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Garnier Thiebaut mise sur l’export pour ne pas perdre le fil
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Garnier Thiebaut mise sur l’export pour ne pas perdre le fil

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À Gérardmer, le fabricant de linge de maison Garnier Thiebaut défend son savoir-faire vosgien depuis 192 ans. Dirigée par Paul de Montclos depuis 1995, l’entreprise mise sur l’export, notamment aux États-Unis et en Allemagne, pour continuer à se développer, et envisage la mise en place de "comptoirs", en Arabie saoudite et au Japon.

Paul de Montclos, le PDG de Garnier Thiebaut, a rejoint l’entreprise en 1995 — Photo : Garnier Thiebaut

Basé à Gérardmer, dans les Vosges, le fabricant de linge de maison Garnier Thiebaut (CA : 80 M€ ; 230 collaborateurs) réalise 40 à 50 % de son chiffre d’affaires à l’export, principalement aux États-Unis et en Allemagne, mais aussi plus récemment sur le continent asiatique. "L’un de nos grands objectifs est de changer encore de dimension au niveau de l’export", vise Paul de Montclos, le PDG de Garnier Thiebaut. Et l’entreprise aligne ses capacités avec ses ambitions, puisque trois nouveaux métiers à tisser ont rejoint les ateliers du Vosgien en février 2025, pour un investissement de 800 000 euros.

Ces dernières complètent le parc de 34 machines constitué au fil du temps dans les Vosges par Garnier Thiebaut. Née en 1833 du mariage entre deux marchands de toile, Virginie Thiebaut et Jean-Baptiste Garnier, l’entreprise a longtemps tissé et commercialisé ses produits au niveau local. "Les Garnier Thiebaut alimentaient les paysans en fil. Ces derniers tissaient sur des métiers à bras, puis l’entreprise récupérait le tissu et le vendait sur les foires. Ça, c’est le début de l’histoire", raconte Paul de Montclos.

192 ans au cœur de l’histoire

192 ans plus tard, l’entreprise possède près de 16 000 références d’articles et commercialise ses produits au grand public et au secteur hôtelier. Entre-temps, l’entreprise s’est industrialisée : avec l’arrivée de l’électricité dans la vallée, les métiers à tisser se sont installés dans l’usine. "L’entreprise a grandi au rythme de l’évolution technologique, notamment avec la révolution industrielle et les différents contextes géopolitiques", poursuit Paul de Montclos. La Seconde Guerre mondiale marque justement un tournant, puisque l’usine est rasée, avant d’être reconstruite après-guerre. Les Garnier Thiebaut, qui n’ont plus de descendants, cèdent l’entreprise à des repreneurs parisiens en 1968.

Créée en 1833, Garnier Thiebaut est le fruit du mariage de deux marchands de toile — Photo : Garnier Thiebaut

La famille de Montclos reprend la barre

En 1985, Garnier Thiebaut est en dépôt de bilan. La famille de Montclos, qui possède également le fabricant de linge Denantes (CA 2019 : 32,90 M€), rachète le Vosgien. "Tissage Denantes avait connu des années difficiles et avait su se redresser. Donc l’entreprise se payait son principal concurrent", détaille le PDG.

Paul de Montclos intègre Garnier Thiebaut en 1995. "Je suis arrivé avec un mandat de trois mois. L’entreprise allait mal alors nous avons fait un audit qui consistait à dire : soit on vend l’entreprise, soit on trouve une solution pour la redresser", se souvient-il. Garnier Thiebaut connaît alors un virage stratégique. "Nous voulions garder la production dans les Vosges, et nous avons compris que nous serions forcément plus chers que tout le monde. La bataille des prix était perdue. La seule chose qu’on avait, c’était notre savoir-faire. Nous avons réorienté l’entreprise vers des produits de qualité et des petites séries, alors que les outils industriels étaient destinés à faire des gros volumes. C’est ce qui nous a permis de rebondir, dans les années 90 et 2000", appuie Paul de Montclos. L’État et la famille du dirigeant l’aident alors à relancer l’entreprise, en investissant dans de nouveaux métiers.

Garnier Thiébaut emploie 230 collaborateurs, pour un chiffre d’affaires de près de 80 millions d’euros — Photo : Garnier Thiebaut

Une filiale aux États-Unis

"Même si ma famille était du secteur textile, c’était la première fois que je mettais les pieds dans une usine de tissage. Trois mois plus tard, j’étais PDG de Garnier Thiebaut, et trente ans plus tard je suis toujours là", sourit Paul de Montclos. Deux ans après son arrivée, le dirigeant ouvre une filiale aux États-Unis, tout en pilotant les premiers pas du groupe dans le marché grand public. Un choix confirmé en 2010, lorsque Garnier Thiebaut y opère une croissance externe en rachetant un homologue américain. "Ça a amené à un fort développement de la filiale américaine", poursuit le PDG. 15 ans plus tard encore, l’entreprise réalise près de 30 millions d’euros de chiffre affaires sur le sol américain.

Dans les autres pays, dont l’Allemagne, le groupe se développe avec un réseau d’agents et s’ancre notamment à Hong Kong et Macao, en Chine. "À l’export, nous avons des agents et des distributeurs, mais progressivement, nous allons installer des pôles. Nous sommes en train de mettre en place ce qu’on appelle des comptoirs, c’est-à-dire des bureaux qui pourraient se transformer en filiales. L’un est au Japon, l’autre en Arabie-Saoudite. Pour l’Europe, il n’y en a pas besoin pour l’instant. Mais nous envisageons d’en implanter un en Afrique du Nord", vise Paul de Montclos.

Adapter les produits aux pays

À ce stade, l’entreprise n’envisage pas d’autres croissances externes à l’international. "À terme, l’idée sera d’avoir une offre comme on l’a fait aux États-Unis, avec une réponse locale aux attentes des marchés locaux. Mais le style de nos créations reste français", tempère-t-il. En parallèle de ses ambitions à l’export, l’entreprise ne laisse pas de côté le marché français, misant sur deux modes de distribution principaux : le site Internet de l’entreprise et son réseau d’une trentaine de boutiques.

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