Un Château Blanc: on ne pouvait rêver à plus bel écrin pour le temple de la boulangerie. Holder, le premier boulanger de France, vient de s'offrir un palais à Marcq-en-Baroeul. Pas étonnant d'ailleurs que le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, demande à le visiter. C'était le 29 septembre dernier. Après l'incendie de son usine de Lomme en 2006, Holder a pris le pari de reconstruire un pôle phare. Acquis à Thalès-Thomson, le site marcquois de 10ha a été réaménagé depuis 3ans pour 100M€ dont 6M€ pour le terrain, 24M€ pour l'agencement des bâtiments existants, 33M€ pour leur extension et 37M€ en matériel.
Une usine modèle
Château Blanc incarne le nouveau «navire amiral» du géant nordiste qui a deux autres usines en région, pour une capacité totale de 300tonnes par jour. Son site de la Madeleine abrite 5 lignes de pâtisserie-viennoiserie. A Arras, les 2 lignes traiteur confectionnent des tartes et tourtes. Château Blanc compte 5 lignes de boulangerie (dont une bio), une de macarons et une de viennoiseries. Francis Holder a voulu faire de cet écrin de Marcq «un modèle» de ce que seront demain ses micro-usines développées à l'étranger avec ses partenaires. D'une capacité de 200tonnes par jour, le site de Marcq sera à terme réservé au marché européen.
Marque mondiale
Château Blanc, c'est aussi une marque lancée l'an dernier et adossée à de grands noms de la boulangerie et de la distribution. Déjà, en 1965, à l'installation des Nouvelles Galeries à Lille, Francis Holder flairait l'essor de la grande distribution. Son ami (un certain Gérard Mulliez) lui achète alors du pain pour Auchan. Francis Holder reprend une friche à La Madeleine en 1970: sa première manufacture Moulin Bleu. En parallèle, les Holder tiennent une boulangerie à Lille. L'enseigne Paul n'y a jamais été décrochée, synonyme de succès. C'est là que l'actuel P-dg fait ses armes, épaulant sa mère suite au décès de son père. Dans la famille, la boulangerie court sur 9 générations. Avant-gardiste, Francis Holder installe dans sa boutique un fournil à la vue des clients. Le concept se vend comme des petits pains.
Paul en tête
Paul reste le fer de lance du groupe à 84% du CA porté par d'autres pépites. En 1993, un coup de coeur pousse Holder à racheter la prestigieuse enseigne parisienne de macarons, Ladurée. Chaque samedi, la famille Holder allait y déjeuner jusqu'au jour où elle est passée derrière le comptoir pour «réveiller la belle endormie». Cet art de vivre à la française gagne le monde entier, à commencer par Londres chez Harrod's, Tokyo en 2008, et bientôt au Moyen-Orient. Le luxe gourmand ne connaît pas la crise. Paul poursuit également son développement international. Au Japon depuis 1990, l'enseigne a ouvert à Beyrouth, au Koweït, à Dubaï, en Chine... L'an passé, c'est à Taïwan, en République tchèque et Roumanie que Paul s'est exporté. Holder vient aussi de renouveler pour 10ans le contrat déjà signé en 2000 avec Elior pour développer Paul sur sites concédés (gares, aéroports, autoroutes, parcs d'exposition et musées).
Futurs débouchés
Le retour à la boulangerie authentique plaît. Bio, diététique, naturel: Holder, c'est «la boulangerie dans tous ses états» selon son P-dg qui industrialise un concept avec l'aide de ses enfants. Le clan régente tout en prenant soin de segmenter chaque marché avec un mot d'ordre: qualité. Dans le château-usine de Marcq «en autarcie complète», tous les services sont intégrés. Le bureau du P-dg, truffé de tableaux de maîtres, jouxte la R & D, voisine d'un labo photo pour le marketing et bien sûr du fournil. Ce n'est pas demain qu'Holder se retrouvera dans le pétrin. Seul le concept de terminal de cuisson Saint-Preux, lancé en 1998, est en cours de refonte. D'autres innovations émergent comme ces glaces en turbine à la minute, qui seront testées en novembre sous la marque Ski, et ces sandwiches chauds Roy. Le château inspire.