Le Groupe Jeulin a annoncé début 2026 qu’il se lançait dans le coliving. Pourquoi cette nouvelle diversification et quelles sont les ambitions ?
Nous avions acquis une bâtisse datant d’après-guerre dans le centre de Saint-Grégoire, de chaque côté de laquelle nous avions réalisé deux immeubles neufs en promotion. Nous avons voulu proposer quelque chose de nouveau, en lançant 13 chambres en coliving, sous la marque Clic and Loge. C’est une nouvelle forme d’habitat partagé, qui se pratique davantage à l’étranger, mêlant studios privatifs et espaces communs, avec des services inclus comme l’électricité, l’eau, internet… Notre concept se veut haut de gamme, proche de ce que nous proposons dans l’hôtellerie. Cette nouvelle filiale se développera en fonction des opportunités. Nous en avons une à l’étude à Rennes.
L’exploitation hôtelière fait en effet partie de vos activités et de vos principaux axes de développement. Quelles sont vos ambitions pour ce secteur ?
Là encore, nous fonctionnons selon les opportunités et toujours en association avec des partenaires, ce qui nous permet d’être agiles. Nous exploitons ainsi quatre établissements à Rennes, dont deux sous la marque Oceania Hotels, et trois à Paris. Le dernier en date est celui situé au Bourget, acquis en septembre 2025 sous l’enseigne Mercure, avec 145 chambres. De deux hôtels en 2014, nous passerons bientôt à 9 puisque deux autres sont en projet.
Votre groupe, créé en 1986, fête donc ses 40 ans. Comment se porte-t-il ?
En effet, le Groupe Jeulin est né en 1986, à l’initiative de notre père Daniel Jeulin, qui reste à nos côtés même si nous avons désormais les rênes de l’opérationnel. Nous employons aujourd’hui 200 collaborateurs et avons réalisé 50 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. En 2023, nous étions plutôt à 60 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cette baisse s'explique notamment par la promotion qui a moins bien fonctionné dernièrement, en raison de la conjoncture.
Quel est votre regard sur le contexte économique actuel, particulièrement chahuté dans l’immobilier ?
L’immobilier ne va pas très bien de manière générale depuis plusieurs années. Mais nous nous devons d’être positifs et il y a des signes rassurants. La démographie croissante nécessite des logements sur les secteurs comme Rennes et Nantes où nous travaillons. Mais ce n’est pas notre cœur de métier, puisque nous réalisons seulement de 50 à 100 logements par an. Nous intervenons davantage dans le tertiaire, où nous avons des projets en promotion, même si cela reste calme également. Les délais sont longs dans les prises de décisions de nos clients, pour qui l’immobilier n’est pas une priorité. Ils mettent actuellement plus d’un an à se décider… Face à la pénurie de logements, nous croyons à la transformation de locaux tertiaires vieillissants pour leur donner une seconde vie. À l’heure où le foncier se raréfie, cela est cohérent et doit devenir une évidence. Nous-même y réfléchissons, même si cela implique un certain nombre de coûts non maîtrisés contrairement au neuf. Enfin, concernant notre activité d’aménageur de zones d’activité, là aussi les temps se rallongent…
Vous parvenez toutefois à lancer des projets en immobilier d’entreprise ?
Oui, nous continuons d'aménager actuellement la zone de la Conterie à Chartres-de-Bretagne, pour des bureaux. Nous avons également plusieurs programmes en cours de commercialisation, près de Rennes — 1 700 m² à Saint-Jacques-de-la-Lande que nous espérons démarrer cette année -, ou près de Nantes, comme un village d’activités de 5 000 m² près du pont de Cheviré, 3 200 m² à Treillières pour compléter un ensemble déjà réalisé de 12 000 m². Des permis de construire ont également été déposés récemment, comme à Cesson-Sévigné pour un projet d’hôtel (85 chambres) et bureaux sur 7 500 m² avec le promoteur Lamotte, pour 2028-2029. Un autre projet est à l’étude à Cleunay sur 5 000 m² de tertiaire et hôtellerie également. Enfin, nous avons lancé en clé en mains le futur siège régional de l’entreprise d’électricité Fauché à Carquefou (Loire-Atlantique).
Quels sont les autres segments qui portent votre développement ?
Parmi nos collaborateurs, 60 sont rattachés à notre filiale aménagement, le pôle Ouest Bureau, qui porte une activité très importante du groupe consacrée à l’aménagement d’espaces tertiaires. Après avoir racheté Terrasses et Dépendances en 2022, nous avons accéléré en 2025 avec la reprise de Comme on Travaille, basé à Lille et Paris. C’est une petite structure qui nous permet d’intégrer à nos services celui de l’accompagnement du dirigeant dans la transformation de son entreprise. Cette entité a une approche humaine de la transformation des bureaux et de la façon de travailler, qui complète ce que nous proposions en dessin d’espaces et fournitures de mobilier.
Quels sont les derniers projets portés par Ouest Bureau ?
Nous avons remporté fin 2025 la réalisation de l’aménagement intérieur du nouveau bâtiment des Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire. Il s’agit d’un très beau et gros projet, qui représente 40 000 m² d'espaces à aménager.
On sait le Groupe Jeulin également très impliqué sur le territoire rennais en événementiel sportif et dans le développement d'activités de loisirs. Où en êtes-vous ?
Le Marathon Vert de Rennes, lancé en 2011 par Daniel Jeulin, fête ses quinze ans cette année. Il s’est beaucoup développé et connaît un véritable engouement. 20 000 coureurs prendront le départ en octobre prochain. Il est géré par notre filiale événementielle J4 Events, qui pilote également le Rennes Urban Trail (14 000 dossards). Avec le golf de Cap Malo, qui nous appartient (le Groupe Jeulin n’est pas propriétaire de la zone d’activité, mais il en a été l’aménageur, NDLR) et le simulateur de chute libre Airfly Bretagne, le sport et les loisirs font partie de l’équilibre du groupe.
Comment voyez-vous le développement du Groupe Jeulin dans les années qui viennent ?
Nous ne nous interdisons rien. Nous pourrions nous lancer dans une activité que nous n’imaginons même pas encore ! Plus sérieusement, nous avons pour objectif de conforter avant tout nos activités de base. L’immobilier est un métier qui demande des efforts financiers, alors nous devons rester prudents, même si nous sommes optimistes. Notre force réside dans la variété de nos activités, que nous voulons avant tout consolider. En tout cas, nous voulons rester une entreprise familiale à taille humaine.