carrières. Maintenant, je ne crois pas que la Bretagne aura de nouvelles carrières pour les terres rares dans les 50 ans à venir…