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À Heming en Moselle, Colas teste un engin de chantier électrique
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À Heming en Moselle, Colas teste un engin de chantier électrique

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Pour la première fois en France, sur le site Colas d’Héming en Moselle, le groupe de travaux publics Colas a utilisé pendant une semaine un engin de chantier électrique, une chargeuse de marque Volvo. Un test destiné à emmagasiner de l’expérience pour réduire l’usage du diesel et soigner l’empreinte environnementale du groupe.

La chargeuse électrique de marque Volvo, pèse 19 tonnes et embarque un bloc de batteries pesant 1,8 tonne — Photo : Jean-François Michel

Julien Grand-Perret, le chef de l’agence Colas de Moselle Est, basé à Héming en Moselle, se dit "impressionné". Pendant une semaine, son équipe a utilisé un engin de chantier électrique pour alimenter en gravier la centrale d’enrobage d’Héming et produire de l’enrobé : une chargeuse de 19 tonnes de marque Volvo, affichant une puissance électrique de 228 KW et une capacité de batterie de 282 KWh, a remplacé un engin fonctionnant au diesel, sans difficulté particulière. "Au niveau de la puissance, au niveau de la maniabilité de l’engin, il n’y a pas de doute, nous avons eu la démonstration, c’est impressionnant", lâche Julien Grand-Perret, qui emploi un total de 150 personnes pour 33 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Une trajectoire de réduction des émissions de CO2

Ce test n’a pas été mené au hasard : le groupe de travaux publics Colas (CA : 16 Md€ ; 65 000 salariés), filiale du groupe Bouygues, s’est en effet lancé dans une trajectoire de réduction de ses émissions de CO2. Avec des objectifs calculés pour respecter les accords de Paris sur le climat, soit maintenir l’augmentation de la température mondiale en dessous de 2 degrés Celsius. "D’ici à 2030, nous voulons réduire de 46,5 % nos émissions de gaz à effet de serre sur les scopes 1 et 2, soit les émissions de nos machines et de nos enrobés, et de 30 % sur le scope 3, nos émissions indirectes, qui représentent 84 % de nos émissions totales", précise Karen Boniface, cheffe de service "performance énergétique" pour le groupe Colas.

Julien Grand-Perret, le chef de l’agence Colas de Moselle Est, et Karen Boniface, cheffe de service "performance énergétique" pour le groupe Colas — Photo : Jean-François Michel

"Nous savons comment y arriver"

En 2019, le groupe de travaux publics émettait encore plus de 10 millions de tonnes d’équivalent CO2. La stratégie de réduction a permis d’arriver à un total de 9,6 millions de tonnes en 2024, en réduisant les émissions de 14 % sur les scopes 1 et 2 et de 13 % sur le scope 3. "Nous avons tracé notre feuille de route et nous savons quel levier actionner pour atteindre nos objectifs", assure Karen Boniface. "Et ce qui est rassurant sur les scopes 1 et 2, c’est que nous savons comment y arriver". Pesant un total de 15 % des émissions du groupe, l’usage de carburant fossile devra être réduit, grâce notamment à l’utilisation de biocarburant, mais aussi grâce à la mise en service d’engins électriques. "Idéalement, nous pourrions réduire de 30 % les émissions de nos machines thermiques", calcule Karen Boniface.

Des tonnages quotidiens "moyens"

Le choix du groupe s’est porté sur une agence de taille moyenne pour réaliser ce test d’une chargeuse électrique, une première en France : depuis Héming, 70 000 tonnes d’enrobé sont produites chaque année, soit un tonnage quotidien compris entre 200 et 500 tonnes par jour, ce qui n’est "pas le cas par exemple sur les centrales de Nancy ou de Strasbourg, qui ont des projets beaucoup plus gros avec des cadences beaucoup plus fortes", détaille le chef de l’agence Colas de Moselle Est. "Quand il faudra faire 1 000 tonnes dans la journée, peut-être que là, il faudra s’organiser pour recharger les batteries en cours de route", anticipe le dirigeant.

Les batteries de la chargeuse Volvo L120 fonctionnent grâce à un alliage de Lithium Fer Phosphate — Photo : Jean-François Michel

"Doser l’effort en fonction de la pression"

Pour le chef de l’agence Colas de Moselle Est, les premières données montrent que la chargeuse électrique de Volvo couvre "80 % des usages de son agence", incluant l’alimentation de la centrale d’enrobage mais aussi le chargement des camions venus chercher des matériaux recyclés stockés sur la plateforme Valormat d’Héming. "L’adaptation du travail à ce genre de matériel, c’est peut-être cela : doser l’effort en fonction de la pression et des clients qui attendent", illustre Julien Grand-Perret.

Récupérer 20 % d’autonomie "le temps d’une pause déjeuner"

Comme pour le véhicule électrique, la première interrogation au sujet de cette chargeuse électrique concernait l’autonomie. "L’engin utilise des batteries fonctionnant grâce à un alliage de Lithium Fer Phosphate, ou LFP, qui lui donnent une autonomie comprise entre 5 et 9 heures", précise Pierre-Edouard Guise, responsable de comptes stratégiques chez Volvo Construction Équipement France. Sur un chargeur capable de fournir entre 40 et 60 kW d’énergie électrique, l’engin peut récupérer 20 % d’autonomie "le temps d’une pause déjeuner", assure Pierre-Edouard Guise. Sur un chargeur rapide, soit 160 kW, deux heures suffisent pour recharger.

Des finisseurs et des poids lourds

Des caractéristiques suffisamment solides pour donner envie au groupe Colas de voir des engins de chantier électriques à l’œuvre. "Nous avons mené des tests en octobre avec un finisseur électrique à Dunkerque, puis en février à Strasbourg", précise Karen Boniface. Le finisseur, cet engin conçu pour appliquer les enrobés bitumineux sur les chaussées, a été développé dans une version électrique par le groupe suisse Ammann, et n’était même pas au catalogue quand les tests ont été menés. "C’est le prototype que nous avons testé", souligne Karen Boniface. Le groupe a aussi expérimenté l’utilisation de poids lourds électriques. "Pour ce test, nous avons choisi une agence basée à Lille, qui opère essentiellement dans la métropole", décrit la cheffe de service "performance énergétique". Résultat : l’autonomie des poids lourds électriques, soit 200 kilomètres, s’est révélée largement suffisante pour couvrir les besoins.

Sur le site d’Héming, en Moselle, la chargeuse électrique a assuré des journées à plus de 200 tonnes de production — Photo : Jean-François Michel

Un tarif "sensiblement égal en TCO"

Ne souhaitant pas révéler le prix exact de sa chargeuse électrique, le responsable de comptes stratégiques chez Volvo Construction Équipement France assure que le tarif est actuellement "sensiblement égal en TCO", soit le Total Cost of Ownership ou le coût total de possession. Tout aussi discrète sur les tarifs du constructeur, Karen Boniface confirme que l’investissement initial pour s’équiper d’un engin électrique est supérieur à celui de son équivalent diesel : "Mais quand on additionne le coût de l’investissement et les coûts de fonctionnement, qui sont beaucoup plus faibles qu’une machine thermique du fait notamment de l’entretien et du prix de l’électricité face à celui du carburant, on arrive quasiment à l’équilibre", assure la cheffe de service "performance énergétique" du groupe Colas.

Des collectivités qui se mettent à surveiller le poids carbone des chantiers

Se voulant en pointe sur les questions environnementales, le groupe Colas espère aujourd’hui convaincre ses clients de suivre le mouvement. "Sur l’agence Colas de Moselle Est, nous travaillons à 60 % pour la commande publique", rappelle Julien Grand-Perret. Conscient de difficultés budgétaires des collectivités, le chef d’agence lance tout de même un appel aux élus : "il faut qu’ils nous laissent leur présenter les nouvelles techniques. Et derrière, il faut que, dans le cadre légal de la consultation, le poids carbone des chantiers se mette à peser dans la note finale", insiste le chef de l’agence Colas de Moselle Est. Un vœu qui n’est pas totalement pieu : la Communauté d’agglomération de Sarreguemines Confluences vient en effet de passer un appel d’offres pour un chantier à Hambach incluant un suivi quotidien de l’empreinte carbone du chantier.

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